Le Hamas à la croisée des chemins

Publié le par Adriana Evangelizt

Le Hamas à la croisée des chemins

par  Hoda Saliby

Lutte armée au nom de l'islam ou exercice d'un pouvoir politique issu des urnes ? Ignorant les appels d'Al-Qaida, le Hamas semble pencher pour cette dernière solution, se réjouit la presse palestinienne.

"Depuis la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes, la scène politique dans la région est secouée par des réactions qui vont dans tous les sens", commente Al-Ayyam dans son éditorial. Le quotidien palestinien revient sur la visite que vient d'effectuer le Hamas à Moscou, après l'invitation lancée en février par le président russe, Vladimir Poutine. Malgré les critiques soulevées par cette ouverture de la Russie à l'égard du mouvement islamiste, que les Etats-Unis et Israël tentent d'isoler, "le Hamas a pu réaliser une percée diplomatique et ouvrir une brèche dans l'embargo politique imposé par la communauté internationale", poursuit le journal.

Mais, pour certains, "le Hamas, malgré son habileté, est loin d'avoir réalisé une avancée politique. Ainsi, pour les combattants tchétchènes, le mouvement islamiste a trahi ses coreligionnaires en acceptant de rencontrer les ennemis des musulmans russes et tchétchènes. Pour ceux-là, le Hamas a bradé ses convictions et dévoilé sa soif du pouvoir", relève pour sa part l'éditorialiste d'
Al-Hayat Al-Jadida, un quotidien de Ramallah. Mais le journal prend la défense du mouvement palestinien et souligne "les contraintes imposées par les réalités politiques".


Al-Hayat Al-Jadida garde ses critiques les plus acerbes et son ironie pour l'appel lancé par Ayman Al-Zawahiri, le numéro deux d'Al-Qaida, "qui nous a surpris en annonçant, à partir de sa cachette, qu'il connaissait bien la Palestine et son peuple. Adoptant un ton impératif, Al-Zawahiri a voulu dresser les Palestiniens contre l'Autorité palestinienne et les députés du Fatah, les qualifiant de 'laïcs qui ont vendu la Palestine', et il s'est octroyé la qualité de tuteur de la cause palestinienne." Le peuple palestinien lutte pour sa liberté depuis des dizaines d'années, sans tuteur ni parrain, "et sans le soutien de ceux qui s'abritent derrière la religion pour appeler au meurtre et au terrorisme, loin des vrais préceptes de l'islam", poursuit Al-Hayat Al-Jadida. En affichant son hostilité à la démocratie palestinienne, "Al-Zawahiri agit exactement comme le gouvernement israélien qui occupe nos terres".

"Les conseils d'Al-Zawahiri au mouvement Hamas de poursuivre la lutte armée contre Israël pourraient indiquer que le réseau Al-Qaida essaie de se constituer des cellules à l'intérieur des Territoires, comme l'a évoqué récemment le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Parallèlement, Al-Zawahiri a joué sur une fibre sensible au sein du mouvement islamiste, dont certains membres ne sont pas encore tout à fait convaincus des nouvelles orientations du Hamas, qui prône le calme et propose une trêve de longue durée avec Israël", relève de son côté
Al-Quds Al-Arabi. Ce quotidien palestinien édité à Londres qualifie le message envoyé par Al-Zawahiri de "nouveau casse-tête pour le Hamas".

Pour le quotidien panarabe
Asharq Al-Awsat, "Al-Zawahiri s'est battu pour instaurer un pouvoir islamique en Afghanistan, mais il a échoué. En revanche, le combat du Hamas vient d'aboutir en propulsant le mouvement dans les sphères du pouvoir. Et, maintenant, il appartient à ce mouvement de choisir entre la poursuite du chemin tracé par l'Autorité palestinienne ou le rapprochement avec les autres mouvements islamistes à travers le monde." Le journal ne mâche pas ses mots : "Le Hamas dispose d'une occasion historique pour défendre les droits des Palestiniens. Il pourrait facilement la rater s'il décide de suivre les illuminés qui veulent libérer le monde. La décision est entre les mains des dirigeants du Hamas."

Pour le moment, le Hamas a opposé une fin de non-recevoir aux appels d'Al-Zawahiri. Et, en réponse aux incitations de Moscou - notamment du ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov - de se rallier au plan de paix international, la délégation du Hamas a souligné : "Nous ne disons pas non à tout. Nous savons que nous sommes dans une nouvelle phase et que le Hamas doit changer. Mais, si vous voulez que le Hamas change de politique, vous devez aussi demander aux Israéliens de changer la leur", rapporte
Al-Ayyam.

Le mouvement islamiste palestinien a terminé, le dimanche 5 mars, sa visite à Moscou en renvoyant la balle dans le camp des Israéliens pour toute relance du processus de paix. Quant au nouveau Premier ministre issu des rangs du Hamas, Ismaïl Haniyeh, il a souligné que "le prochain gouvernement annoncera le programme politique qui sera suivi. Il reviendra au Parlement de l'accepter ou de le rejeter. Nous tiendrons compte des remarques des parlementaires et, au besoin, nous remanierons nos propositions."

Sources : COURRIER INTERNATIONAL

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans HAMAS

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article