L'histoire du terrorisme dans la région

Publié le par Adriana Evangelizt





L'histoire du terrorisme dans la région

Note de l'éditeur :
Notre conviction est que le meurtre d'innocents, quelles qu'en soient les motifs, est quelque chose de mal, Nous ne pouvons donc tolérer l'utilisation du terrorisme par quelque groupe extrémiste palestinien que ce soit, particulièrement répandu pendant les années 70. Ceci dit, il est toutefois nécessaire d'examiner les contextes dans lesquels ces incidents se sont produits.


Nous entendons beaucoup parler de terrorisme palestinien. Qu'en est-il du passé israélien ?

 

Le passé du terrorisme israélien remonte aux origines de l’Etat – loin en arrière, en effet – il comprend le massacre de 250 civils et l’expulsion brutale de soixante-dix mille autres civils de Lydda et de Ramallah en juillet 1948, le massacre de centaines d’autres dans le village sans défense de Doueimah près d’Hébron en octobre 1948, … les boucheries de Quibya, Kafr Kassem et d’une kyrielle d’autres villages assassinés, l’expulsion de milliers de bédouins des zones démilitarisées peu après la guerre de 1948 et de milliers d’autres au Nord-Est du Sinaï au début des années 70, leurs villages ayant été détruits pour ouvrir la région aux colonies juives, et encore, et encore… Noam Chomsky, "Blaming The Victims," éd. Saïd Hitchens.

On a beau se lamenter, voire même souhaiter se venger, d’une manière ou d’une autre, des vies perdues et de la souffrance infligée à des innocents par la violence palestinienne, je pense que l’on doit dire aussi, malgré tout, qu’aucun autre mouvement nationaliste que celui des palestiniens n’a été si injustement pénalisé, diffamé et soumis à des représailles disproportionnées pour ses crimes. La politique israélienne de contre-attaques punitives (ou terrorisme d’Etat) semble être de tuer de 50 à 100 Arabes pour chaque Juif mort. La dévastation de camps de réfugiés au Liban, d’hôpitaux, d’écoles, de mosquées, d’églises et d’orphelinats, les arrestations arbitraires, les déportations, les destructions de maisons, les mutilations et la torture de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza… tout cela, plus le nombre de morts palestiniens, la dimension des pertes matérielles, les privations physiques, politiques et psychologiques, ont énormément excédé les dommages causés aux Israéliens par les Palestiniens.
Edward Saïd, "The Question of Palestine."

Le parti-pris américain (gouvernement et médias) à propos du terrorisme au Proche-Orient

C’est tout bonnement extraordinaire et sans aucun précédent que l’histoire d’Israël et son passé – du fait qu’il s’agit d’un Etat établi sur la conquête et qui a envahi ses pays voisins, bombardé et détruit à tout va, du fait qu’il occupe actuellement des territoires libanais[8], syriens et palestiniens en violation de la loi internationale – ne soient simplement jamais cités, jamais soumis à un examen dans les médias américains ou dans les discours officiels… jamais suggérés comme ayant joué un rôle quelconque dans le déclenchement du ‘terrorisme islamique’ Edward Saïd in The Progressive. 30 Mai 1996.

Des juifs critiquent le sionisme

Albert Einstein – ‘Je préférerais de beaucoup qu’un accord raisonnable ait lieu avec les Arabes sur le principe de vivre ensemble dans la paix plutôt que d’assister à la création d’un Etat hébreu. Mis à part certaines considérations d’ordre pratique, la conscience que j’ai de la nature fondamentale du judaïsme s’oppose à l’idée d’un Etat hébreu, avec des frontières, une armée et une certaine puissance temporelle, même la plus modeste. Ma crainte est que le judaïsme ne subisse des dommages de l’intérieur’…

Erich Fromm
[9]… [exposa]… ‘En matière de loi internationale, le principe est établi qu’aucun citoyen ne peut être privé de sa propriété ou de ses droits à la citoyenneté ; et le droit à la citoyenneté est de facto, en Israël, un droit bien plus légitime pour les Arabes que pour les Juifs. Juste parce que les Arabes ont fui ? Depuis quand cela est-il puni par la confiscation de sa propriété et par l’interdiction de retourner sur la terre où ses ancêtres ont vécu pendant des générations ? Voilà pourquoi la prétention des Juifs à la terre d’Israël ne peut être une revendication légitime. Si toutes les nations revendiquaient subitement les territoires où leurs ancêtres avaient vécu deux mille ans auparavant, le monde dans lequel nous vivons serait un asile de fous… Je pense que, politiquement parlant, il n’y a qu’une seule solution pour Israël, et cette solution est de reconnaître unilatéralement aux Arabes le droit à avoir un Etat – pas comme argument en vue d’un quelconque marchandage, mais en tant qu’obligation morale absolue de l’Etat israélien envers les habitants d’origine de la Palestine’…

Martin Buber
[10] – ‘Seule une révolution intérieure donnera la force nécessaire à notre peuple pour sortir de sa folie meurtrière, basée sur une haine irrationnelle… Elle finira par nous détruire entièrement. Et seulement alors, les jeunes et les vieux de notre pays réaliseront combien fut immense notre responsabilité envers ces misérables réfugiés arabes ; envers ceux dont nous avons pris les villes pour y installer des Juifs qui furent amenés de très loin, dont nous avons hérité les maisons, dont nous labourons et récoltons les champs, dont nous ramassons les fruits de leurs jardins, de leurs vergers et de leurs vignes, et dont nous avons volé les villes pour y édifier des lieux d’éducation, de charité et de prière, alors que nous pérorons et nous enflammons sur le fait que nous sommes le ‘Peuple élu’ et ‘la Lumière des nations’

Dans un article paru dans le Washington Post du 3 octobre 1978, il est rapporté que le Rabbin Hirsch (de Jérusalem) a déclaré : ‘le 12ème principe de notre croyance, il me semble, est que le Messie rassemblera les Juifs exilés qui ont été dispersés dans toutes les nations du monde. Le sioniste est diamétralement opposé au judaïsme. Le sionisme veut faire du peuple juif une entité nationaliste. Les sionistes disent en fait : ‘Dieu, regarde donc ! Nous n’aimons pas l’exil. Fais-nous revenir, et si tu ne le fais pas, nous retrousserons nos manches et nous reviendrons par nous-mêmes.’ Le rabbin poursuit : ‘cela, bien sûr, est une hérésie. Le peuple juif est lié par le serment Divin de ne pas retourner à la Terre Sainte contre le gré de ceux qui y résident.’ Sami Hadawi, "Bitter Harvest."

Une patrie juive en Palestine, bâtie à l’aide des baïonnettes et de l’oppression, n’en vaut pas la peine, même si cela finit par réussir, tandis que la tentative même de la bâtir pacifiquement, en coopération, avec compréhension, bienséance et bonne volonté, en vaut vraiment la peine, même si cela devait échouer. Rabbi Judah L. Magnes, premier président de l’Université Hébraïque de Jérusalem, cité dans Like All The Nations ? éd. Brinner Rischin.

Ce que le sionisme aurait dû être, selon Martin Buber

Le premier point est qu’au moment où nous avons conclu une alliance (laquelle, je l’admets, n’a jamais été clairement définie) avec un Etat européen auquel nous avions octroyé le droit de gouverner la Palestine, nous n’essayèrent même pas de parvenir à un accord avec les Arabes de ce pays sur les conditions de l’implantation juive et du cadre dans lequel elle pouvait se poursuivre. En conséquence de cette approche négative, les Arabes, qui s’en rendaient compte et qui s’inquiétaient de l’avenir de leur peuple, nous considérèrent de plus en plus, non pas comme un groupe désireux de vivre en coopération avec eux, mais comme des personnes qui n’avaient pas été invitées et comme des agents défendant des intérêts étrangers (à l’époque, je l’avais clairement fait remarquer.)

Le deuxième point est que nous avons occupé les postes-clé de l’économie de ce pays sans offrir de compensation à la population arabe, ce qui veut dire que nous n’avons pas permis à leur capital et à leur travail de prendre une part active dans notre économie. Payer les achats de terre à de gros propriétaires terriens ou indemniser les locataires de ces terres n’est pas la même chose que dédommager tout un peuple. C’est pourquoi, un grand nombre d’Arabes, parmi les plus prévenants, considérèrent la progression de la colonisation juive comme une sorte de complot destiné à déposséder leurs générations futures de la terre nécessaire à leur subsistance et à leur développement. Il n’y a qu’avec une politique économique compréhensive et forte, destinée à organiser et à développer des intérêts communs, qu’il eut été possible de contrer ce point de vue et ses inévitables conséquences. Ce n’est pas ce que nous avons fait.

Le troisième point est que lorsque la possibilité survint que le Mandat [britannique] prendrait bientôt fin, non seulement nous n’avons pas proposé à la population arabe de le remplacer par une administration conjointe juive et arabe, mais nous avons foncé et exigé de diriger seuls l’ensemble du pays (le programme Biltmore), comme suite politique appropriée aux acquis que nous avions déjà réalisés. En procédant ainsi, nous avons fourni nous-mêmes à nos ennemis du camp arabe l’aide et le réconfort les plus précieux – le soutien de l’opinion publique – sans lequel l’attaque militaire n’aurait pu être lancée contre nous. Ainsi apparaît-il maintenant à la population arabe qu’en poursuivant les activités dans lesquelles nous nous sommes engagés depuis des années, l’acquisition de terres et le développement du pays, nous préparions le terrain pour prendre le contrôle de tout le pays. Martin Buber, cité dans "A Land of Two Peoples" éd. Mendes-Flohr.

Les nouveaux historiens israéliens réfutent maintenant les mythes sur lesquels se base la fondation de l'Etat (hébreu)

Depuis les années 80, … des érudits israéliens [se sont] joints à leurs homologues palestiniens pour démontrer que le sionisme s’est… déroulé comme un pur acte colonial contre la population locale : un mélange d’exploitation et d’expropriation…

Leur motivation s’est attachée à présenter dans une large mesure un point de vue révisionniste en levant le secret sur des pièces justificatives provenant des archives israéliennes, britanniques et américaines. [A titre d’exemple,] …

La contestation du mythe de l'anéantissement

La nouvelle situation historiographique conteste fondamentalement l’histoire officielle, affirmant que la communauté juive fut confrontée à un possible anéantissement à la veille de la guerre de 1948. Les documents d’archives décrivent un monde arabe fragmenté, ravagé par l’affliction et la confusion, et une communauté palestinienne dépourvue de capacité militaire avec laquelle elle aurait pu menacer les Juifs…

La responsabilité d'Israël vis-à-vis des réfugiés

– L’avantage militaire juif se traduisit par l’expulsion massive de plus de la moitié de la population palestinienne. Les forces israéliennes, à de rares exceptions près, chassèrent les Palestiniens de chaque ville et village qu’elles occupaient. Dans certains cas, ces expulsions s’accompagnaient de massacres [de civils] comme ce fut le cas à Lydda, Ramallah, Ad-Dawayima, Sasa, … et à d’autres endroits. Les expulsions s’accompagnaient aussi de viols, de pillages et de confiscations [de terres et de propriétés palestiniennes]…

Le mythe de l'intransigeance arabe

– [l’O.N.U.] organisa une conférence de paix à Lausanne au printemps 1949. Avant la conférence, l’Assemblée Générale des Nations-Unies adopta une résolution qui avait pour effet de remplacer la résolution de novembre 1947 relative à la partition. Cette nouvelle résolution, la résolution 194 du 11 décembre 1948, entérinait le cadre de la négociation triangulaire de Bernadotte [médiateur de l'O.N.U] pour une paix globale : le retour inconditionnel de tous les réfugiés dans leurs maisons, l’internationalisation de Jérusalem et la partition de la Palestine en deux Etats. Cette fois-ci, plusieurs Etats arabes ainsi que différents représentants des Palestiniens acceptèrent ce cadre comme base de négociation, de la même manière que le firent les Etats-Unis, qui commandaient à Lausanne… Le Premier ministre Ben Gourion s’opposa fermement à toute négociation de paix dans ce cadre prédéfini… L’unique raison pour laquelle il accepta de participer à la conférence de paix résidait dans sa crainte d’une réaction de colère de la part des Américains… Le chemin de la paix a bien été compromis par l’intransigeance israélienne, et non par celle des Arabes.


Conclusion

– Les nouveaux historiens israéliens… souhaitent réparer le fléau du passé que leurs recherches ont révélé… Il y avait un prix important à payer en contrepartie de la création d’un Etat hébreu en Palestine. Et il y avait des victimes, dont la détresse continue d’alimenter la poudrière du conflit en Palestine. Ilan Pappé, historien israélien, dans "The Link", janvier 1998.

[8][NdT] Tsahal s'est retirée du Liban, sur ordre d'Ehud Barak, le 24 mai 2000 après 22 ans d'occupation.

[9] [NdT] Sociologue et philosophe américain d'origine allemande (1900-1980), considéré comme un des grands humanistes du 20ème siècle.

[10] [NdT] Martin Mordechai Buber (1878-1965), philosophe et théologien israélien d'origine autrichienne, reçut le prix Nobel de la Paix en 1958. Figure contestataire du sionisme, il s'est attaché à améliorer la compréhension entre Arabes et Israéliens, et à renouer le dialogue avec les intellectuels et les institutions allemands après la guerre.



Sources Questions Critiques

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans SIONISME

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