Wolfensohn tire sa révérence

Publié le par Adriana Evangelizt

Et oui, les meilleurs s'en vont... et c'est vrai qu'il y a franchement de quoi être découragé quand on voit que rien n'évolue et qu'au contraire, tout empire. Même le comportement de la communauté internationale. Y aura-t-il bientôt une éclaircie... ?

Wolfensohn tire sa révérence

par Alain Faujas

 

Lassé de n’avoir ni pouvoir, ni objectif, ni appui solide, l’envoyé spécial du Quartet à Gaza jette l’éponge… la mort dans l’âme.

C'est décidé : James Wolfen­sohn, « envoyé spécial » du Quartet (États-Unis, ONU, Russie, Union européenne) qui tente de trouver les voies de la paix au Moyen-Orient, rendra son tablier à la fin du mois d’avril. Il l’a dit, le 12 mars, au président de l’Autorité palestinienne et au gouvernement israélien. Il l’a confirmé, le 15 mars, devant la Commission des affaires étrangères du Sénat, qu’il venait prier de ne pas couper les vivres aux Palestiniens. Après avoir souligné que cette « punition » infligée à un peuple coupable d’avoir voté pour le Hamas, le 25 janvier, risquait d’accélérer sa radicalisation, Wolfensohn s’est dit fatigué de n’avoir ni pouvoir, ni objectif clair, ni appui solide. Il laissera passer les élections israéliennes, le 28 mars, puis il s’en ira.

Il y avait pourtant cru, le 14 avril 2005, quand il avait accepté la mission d’accompagner le retrait israélien de la bande de Gaza et de développer ce qu’il appelle une « non-économie ». Car Gaza, c’est 50 % de chômage et une misère noire, que le président de la Banque mondiale qu’il a été, de 1995 à 2005, connaît par cœur ; il avait lancé dix-sept chantiers dans les territoires occupés pour la combattre : dispensaires, écoles, exploitations agricoles, aides aux entreprises…

Dès juin 2005, sa ligne de conduite est tracée. « Je suis sûr, dit-il, que l’activité économique est la bonne solution pour garantir la sécurité » des Israéliens et des Palestiniens. Il bataille donc pour ouvrir les postes frontières de Rafah, entre l’Égypte et Gaza, et de Karni, entre Gaza et Israël. Il oblige Shaul Mofaz, ministre israélien de la Défense, et Mohamed Dahlan, responsable palestinien du retrait israélien de Gaza, à se parler, pour que le premier cesse de rabâcher le mot « sécurité », et le second ceux de « souveraineté nationale ».

Il inspecte lui-même des légumes venus d’Égypte pour s’assurer qu’ils ne contiennent pas d’armes. Il trouve 14 millions de dollars - dont 500 000 de sa poche - pour que les colons israéliens laissent intacts leurs 300 hectares de serres aux 3 000 Palestiniens qui y travaillent. Il se met publiquement en colère, lui le Juif australien naturalisé américain, contre Israël, coupable de saboter la reprise économique palestinienne en paralysant la circulation des biens et des personnes. De même, il sermonne l’Autorité palestinienne, qui a augmenté les salaires de ses fonctionnaires pour des raisons électoralistes, contrairement à ses promesses.

Le 15 novembre, il semble avoir gagné : Condoleezza Rice, la secrétaire d’État, publie l’accord aux termes duquel les frontières s’ouvriront, avec l’aide des Européens, pour laisser passer au moins quarante camions par jour et même un convoi de bus entre Gaza et la rive gauche du Jourdain. Mais la victoire du Hamas démolit ce fragile échafaudage. Wolfensohn vit douloureusement les contradictions du Quartet. Certes, il approuve que celui-ci ait exigé du Hamas qu’il renonce au terrorisme et reconnaisse Israël, mais il estime que ce serait pure folie de ne plus fournir à l’Autorité palestinienne les 130 millions de dollars dont elle a besoin, chaque mois, notamment pour payer un Palestinien sur quatre. Si les écoles palestiniennes ferment faute de crédits, « un million de gamins se retrouveront dans la rue : comment faire la paix dans ces conditions ? » s’inquiète-t-il.

Il n’attendra pas que les extrémistes juifs américains persuadent le président Bush de ne pas renouveler son mandat d’envoyé spécial. À 72 ans, il ira retrouver son cher violon dans son ranch du Wyoming. Parions que cet humaniste n’y restera guère, tant le poursuit ce qui l’obsédait quand il présidait la Banque mondiale : la pauvreté. « J’y pense quand je m’éveille et j’y pense quand je m’endors », déclarait-il en 2005. On devrait le retrouver en Palestine, car il a envie, lui, l’ancien banquier d’affaires, d’apprendre aux Palestiniens à faire du business. Avec - tout au bout - une lueur de paix.

Sources : JEUNE AFRIQUE

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans palestine

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