« Israël a réussi à nous diviser pour mieux régner »

Publié le par Adriana Evangelizt



« Israël a réussi à nous diviser pour mieux régner »


Entretien avec Naela Khalil (L’Humanité)



Entretien . Lauréate du prix Samir Kassir pour la liberté de presse, Naela Khalil fait le point sur le conflit qui ensanglante les territoires palestiniens.

Beyrouth (Liban),

correspondance particulière.

Elle vient d’obtenir le prix Samir Kassir pour la liberté de presse de la Commission européenne pour son article « Les Palestiniens paient le prix de la haine. Arrestations politiques : un règlement de comptes entre Fatah et Hamas », publié le 14 mars 2008 sur le site Internet AMIN (Arab Media Internet Network). La journaliste palestinienne Naela Khalil fait le point sur un conflit fratricide qui ensanglante les territoires palestiniens au profit de l’occupation israélienne en répondant aux questions de l’Humanité.

Comment les Palestiniens perçoivent le conflit qui oppose le Hamas au Fatah dans les territoires occupés ?

Naela Khalil. Nous sommes habitués à ce que l’oppresseur et le geôlier soient israéliens. Deux de mes frères sont incarcérés pour leur participation à l’Intifada d’Al-Aqsa. Ahmad, vingt ans, a été arrêté par les Israéliens le 20 février 2006 et condamné à quatorze ans de prison. Mahmoud est incarcéré depuis le 26 juin 2006. Il a été condamné à quatre ans de prison après avoir été atteint d’une grenade à la jambe. Mais il est scandaleux maintenant que le geôlier soit palestinien et nous devons dénoncer ses exactions. J’ai vécu l’oppression lorsque mon frère est sorti un jour de la maison et a disparu, sans que nous puissions savoir dans quel camp d’incarcération il se trouvait. Que l’on soit issu du Fatah ou du Hamas, rien ne justifie l’oppression de Palestiniens par des Palestiniens.

Qui porte la responsabilité du conflit interpalestinien ?

Naela Khalil. Israël a réussi à diviser pour mieux régner, en affaiblissant l’Autorité palestinienne. S’ajoutent les pressions exercées contre le Hamas avant même son coup de force à Gaza, le blocus alimentaire imposé à ce peuple et la domination israélienne dans les territoires palestiniens. Rien ne justifie les exactions du Hamas, mais lorsqu’on condamne toute une population à la famine, il est normal que les gens finissent par s’entre-tuer.

Israël et les autorités palestiniennes tentent de relancer les pourparlers de paix. Quel serait l’impact d’une éventuelle reprise du dialogue sur le plan interpalestinien ?

Naela Khalil. L’objectif ultime de l’occupant israélien est de briser toute velléité d’union nationale palestinienne. Toute entente entre le Fatah et le Hamas est perçue par Tel-Aviv comme une menace, car cela renforcerait le front interne contre l’occupation. En soutenant une partie des Palestiniens contre l’autre, qu’il condamne à la famine, l’occupant israélien entend éliminer la cause palestinienne. Sa guerre contre les Palestiniens est devenue plus intelligente qu’auparavant. Les Israéliens ont réussi à infiltrer les Palestiniens en promettant au Fatah le soutien de la communauté internationale, notamment celui des États-Unis, s’il prenait ses distances avec le Hamas et s’il refusait de négocier avec ce mouvement.

Vous résidez dans le camp de Balata, en Cisjordanie. Quelles sont les procédures requises pour voyager des territoires occupés au Liban ?

Naela Khalil. Je suis passée par la Jordanie pour venir à Beyrouth. J’ai dû traverser une dizaine de barrages militaires israéliens déployés à l’entrée de chaque ville et village palestinien en Cisjordanie. Il est inimaginable de circuler librement en Cisjordanie. J’ai trente ans. Bien que la Palestine ait des débouchés maritimes, je n’ai vu la mer pour la première fois de ma vie qu’à l’âge de vingt-cinq ans, en… Grande-Bretagne.

Entretien réalisé par Talal El Atrache

20 juin 2008

L’Humanité

Publié dans SIONISME

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