Pire qu’un gâchis

Publié le par Adriana Evangelizt



Pire qu'un gâchis

par Philippe Thureau-Dangin

Editorial de Courrier International


Le magazine britannique The Economist titre cette semaine sur la “victoire gâchée d’Israël”. C’est tout à fait exact. La guerre des Six-Jours, brillamment gagnée par Tsahal, n’aura, au final, guère servi l’Etat hébreu. Au contraire. Mais ne parler que de gâchis serait trop faible. La réalité est plus tragique. Deux générations donc se sont succédé depuis 1967, et pour les deux peuples, tant d’impasses, tant d’erreurs, tant de souffrances.

1967, pourtant, c’est loin. Dans toutes les autres régions du monde, il s’est passé bien des choses : les dernières décolonisations, la libération des mœurs, la chute du Mur de Berlin, etc. Mais pour ce qui est du conflit israélo-palestinien, rien n’a fondamentalement changé. Les mêmes impasses perdurent, les mêmes dénis*. Comme si le temps ne s’était pas écoulé.

Le premier résultat de 1967 fut de permettre aux Israéliens de commencer le peuplement des Territoires occupés. C’était là poursuivre le rêve de ce Grand Israël que les travaillistes avaient toujours souhaité. Les différents gouvernements israéliens savaient, affirme The Independent, que ces installations de familles juives en Cisjordanie et à Gaza étaient illégales au regard des lois internationales, et notamment de la partie IV de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre. A cause de cette illégalité flagrante, Israël refusera les avances de Nasser et d’autres au cours des décennies suivantes.

Pourtant, comme le dit l’un des témoins de notre dossier, l’année 1967 prépare aussi le déclin du travaillisme comme force politique. De l’idéologie travailliste ne restent donc que les colonies, ces bastions qui rendent toute paix difficile à négocier.

Du côté palestinien aussi, combien d’erreurs et d’ambiguïtés ; et de la part d’Arafat si peu de volonté d’aboutir et de construire un Etat… Mais, aujourd’hui, les deux peuples sont plongés dans des crises internes profondes, politiques et morales, dans de profondes divisions entre religieux et laïcs notamment. De ces crises, les forces extrémistes ont profité jusqu’à présent. Et demain ? Il faudrait deux leaders qui brisent les tabous et remontent les pendules pour revenir à un certain 5 juin 1967.

* Lire à ce sujet Les Emmurés de Sylvain Cypel, éd. La Découverte, 2006.

Sources
Courrier International

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans SIONISME

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