La saga Shalit continue

Publié le par Adriana Evangelizt



La saga Shalit continue


Par Khaled Amayreh
> amayreh@p-ol.com



Le récent et "spectaculaire" échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah, qui a plongé Israël dans un état de confusion nationale pendant que les sentiments de triomphe se répandaient dans tout le Liban et le monde arabe, a déjà un impact sur les tentatives de résolution de l'affaire Shalit.

Le Hamas, comme toutes les autres factions palestiniennes, s'est réjoui de tout cœur de l'échange, affirmant qu'il prouvait qu'Israël était prêt à libérer des prisonniers "qui ont du sang sur les mains" en échange de la libération de prisonniers israéliens, morts ou vifs.

"S'ils sont prêts à libérer des 'prisonniers avec du sang sur les mains' en échange d'Israéliens morts, ils devraient être encore mieux disposés pour libérer des prisonniers similaires en échange de Shalit, qui est vivant et bien portant", a dit Mushir al-Masri, député Hamas.

Al-Masri faisait allusion à la libération par Israël, la semaine dernière, du prisonnier libanais Samir Al-Kantar, qui avait tué trois Israéliens lors d'une opération de guérilla il y a presque trente ans.
Jusqu'à récemment, les dirigeants israéliens ont systématiquement invoqué le mantra que les prisonniers arabes qui avaient tué des Israéliens, même des soldats et des colons paramilitaires, ne quitteraient en aucun cas les prisons israéliennes.

Cependant, la libération d'Al-Kantar semble avoir annulé ce mantra (les Juifs qui ont assassiné des Palestiniens innocents en toute connaissance de cause n'encourent pas de longues peines de prison et sont habituellement pardonnés par décret présidentiel).
Plus de 10.000 prisonniers palestiniens croupissent dans les geôles et les camps de détention israéliens, dont beaucoup sont des militants politiques, des politiciens, des députés et des ministres, détenus indéfiniment, sans accusation ni procès.
Il y a aussi des centaines d'autres prisonniers, qui purgent des peines de prison à vie pour avoir tué des soldats et des colons israéliens dans des actions de résistance contre l'occupation militaire israélienne, conformément à leur droit légal selon la législation internationale.

Pour eux, le seul espoir raisonnable de liberté est un accord d'échange de prisonniers "réussi" entre Israël et le Hamas.

Le Hamas, mouvement sunnite de résistance, subit une énorme pression du public pour qu'il imite le Hizbullah shiite en termes de résilience, de patience et de détermination pour obtenir la libération d'autant de prisonniers politiques que possible des prisons israéliennes en échange de Gilad Shalit, soldat israélien capturé il y a deux ans.

Cette semaine, Ismail Haniyeh, Premier ministre du gouvernement basé à Gaza, a assuré au peuple palestinien – en particulier aux familles des prisonniers – que le Hamas ne ferait aucune compromission sur ses demandes de base, c'est-à-dire qu'Israël devrait libérer 1.000 prisonniers palestiniens, dont 450 emprisonnés à vie.

Les dirigeants du Hamas ont fait des déclarations identiques dans le pays et en Diaspora, tous promettant "un accord d'échange honorable" avec Israël.

Néanmoins, le Hamas connaît la différence fondamentale entre les situations libanaise et palestinienne. Après tout, Israël occupe les territoires palestiniens, il peut arrêter et il arrête autant de Palestiniens qu'il veut. Il ne se passe pas un seul jour sans que les troupes d'occupation israéliennes attaquent les villes et les villages palestiniens pour arrêter des présumés activistes et des personnages publics.

Cette semaine, l'armée israélienne a fait un raid sur la ville de Naplouse pour la quatrième fois en moins de quatre semaines. Les troupes d'invasion ont arrêté plusieurs dirigeants et hommes politiques civils, dont Mona Mansur, une député islamique.

Le mari de Mansour, Jamal Mansour, homme politique qui n'a aucun lien avec la résistance violente contre Israël, a été brutalement assassiné par un escadron de la mort israélien alors qu'il était assis dans son bureau, dans le centre de la ville, il y a quelques années.

De plus, le Hamas sait qu'Israël peut toujours revenir sur tout accord d'échange de prisonniers en re-arrêtant certains ou tous les prisonniers que le gouvernement israélien peut être obligé de libérer pour obtenir que le Hamas libère Shalit.

En conséquence, le Hamas connaît les limites de sa capacité à imiter le Hizbullah. C'est pourquoi il va vraisemblablement exiger la caution d'un tiers – probablement l'Egypte – contre le jeu de dupes d'Israël.

Pour sa part, et en dépit de son avantage vis-à-vis des Palestiniens, à la fois en terme de l'occupation elle-même et du grand nombre de prisonniers palestiniens qu'il détient, Israël est lui aussi face à un dilemme en essayant d'obtenir la libération de Shalit de la captivité palestinienne.

Israël a épuisé tous les efforts des renseignements pour localiser Shalit dans l'espoir de le libérer par une opération commando. Cependant, presque tous les responsables de l'armée et des renseignements israéliens sont arrivés à la conclusion que même si Shalit était localisé, toute opération de récupération finirait presque certainement par sa mort.

De plus, et en dépit de la certitude que Shalit est vivant (contrairement aux deux soldats libérés par le Hizbullah), Israël sait que le précédent que constitue la libération d'Al-Kantar en échange de "deux cercueils noirs" affaiblit la position de négociation israélienne vis-à-vis du Hamas.

Ajouté à ça la pression publique grandissante sur le gouvernement faible d'Ehud Olmert pour obtenir la libération de Shalit le plus rapidement possible, quel que soit le prix. Les partisans argumentent qu'Israël devrait être prêt à payer un prix plus fort pour la libération d'un soldat israélien vivant que le prix déjà payé pour les dépouilles de deux soldats capturés par le Hizbullah.

De plus, le gouvernement israélien et les services de sécurité, et en particulier l'agence de services secrets intérieurs Shin Bet, s'inquiètent que la libération de tant de dirigeants palestiniens ne renforce le Hamas et n'affaiblisse le Président de l'Autorité palestinienne soutenue par les USA Mahmoud Abbas.

Dimanche dernier, le gouvernement israélien a passé sa session hebdomadaire à discuter de la meilleure approche pour reprendre des négociations indirectes avec le Hamas au sujet de Shalit. A la suite de longues discussions, il a décidé d'envoyer Ofer Dekel, qui est en charge du dossier Shalit, au Caire pour des pourparlers supplémentaires avec le Chef des Renseignements Généraux égyptiens, Omar Suleiman.

Le quotidien israélien Haaretz a cité des ministres présents à la session, qui ont demandé "une plus grande souplesse lors des négociations avec le Hamas", pour libérer Shalit. Le journal a également cité "des sources sécuritaires et politiques" qui auraient dit que "les restrictions sur les critères des prisonniers devaient être assouplies pour que les discussions aboutissent".

Entre temps, on rapporte que l'ancien Président US Jimmy Carter essaie de parvenir à une percée dans un possible échange de prisonniers entre le Hamas et Israël. Carter aurait vivement conseillé à Israël de libérer des douzaines d'hommes politiques et députés du Hamas enlevés par l'armée israélienne il y a deux ans, pour forcer le Hamas à libérer Shalit.

La semaine dernière, Robert Pastor, conseiller principal de l'ancien Président US, est venu dans la région et a rencontré des responsables israéliens, égyptiens et syriens, dans l'espoir de parvenir à un "marché équilibré" entre les parties.

Selon cette initiative, Israël libèrerait plusieurs douzaines d'otages politiques, dont des députés et d'anciens ministres du gouvernement Hamas. En échange, Shalit serait emmené en Egypte, où sa famille pourrait le voir. Ensuite, les négociations pour la libération d'autres prisonniers palestiniens continueraient.

Un dirigeant Hamas à Gaza a dit à Al-Ahram Weekly que le mouvement n'accepterait jamais un tel marché, qu'il a qualifié de "piège israélien évident".

Sources
ISM

Posté par Adriana Evangelizt


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