Les Etats-Unis : un Etat voyou 2/2

Publié le par Adriana Evangelizt

 

Les Etats-Unis : un Etat voyou 2


Par Khaled Bensmaïn

Le Quotidien d'Oran, le 20 janvier 2005



«Le complexe militaro-industriel»

Mais c’est avec l’arrivée des néo-conservateurs au pouvoir que le caractère impérialiste des Etats-Unis apparaît plus clairement (malgré la fin de la guerre froide, le budget militaire des Etats-Unis ne cesse d’augmenter) et ne sacrifiera pas aux usages de la rhétorique. Que l’intérêt et la «sécurité» des Américains, qu’ils définissent unilatéralement, puissent dépendre de quelques lois ou conventions internationales ou qu’ils soient aliénés par des considérations humanitaires, philosophiques ou morales est inacceptable pour l’establishment américain. Il est tout à fait naturel, aux yeux des Américains, que la première puissance économique et militaire soit au dessus des lois et qu’elle soit la seule à apprécier la menace qui viserait ses intérêts et que naturellement pour y faire face, elle puisse unilatéralement déclarer la guerre et envahir n’importe quel pays si elle estime cela nécessaire. Pour se faire il lui aura suffi de détourner, à son profit, le sens de l’article 51 de la charte des Nations unies.

En effet et en opposition avec les lois et conventions internationales, les Etats-Unis vont tailler à leur mesure, une définition à l’article 51 de la charte des Nations unis, qui rappelle dans quel cas un Etat peut évoquer la légitime défense et s’en réclamer afin de se défendre contre «une attaque armée…jusqu’à ce que le conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité internationales». La légitime défense implique une réponse de l’agressé contre une attaque directe sur son territoire. L’extension de cette notion par les Américains va englober la prévention et leur permettre, sous le couvert de la légitime défense, de mener ce qu’ils appellent des « guerres préventives ». On imagine aisément l’arbitraire qui présiderait aux destinées du monde si chaque pays se réclamant de ce droit décidait de sa «guerre préventive» contre un autre Etat sous le prétexte de défendre ses intérêts.

Il n’est pas difficile de comprendre que ce «souci » de la sécurité cache mal la volonté des Etats-Unis de se libérer de toute contrainte légale et de s’autoriser, s’ils décident qu’ils sont menacés, de porter la guerre dans n’importe quel pays du monde. Mme Albright n’a laissé aucun doute planer sur ce sujet, «il se peut qu’il revienne avec quelque chose qui nous déplaise, auquel cas nous nous en tiendrons à l’intérêt national» (10) parlant ainsi du Secrétaire général des Nations Unis qui venait d’annoncer qu’un accord avait été conclu avec l’Irak.

Lui emboîtant le pas le consultant juridique du département d’Etat, Abraham Sofaer, précisera l’idée. «Puisque la majorité du monde ne partage pas notre point de vue, nous devons nous réserver le pouvoir de décider comment nous agirons et quels problèmes relèvent essentiellement de la juridiction des Etats-Unis, comme le décident les Etats-Unis" (11). Le monde constituant l’arrière cour des Etats-Unis.

Il apparaît de plus en plus évident aujourd’hui, avec l’équipe Bush au pouvoir, que la finance et intimement associée à la politique et le danger pour la paix et la stabilité dans le monde s’accroît d’autant plus que la frontière, entre les intérêts des hommes d’affaires américains qui ont leurs entrées à la Maison Blanche, se confond avec ceux des Etats-Unis. «Plusieurs des principaux membres de l’administration (dont le président lui même, le vice-président Richard Cheney et la conseillère de politique étrangère Condoleezza Rice), convoitaient les ressources d’un pays potentiellement riche» (11). Ce qui est bon pour eux doit l’être forcément pour les Etats-Unis et les guerres qu’ils font mener à leur pays sont leurs propres guerres. Sans aucun scrupule et sous des prétextes fallacieux, ils n’hésiteront pas à porter la mort et la désolation là où leurs intérêts le leur commande.

On sait qu’avec l’arrivée de G. Bush à la présidence des Etats-Unis entre 1988 et 1992 c’est le clan des pétroliers qui fit son entrée à la Maison Blanche. Le président lui même siégeait au conseil d’administration de Caterair, une des filiales de Carlyle, «dont certains actionnaires étaient liés à l’industrie aéronautique et à l’industrie de défense» (12). Le fils dirigeait de 1986 à 1993 la société Harken Energy Corporation, société pétrolière texane créée par Bush père. Dans l’entourage immédiat du Président américain, une immense toile d’araignée s’est constituée et dans laquelle s’entrecroisent hommes d’affaires plus ou moins véreux, personnalités politiques aussi intéressés par le pouvoir que par l’argent, responsables militaires qui rêvent de refaire le Vietnam à moindre risque.

Au centre de cette toile et tout près du président, se trouve le chef du Pentagone, Donald Rumsfeld. L’homme multimillionnaire a su intelligemment mettre ses fonctions politiques et ses entrées à la Maison Blanche au service de ses affaires privées et de celles de ses amis. Donald Rumsfeld s’est distingué en 1977, un an après avoir quitté son poste de Secrétaire d’Etat à la défense sous le gouvernement de Gerald Ford, lorsqu’il rejoignit le groupe Searle, qui avait rencontré des problèmes, auprès de l’administration chargée du contrôle du médicament et de l’alimentation quant à «l’agrément d’une molécule, l’aspartame, que Searle espère vendre comme un substitut au sucre» (13). Malgré les soupçons de toxicité révélée par les analyses qui avaient été refaites, car celle de Searle présentaient de nombreuses erreurs, la mise sur le marché de l’aspartame est autorisée contre l’avis du comité scientifique mandaté par l’administration, et cela grâce aux nombreux amis que Rumsfeld avait su placer à des postes sensibles. Il reste à souligner que le procureur chargé de l’enquête pénale, va démissionner pour rejoindre le cabinet d’avocats de Searle. La «mission» accomplie, Rumsfeld quitte Searle en empochant au passage 5 millions de dollars (14).

En 1990 il est appelé à la rescousse d’une entreprise, la General Instrument, (G.I.) qui a de sérieux problèmes financiers. La société en question qui vient d’investir beaucoup d’argent dans la technologie de la télévision digitale s’est trouvé disqualifiée par l’autorité de régulation des télécoms qui n’a retenu pour la compétition que les projets de quatre sociétés, trois américaines et une japonaise qui répondaient au cahier de charge qui définissait les conditions d’obtention du marché. Le choix de l’autorité de régulation s’était fixé sur la technologie analogique. Rumsfeld prend la tête de G.I. et dans le même temps il se fait nommer, malgré l’irrégularité de la procédure, membre de la commission de sélection de l’autorité de régulation.
La présence de Rumsfeld dans les deux instances va lui permettre d’influer sur le choix de la commission qui revient sur sa décision quant au choix de l’analogique. La société japonaise est éliminée, les Américaines se reconvertissent au digital, G.I. prend l’essentiel du marché et Donald Rumsfeld, en quittant G.I. encaisse, pour service rendu, un pactole de 7 millions de dollars. En mars 2000, un dirigeant de G.I. révèle que sa société était la seule «à proposer du digital, mais nous avions avec nous Don Rumsfeld, qui avait ses entrées à Washington, dans l’administration». Dix ans plus tard le choix du digital est un fiasco (15).

Enfin, sa présence au Pentagone va lui permettre d’allier à ses convictions ultra-libérales son sens des bonnes affaires. Fidèle à une conception du libéralisme où la liberté dans le domaine économique ne doit souffrir d’aucune entrave, Rumsfeld va ouvrir les services du ministère de la défense aux capitaux privés.
Le maître du Pentagone qui est le «chef de file d’un réseau qui navigue entre les conseils d’administration de la corporate América et les officines gouvernementales» (16) va confier à des firmes privées, dont il n’est pas étranger, la sous-traitance des services qui ne ressortent pas du «cœur de la guerre». Du nettoyage des treillis au ravitaillement de l’armée américaine en carburant, de la location de gardes corps à la formation de policiers irakiens, depuis l’alimentation des G.I. jusqu’à la collecte des renseignements. Tout est pris en charge par des entreprises privées qui n’hésitent pas à surfacturer leurs prestations et se faire ainsi de substantiels profits sur le compte de l’armée américaine.
Lors de sa prise de fonction en 2000, il fait une déclaration de patrimoine, dans laquelle figure, bien entendu, tous les biens qu’il possède. Il lui faudra 50 pages pour y caser sa liste.

Le vice-Président, Dick Cheney, ex- directeur de la société Halliburton et principal bénéficiaire des contrats de livraison de pétrole irakien, est avec Richard Perle et Wolfowitz, la cheville ouvrière de la guerre contre l’Afghanistan et l’Irak. Alors qu’il poussait à la guerre contre l’Irak, et que la population irakienne subissait les affres de la faim et la maladie, Dick Cheney et ses comparses tiraient des plans pour mettre le pays à sac. Il bénéficiera pour sa société de contrats très juteux qu frisent le scandale financier au point où une commission d’enquête a été dépêchée par la C.I.A., pour enquêter sur les surfacturations des services d’Alliburton.

Condoleeza Rice directrice du Conseil National de Sécurité (N.S.A.) ex-responsable du groupe pétrolier Chevron (ex-standard-oil) est membre de la Rand Corporation, club de réflexion financé par le Pentagone.

James Baker « grand pétrolier texan, pluri millionnaire » a été à la tête de Carlyle Group.
Donald Evans Secrétaire d’Etat au commerce, responsable à Brown-&-Root société d’ingénierie pétrolière,
Spencer Abraham, secrétaire d’Etat à l’énergie, également responsable à Brown-&-Root,
Cathleen Cooper sous-Secrétaire au commerce et ex-responsable chez Exxon.
George Shulz, ex-Secrétaire d’Etat est membre du comité de conseil du Pentagone (Defense Policy Board ) et administrateur de Bechtel, l’un des principaux bénéficiaires des aides à la reconstruction de l’Irak ( sans passer par la procédure des appels d’offre, cette société a obtenu pour 1,8 milliards de dollars de contrats)(17).
Paul Wolfowitz ministre adjoint à la défense est consultant chez Gruman Group.
Jay Garner, premier gouverneur de l’Irak après la chute du régime de Saddam Hussein est chargé de « rétablir » la sécurité et de superviser la « reconstruction » du pays. Le général Garner est l’ami personnel du ministre de la défense Donald Rumsfeld, il est également le patron d’une société d’armement spécialisée dans l’électronique militaire la « Sy coleman ». Sa société équipe les missiles « Patriot » et grâce à ses relations au Pentagone, il a pu bénéficié, sans aucune soumission d’offre, d’un contrat de 100 millions de dollars. Par ailleurs, le général Garner a des liens très étroits avec une importante multinationale qui forme des policiers, entraîne des soldats pour le compte des Etats et loue des mercenaires. C’est dire si la guerre menée par son pays en Irak l’intéresse à tous les niveaux

La liste des personnalités qui ont d’importantes fonctions politiques dans l’administration américaine et qui siégent dans les conseils d’administration des entreprises privées est loin d’être exhaustive. Ces personnages gravitent dans l’entourage immédiat du Président américain et participe d’une manière active à la politique étrangère américaine.

Ce sont ces hommes et ces femmes qui régentent le monde, le mettant en coupe réglée n’hésitant pas à envahir et à détruire des pays, des vies et des cultures afin de satisfaire leur goût pour la puissance et le lucre. Malgré la légalité internationale dont ils se parent, ils ne sont pas loin de ressembler à un syndicat du crime ou en comparaison, les maffias traditionnelles apparaissent comme des sociétés caritatives. Ils font le malheur du monde et sur ce malheur ils font des affaires.


«El proconsul» Négroponte"

Le général Jay Garner ne restera pas longtemps en Irak. Il est rappelé au bout de trois semaines, pour être remplacé par un diplomate de carrière, Paul Bremer. A son retour aux Etats-Unis, il avouera que le but des Américains n’était « pas de libérer l’Irak, ni de le désarmer, simplement y installer des bases militaires permanentes et s’emparer des réserves pétrolières »(18).
L’absence de volonté des Américains, malgré leurs promesses, à remettre en marche les infrastructures de bases, les services de santé, d’approvisionner la population en eau et en électricité, de rétablir la sécurité des personnes et des biens corrobore parfaitement la déclaration du général Garner, et met à nu leurs véritables intentions.

Paul Bremer, ami personnel de Wolfowitz, succède à Jay Garner et avait pour objectif, le dépeçage «légal» de l’Irak. Il devait « contractuellement » livrer aux squales américains de la finance, l’économie irakienne. Il va réussir à privatiser plus de 200 entreprises publiques, banques, usines, mines…et surtout mettre l’agriculture irakienne entre les mains des multinationales de l’agro-alimentaire, avec la complicité du gouvernement irakien désigné par les Etats-Unis. Les contrats que va signer celui-ci avec les géants du commerce de grains, stipulent que le paysan irakien ne doit utiliser que des semences sélectionnées sur lesquelles, ces sociétés ont le monopole. Il est inutile de préciser que ces semences ont la particularité d’être hybrides, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent être utilisées qu’une seule fois et ainsi en plus des substantiels profits que vont faire ces multinationales, c’est tout le pays qui est pris en otage.(19)

Pendant ce temps la résistance irakienne ira crescendo et fera subir aux troupes américaines de lourdes pertes. Après avoir réussi à dépecer le pays et à enchaîner son économie aux multinationales américaines, Bremer est rappelé pour céder la place à l’homme que les Honduriens ont surnommé «El Proconsul» Negroponte, pour les pouvoirs dont il disposait au Honduras et le rôle qu’il joua avec « succès »dans la lutte contre la « subversion ». En ce qui concerne l’Irak, il aura pour mission de « pacifier » le pays.

L’homme a été formé comme agent de renseignements dans les guerres du Vietnam et du Cambodge. Son expérience l’amènera à diriger personnellement les escadrons de la mort en Amérique centrale. Il est nommé ambassadeur au Honduras pour remplacer Jack Binns qui était encore en poste mais qui n’avait cessé, en toute naïveté, d’agacer Washington sur les méthodes -tortures et assassinats d’opposants politiques- et « l’état pathologique » de Gustavo Alvarez Martinez, général que la C.I.A. avait recruté et placé comme chef de la Sûreté nationale et commandant en chef des forces armées du Honduras. Un an à peine après sa prise de fonction, Binns qui semblait n’avoir pas compris les « nécessités » de la guerre contre la «subversion», est remplacé par Negroponte. Ce dernier avait cette particularité de ne pas être trop regardant quand aux procédés employés par l’agence américaine ou par leurs protégés au Honduras, dans leur lutte contre le « communisme » car « la dernière chose que souhaitait l’administration Reagan, c’était un ambassadeur soucieux du respect des droits de l’homme »(20).

En cela elle avait trouvé en la personne de Negroponte l’homme qui répondait à ce profil et qui devait également coordonner, à partir du Honduras, l’action contre-révolutionnaire des Contras qui visait à renverser le gouvernement sandiniste de Managua. Afin de financer cette opposition armée, il va trouver l’argent nécessaire à son action dans le trafic de la cocaïne qu’il va organiser vers les Etats-Unis. La mission de l’ambassadeur américain au Honduras fut couronnée de succès et sa nomination à ce poste «fut essentielle à la réussite américaine dans cette région du monde(21
). En effet les résultats parlent d’eux-mêmes. Le Nicaragua va être obligé de détourner les rares ressources qu’il possède, et qu’il avait mise au service de son peuple, vers la défense du pays
.
Confronté aux attaques extérieures des Contras et des Américains (les Etats-Unis vont miner les ports du Nicaragua), au sabotage et à l’agitation d’une droite réactionnaire soutenue par les Etats-Unis, le régime sandiniste s’écroule et aujourd’hui, le Nicaragua est le 2° pays le plus pauvre de l’Amérique latine, et 60% des enfants de moins de deux ans sont anémiques du fait de la malnutrition (22). On peut dire que ce point de vue la mission de Negroponte a été une réussite totale. Ensuite, ambassadeur au Mexique, jusqu’en 1993, il va chapeauter les services de renseignements américains qui collaboraient avec le gouvernement mexicain dans la guerre contre les « rebelles » zapatistes du Chiapas. Versé dans la vie « civile », mais toujours agent des services américains, il revient aux affaires politiques avec l’élection du président Bush. Ami de longue date de cette famille il intégra facilement le staff du président américain qui lui, avait besoin d’un homme fidèle et dont la mission serait d’entraîner l’O.N.U. dans la guerre contre l’Irak. En plus de cette mission il devait s’opposer à la moindre résolution condamnant les exactions d’Israël en Palestine.

A l’O.N.U., afin de manipuler le secrétaire général des Nations unis et le Conseil de sécurité, il n’hésita pas à se lancer dans des opérations d’espionnage des membres du conseil de sécurité et à intercepter les communications des diplomates. Par ailleurs, il parvint à « convaincre » les dirigeants mexicains et chiliens, de rappeler leurs représentants à l’O.N.U. qui ne le suivaient pas dans ses positions belliqueuses à l’endroit de l’Irak. Et c’est ce même homme qui est envoyé comme « ambassadeur » dans ce pays pour apporter la démocratie, les droits de l’homme et le progrès au peuple irakien.

Dès son arrivée à Baghdad, le nouvel ambassadeur a décidé de reconsidérer les priorités de son programme de dépense et de transférer au chapitre de la sécurité, l’argent destiné aux infrastructures de base et particulièrement à l’eau et à l’électricité.

Spécialiste des guerres de basse intensité, c’est-à-dire des guerres menées essentiellement contre les civils, Negroponte est certainement l’homme de la situation, son expérience en Amérique centrale plaide pour lui. C’est à lui que va incomber la tâche d’appliquer la décision de la Maison Blanche de tenir, malgré les conditions déplorables et un climat de violence sans précédent, les élections législatives en janvier 2005. Quelle que puisse être la situation sécuritaire, les Américains sont décidés à accélérer le processus électoral qui autorisera le nouveau gouvernement issu des « élections » à recourir à leur aide pour établir la paix et la stabilité en Irak. Ainsi les Américains ne seront plus une force d’occupation mais une armée qui n’aura fait que répondre à une demande d’assistance faite par un pays menacé par le terrorisme.

De même qu’ils ont empêché, au nom de la guerre contre le communisme et la « subversion », toute tentative des pays d’Amérique centrale et du sud, de se libérer de la misère et du sous-développement par la mobilisation, au service de leurs peuples, des ressources de leurs pays, les Etats-Unis tentent aujourd’hui, au nom de la lutte contre le « terrorisme », de mettre la main sur les richesses du monde arabe et musulman en contrecarrant toute velléité de souveraineté. Il est inacceptable pour la première puissance mondiale de tolérer la moindre résistance à sa volonté de réduire au même dénominateur, celui de sa domination, tous les espaces géographiques et aux mêmes perceptions idéologiques, tous les univers mentaux. Aujourd’hui, l’Islam est au centre de la guerre qui est portée par les Etats-Unis dans le monde. Et nous pensons que le terme « croisade » employé par G. Bush est révélateur d’un état d’esprit qui s’ancre dans la croyance que le destin de l’Amérique est de diriger le monde. Que Dieu a élu ce peuple afin de régénérer la vraie foi : le christianisme, dans sa version évangéliste. Pour les néo-conservateurs « calvinistes », le lien avec l’histoire juive est par trop évident. Persécutés en Europe du fait de leurs convictions religieuses, Dieu aurait dirigé leurs pas vers la nouvelle « terre promise » : les Amériques. Le pays où ils sont arrivés, son immensité, ses richesses, ses peuples vivant à l’état de nature était bien le signe de leur « élection » et cela les confortait dans la mission pour laquelle ils se sentaient prédestinés : la construction de la « cité de Dieu » en terre américaine, l’extermination des Indiens dans lesquels « s’était incarné le diable » et l’enrichissement sans limite.


La trahison des clercs :

Cette animalité, il n’y a pas d’autres termes pour qualifier cette régression de l’humain dans l’homme, trouve encore des plumitifs qui, sous les oripeaux d’un intellectualisme de mauvais aloi, justifient cette barbarie au nom d’un universalisme aussi douteux qu’abstrait. Comme il s’est toujours trouvé des intellectuels pour inscrire les aventures coloniales dans une «logique historique» - et aujourd’hui celle-ci se présente sous les clinquants de la modernité, de la démocratie et des droits de l’homme – la guerre contre l’Irak et l’Afghanistan a trouvé ses chantres et a réussi à convertir au même credo les « ennemis » séculaires. Ceux qu’on situait dans le camp colonialiste et qui traditionnellement s’identifiaient à la droite, et ceux qui prétendaient défendre les valeurs humaines et qui étaient parvenus, nous semblait-il, à rompre avec leur passé colonial.

Cependant, le naturel ne va pas tarder à revenir au galop sous la forme d’un raisonnement très spécieux qui cache mal la duplicité de ces intellectuels. Pour ces clercs, qui se situent le plus souvent à gauche, qui paraissaient s’être libérés de leurs a priori ethnocentristes, la démocratie et la «modernité» ne pouvait être que le dénominateur commun à l’humanité.

Le sens de l’histoire ainsi défini, il n’était plus permis de patienter qu’elles émergent à la conscience par un processus de maturation interne à la société. Il fallait l’imposer y compris par la violence des armes aux peuples « rétifs » à ces « valeurs ». Ce nouveau discours, développé dans les pays occidentaux et pris en charge par les élites du Tiers-Monde, s’avère n’être qu’un avatar d’une pensée qui, quoique généreuse dans ses objectifs, conduisit dans sa pratique au goulag et aux déceptions qu’ont provoquées, chez ces intellectuels, les mouvements d’indépendance qui auraient dû répondre à leur rêve de faire « triompher »dans leurs pays nouvellement libérés, la révolution qu’ils ne purent accomplir chez eux.

Ces concepts ou plutôt leur retraduction, marqués au coin du «réalisme» et de l’ostracisme, venus enrichir un discours qui prétendait traduire l’état du monde et les progrès enregistrés par l’humanité, s’inscrivent pour l’essentiel dans un système mondial, dominé par les Etats-Unis, qui vise à légitimer les interventions militaires, les coups d’état contre des régimes indociles, les invasions et les occupations de pays qu’on veut déposséder de leurs richesses.

Les «ingérences» chères à B. Kouchner - dont la mauvaise foi est débusquée le 24-04-2003 sur Paris Match lorsqu’il répliqua péremptoirement à ceux qui parlaient de l’armée américaine comme d’une force d’occupation «Vous parlez de forces d’occupation. Quelles forces d’occupation ? Il faut ignorer les réalités de l’Irak pour prêter attention aux quelques extrémistes qui expriment ce genre de point de vue.» - trouvent leur principe légitimant dans cette modernité qui n’est interrogée ni dans ses principes ni dans ses finalités.

Il est évident que cette référence itérative à la modernité, au progrès et à la démocratie sert plutôt à dissimuler une réalité beaucoup plus prosaïque et encore plus sordide qu’il n’y paraît. Celle qui autorise des puissances comme les Etats-Unis à dicter leurs lois aux pays les plus faibles en recourant soit à la corruption soit à la répression, n’hésitant à aucun moment à utiliser contre eux, leurs capacités militaires et technologiques, détruisant en quelques jours plusieurs décennies de sacrifices, tuant et massacrant dans l’impunité des dizaines de milliers d’innocents, commettant contre cette humanité les crimes pour lesquels elles érigèrent des tribunaux internationaux auprès desquels ils ne s’estiment pas être passibles d’y comparaître.

C’est un peu ce qu’exprime, non sans cynisme, un Arno Klarsfeld dans les colonnes du journal le Monde du 11 février 2003 quand il dit : « je suis pour la guerre contre l’Irak, parce qu’il est de l’intérêt vital des démocraties d’imposer la démocratisation du monde arabe par la force…».
Parce que l’intérêt d’Israël le commande et qu’il est important de «normaliser», de domestiquer les espaces réfractaires à cet ordre mondial qui se destine à sauver, malgré elle et contre elle une « humanité imperméable » à la modernité et à sa rationalité capitaliste et justifie, par la même, la domination, la violence et le racisme le plus primaire.

C’est avec ce sentiment nullement contenu que Jean François Revel explique les raisons de son soutien aux Etats-Unis dans leur guerre contre l’Irak : (les Occidentaux) se trouvent «devant un peuple (le peuple irakien) incapable de se gouverner lui même et qui en même temps, ne veut pas qu’on s’occupe de lui… Cette contradiction est typiquement arabo-musulmane, c’est un fait de civilisation» (23).

Malgré nos réticences à souscrire à la thèse d’un conflit de « civilisations », force est de constater que les guerres les plus meurtrières dans lesquelles se sont engagés totalement les Etats-Unis, depuis la seconde guerre mondiale et en dehors du Vietnam, sont l’Irak et l’Afghanistan- qui ne cessent de faire, tous les jours, l’expérience de l’occupation et de goûter aux douceurs de la démocratie et aux bienfaits des droits de l’homme, version américaine- et menacent la Syrie, la Libye, l’Iran et le Soudan.

Est-ce un hasard que les seuls pays visés par l’animosité des Etats-Unis soient musulmans ? Est-ce qu’il ne faudrait pas chercher ici, les raisons de ce mutisme des intellectuels européens devant ce qui ne peut être désigné que comme un génocide ?
Est-ce que la convoitise des richesses de leur sous-sol peut à elle seule expliquer la haine qui autorisa le massacre de millions de femmes et d’enfants irakiens, condamnés à subir durant plus d’une décennie un embargo des plus meurtriers,
Il n’y eut dans la tradition américaine, que les Amérindiens, «habités par le diable», qui subirent avec une telle constance cette politique d’extermination et n’échappèrent que de peu au sort qui fut celui des Tasmaniens dont le dernier représentant est exposé depuis bientôt un siècle et demi dans un musée.


Notes :

(1) Bob Woodward : Plan d’attaque, Editions Denoël, Paris, 2004.
(2) Michel Bugnon Mordant : Etats-Unis, la manipulation planétaire, Editions Favre, Lausanne, 2003, p.194.
(3) Zbigniew Brzezinski : Le grand échiquier, l’Amérique et le reste du monde Bayard édition, Paris 1997, p.59.
(4) Idem.
(5) Bob Woodward : op.cit. p. 248.
(6) WilliamBlum: L’Etat voyou l’Aventurine, Paris2002, p.103.
(7) New York Times: 28septembre 1996, page 22, in W. Blum, op. cit. p.99.
(8) Idem : 23 janvier 1975, in W. Blum, op. cit. p.103.
(9) François Cardona : in El Watan, Alger, 5 août 2004.
(10) Noam Chomsky : Les Etats voyous, Le serpent à plumes, p.29.
(11) Noam Chomsky : il manifesto, 15 septembre 2004.
(12) Ibrahim Wade : Le Monde diplomatique, mai 2004.
(13) Michel Bugnon Mordant : op. cit. p.154.
(14) Le nouvel observateur, 27 mai-2 juin 2004, p.14.
(15) Idem, p.18.
(16) Idem, p.13juste
(17) Idem, p.18.
(18) Interview à la B.B.C. de Jay Garner, 19 mars 2004.
(19) http://www.altermonde.levillage.org
(20) Peter Scowen : Le Livre noir des Etats-Unis, Mango document, Paris 2002.
(21) Idem.
(22) Noam Chomsky, op.cit.
(23) Le Figaro, 8 septembre 2003.

Source :
http://www.lequotidien-oran.com/

Sources :ISM

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans CONNEXION ISRAEL USA

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