MEURTRES LEGAUX

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Des troupes israéliennes disent qu'elles ont reçu des ordres de tirer pour tuer; des soldats israéliens parlent de tueries sans discrimination et d'une culture d'impunité (Guardian)

Des procureurs militaires israéliens ont ouvert une enquête criminelle suite aux allégations de soldats qu'ils avaient exécuté des ordres illégaux de tirer pour tuer, contre des Palestiniens non armés.

Les 17 enquêtes séparées ont été provoquées par le témoignages de dizaines de soldats collectés par " Rompre le silence ", un groupe de pression d'anciens soldats israéliens engagés dans la dénonciation des violation de droits humains par l'armée pour réprimer l'intifada palestinienne. Les enquêtes couvrent une série d'allégations comprenant l'usage abusif d'armes et d'autres abus de pouvoir.

Certains des soldats qui ont aussi parlé avec le Guardian qu'ils avaient agi dans certaines parties des territoires palestiniens sur des ordres permanents d'ouvrir le feu sur des gens qu'ils soient armés ou non ou qu'ils constituent une menace physique ou non.

Les soldats ont dit que dans certaines situations ils ont reçu l'ordre de tirer sur toute personne apparaissant sur un toit ou un balcon, ou toute personne s'agenouillant sur le sol ou toute personne apparaissant en rue à une certaine heure. Parmi ceux qui furent tués par les soldats agissant sur ordre il y avait de jeunes enfants.

Alors que l'origine de l'expérience des soldats en conflit armé s'est poursuivie en Cisjordanie et dans la bande de Gaza depuis octobre 2000, beaucoup de tirs ont eu lieu pendant des périodes de calme, quand il n'y avait pas de risque immédiat pour les soldats impliqués.

Yehuda Shaul, le cofondateur de " Rompre le silence " a dit que l'intention était de montrer qu'il ne fallait pas blâmer des soldats individuels pour avoir tué des Palestiniens innocents. " C'est une situation blâmable et qui est créé par des leaders militaires et politiques, pas par les soldats sur le terrain, " a-t-il dit.

Les témoignages ont éclairé la manière dont 1.700 civils palestiniens ont été tués pendant la seconde intifada.

Sources : THE GUARDIAN

 


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Des soldats israéliens parlent des tueries sans discrimination par l'armée et d'une culture d'impunité


 
Le témoignage de ceux qui sonnent la sonnette d'alarme montre le désir existant de se venger des Palestiniens.
 
Conal Urquhart à Tel Aviv

A une distance de 70m et par le viseur de sa mitraillette, Assaf pouvait dire que le Palestinien était âgé entre 20 et 30 ans, qu'il n'était pas armé et qu'il essayait d'échapper à un tank israélien.

Mais les détails n'avaient pas beaucoup d'importance parce que les ordres d'Assaf étaient de " tirer sur tout ce qui bouge ". Assaf, un soldat dans l'armée israélienne poussa sur la gâchette, tirant un grand nombre de balles tandis que le corps s'écroulait sur le sol. " Il s'est mis à courir et moi je me suis mis à tirer pendant quelques secondes. Il est tombé. Moi j'étais une machine. Je tire. Je quitte et voilà. Nous n'en parlions jamais dans la suite. "

C'était l'été 2002, et Assaf et son unité blindée avait reçu l'ordre d'entrer dans la ville de Gaza,  Dir al Balah, suite aux tirs de mortiers près des colonies juives proches. Il a raconté au Guardian que ses ordres étaient, " Chaque personne que vous voyez dans la rue, vous la tuez. Et c'est exactement ce que nous avons fait. "Ce n'était pas la première fois qu'Assaf avait tué un innocent à Gaza en suivant des ordres, mais après sa libération, il s'était mis à penser aux choses qu'il avait faites.

" La raison pour laquelle je vous raconte cela, c'est parce que je veux que l'armée réfléchisse à ce qu'elle nous demande de faire, tuer des gens sans armes. Je ne pense pas que ce soit légal. " Assaf n'est pas le seul. Dans les derniers mois, des dizaines de soldats, y compris le fils d'un général israélien, tous libérés récemment, ont franchi le pas pour partager leurs récits et expliquer comment dans leurs briefings on leur ordonnait de tirer pour tuer des gens sans arme sans devoir craindre de réprimande.

Les soldats ont pris contact avec le Guardian avec l'aide de " Rompre le silence ", un groupe de pression constitué d'anciens soldats qui veulent que les Israéliens soient confrontés avec la réalité des activités de l'armée. Le groupe insiste sur l'anonymat de ses témoins pour protéger les soldats contre des persécutions et des poursuites. Bien que ceux qui parlent constituent une infime minorité, leurs témoignages révèlent une culture d'impunité largement répandue, d'après Sarit Michaeli du groupe israélien des droits humains B'Tselem.

" Pendant la première intifada, il y avait des règles écrites d'engagement. Dans la seconde, il n'y en a pas et les règles qui existent sont gardées secrètes. Cela permet aux officiers et aux soldats un large spectre d'interprétations, " dit-elle. D'après B'Tselem, 3269 Palestiniens ont été rués par les forces de sécurité israéliennes en près de cinq ans. On estime que 1.700 étaient des civils dont 654 mineurs.
 
D'après l'armée, dans la même période, on a enquêté sur 131 cas de soldats ayant utilisé des armes à mauvais escient aboutissant à 18 mises en examen et sept condamnations. Suite aux témoignages recueillis par le Guardian et " Rompre le silence " des procureurs de l'armée examinent 17 autres cas présumés d'activité criminelle. Le bilan des victimes, le témoignage des soldats et le petit nombre de condamnations semblent contredire le but affiché par l'armée. " Les soldats n'utiliseront pas leurs armes et leur force pour nuire à des êtres humains qui ne sont pas des combattants ou à des prisonniers de guerre, et feront tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter de nuire à leur vie, leur corps, leur dignité et leur propriété, " prétend le site des Forces armées israéliennes.

La doctrine des FDI place clairement l'autorité de la loi au-dessus de l'opportunisme militaire. " Les soldats des FDI auront à cour de donner uniquement des ordres légaux et s'abstiendront d'obéir à des ordres manifestement illégaux. " Malgré ses scrupules de légalité, Assaf dit qu'il exécuterait les mêmes ordres s'il était rappelé pour son devoir de réserviste.

Un autre soldat, Moshe, a raconté au Guardian qu'il avait été mis sous pression avec un collègue pour obéir à des ordres de tirer pour tuer. Comme partie de son cours d'entraînement comme sergent, on leur ordonna de tendre des embuscades à Jenin en mai 2003. Et, ajouta-t-il " il y a eu des pressions pour qu'il y ait des tués ". Avant l'opération, on informait les soldats qu'ils étaient à la recherche d'hommes armés. Mais leurs cibles comprenaient aussi des enfants et des adolescents qui grimpaient habituellement sur les véhicules blindés personnels pendant qu'ils circulaient dans les ruelles étroites. A quelques occasions, des mitrailleuses avaient été volées dans ces véhicules.

" On nous a dit explicitement que nous devions nous contenter d'attendre que quelqu'un grimpe sur le véhicule blindé et on nous a ordonné de tirer pour tuer " dit Moshe. Après un jour ou deux, un enfant de 12 ans a grimpé sur un des véhicules blindés. On s'interrogeait tous sur son âge. D'abord, on a dit qu'il avait 8 ans, ensuite qu'il en avait 12. Et tous cas il a grimpé sur un véhicule blindé et un des tireurs d'élite l'a abattu. La compagnie voisine a aussi eu un incident avec un gosse ou un adolescent qui a été tué ".

Les statistiques recueillies par le groupe de surveillance palestinien des droits humains montrent que le 14 mai, Diya Gawadreh, 13 ans a été tué par une balle. Un soldat israélien a tiré sur Kamal Amjad Nawahda, 13 ans 22 mai. Il est mort le 27 mai.

Quand Moshe est retourné à son unité de paras, il raconta qu'il y avait eu plusieurs incidents avec des enfants et des adolescents qui avaient été tués après que des balles destinées aux jambes avaient atteint leur poitrine. L'attitude était, dit-il, " et voilà, des gosses ont été tués. Cela ne signifie rien pour un soldat. Un officier peut recevoir une amende de 100 ou 200 shekels (25 à 50 euros) pour ce genre de chose. "
 
Un thème qui revenait dans tous les témoignages des soldats était le désir de venger les pertes israéliennes et infliger un châtiment collectif à des palestiniens. Le mois de mai 2004 avait été un mauvais mois pour l'armée israélienne à Gaza. Quatre soldats explosèrent en morceaux quand leur véhicule blindé rempli d'explosifs toucha une bombe sur le bord de la route dans Gaza City. Quand l'armée a pris la relève, sept autres soldats ont été tués dans un accident semblable à Rafah, à l'autre extrémité de Gaza. En réponse, l'armée a lancé une opération " pour sécuriser le voisinage le long de la route Philadelphi (la frontière entre Gaza et l'Egypte) et s'assurer qu'elle est libre de terroristes, " a dit le major-général Dan Harel, le commandant local. Des milliers de Palestiniens furent expulsés de leur maison, près de 50 moururent, dont un quart à une moitié étaient des civils. D'après Rafi, un officier du Shaldag, une unité d'élite connectée à la force aérienne, toute la mission était une question de revanche. " Le commandant a dit de tuer le plus de monde possible, " a-t-il dit.

On lui avait ordonné ainsi qu'à ses hommes de tirer sur quiconque semblaient toucher le sol, comme s'ils pouvaient placer une bombe sur le bord de la route, ou quiconque sur un toit ou un balcon, parce qu'ils pouvaient observer les forces israéliennes pour des raisons militaires, qu'ils soient armés ou non. Asma Moghayyer, 16 ans , et son frère Ahmed, 13 ans ont été tué alors qu'ils allaient retirer le linge sur une corde à linge  sur un toit. L'armée israélienne a prétendu que les enfants avaient sauté sur une bombe de bord de route. Pourtant, des journalistes qui ont visité la morgue n'ont vu que des blessures par balle à la tête.

La vérité, a dit Rafi, est qu'elles ont été tirées par un soldat israélien qui a suivi les ordres de tirer sur quiconque était sur un toit, indépendamment de son rôle dans le conflit ; Rafi dit que son impression prédominante était que l'opération était " un chaos " et " un usage de la force sans discrimination. " " Gaza était considéré comme un terrain de jeu pour tireurs d'élite. "

Eli, un sergent-chef chez les paras, avait été envoyé pour une mission d'arrestation au camp de réfugiés d'Askar, à Naplouse le 27 novembre 2002, pendant le Ramadan. Il a vu un autre escadron de soldats remarquer un homme dans la rue, tôt le matin. " Ils ont crié Wakef " (stop en arabe). L'homme se mit à courir, ils se sont mis à tirer en lui donnant la chasse.

Ils ont vu aussi l'objet qu'il portait et ont craint que ce ne soit une bombe. Ils ont tiré sur lui et ont vérifié s'il était bien mort - ils lui ont jeté une grenade et lui ont encore tiré dans la tête, " a-t-il raconté.

L'homme, âgé de 24 ans, Jihad Mohammed al-Natour, transportait en réalité un tambour pour éveiller le camp avant l'aube pour qu'ils puissent manger avant le début du jeûne. C'est son rôle traditionnel. On dénomme le batteur de tambour le musaharati. " Personne ne s'était soucié de nous le dire et c'est pour cela que le gars est mort, " a dit Eli à " Rompre le silence ".

La vague d'attentats-suicide qui avait commencé en 2001 a fait que beaucoup que les soldats ressentaient que leur famille et leur pays subissaient une attaque sérieuse et a contribué à créer une culture où les crimes de l'armée n'étaient pas contestés. Dans son témoignage au groupe, Avi a raconté comment on a permis à un soldat de son unité de n'être pas poursuivi pour le meurtre d'un Palestinien innocent. Sergent-chef chez les paras, Avi a servi à Hébron le 13 octobre 2000 quand il a entendu un de ses hommes tirer de son poste d'observation au-dessus de lui. " Nous savions que l'homme était fou...hors de lui, " a-t-il dit.

Le soldat nia avoir tiré mais ce fut démentit par un film pris par l'unité de renseignements. " Vous voyez un enregistrement vidéo de quelqu'un qui tire vers la place - vers quelqu'un qui était juste en train de décharger son véhicule. Un homme dans la vingtaine...L'homme est atteint dans le dos. On nous a dit le lendemain qu'il était mort. "

L'homme était Mansur Taha Ahmed, 21 ans, un marchant de café qui a laissé une femme et trois enfants. Avi dit : " Nous lavons notre linge sale en famille, et ainsi le commandant de la compagnie a décidé de taire l'événement. Il a fait disparaître la cassette (vidéo) et le soldat a dû faire les corvées pendant 35 jours...après quoi, il est revenu dans la compagnie. "

Tous les soldats, à l'exception d'Assaf, ont été secoué par leur expérience mais ils ne savaient pas comment réagir. " La croyance dans une éthique de l'armée israélienne est si fondamentale dans la société israélienne, " dit Rafi, " Les gens ne veulent pas entendre la réalité. "

Le colonel Liron Libman, le procureur militaire en chef, a dit  que les témoignages révélés par " Rompre le silence " a résulté en 17 enquêtes, dont certaines sont encore en cours. L'enquête sur les témoignages, a-t-il dit, a montré que certains étaient exagérés et que d'autres reposaient sur des on-dits. Cependant les incidents décrits au Guardian et à " Rompre le silence " révélés  par les soldats se recoupent avec les morts enregistrés par des groupes de droits humains et dans les médias.

Le Col. Libman a dit que son département était indépendant de l'armée et qu'une enquête criminelle pouvait être déclenchée par des informations dans les médias, par des organisations non-gouvernementales, par des sources palestiniennes et par des plaintes à l'intérieur de l'armée. " Cependant, à cause de la nature de la situation, que nous décrivons comme un conflit armée à basse intensité, il n'est pas possible de mener une enquête pour la mort de chaque civil palestinien. "

Sources : THE GUARDIAN

Posté par Adriana Evangelizt

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