Une délégation de l'UE à Gaza

Publié le par Adriana Evangelizt

Il faut quand même comprendre ce que vivent les palestiniens. Ils ne sont libres de rien. Même pas de livrer leurs marchandises. Pour tout, ils sont obligés de passer par le Cerbère. Comme on le voit en France, ce sont les camions qui font le relais entre le producteur et le consommateur. Imaginez les milliers de camions qui circulent tous les jours sur nos routes. Imaginez qu'il y ait des barrages et que sur une file de 100 on en laisse passer seulement 5. Que deviennent les marchandises des autres ? Et comment les cultivateurs et producteurs peuvent-ils gagner leur vie ? On se trouve là dans un cercle vicieux où les perdants sont toujours les mêmes.

Une délégation de l’UE constate par elle-même la situation dans la Bande de Gaza

par Laila El-Haddad

Une délégation de l’Union Européenne (UE) a visité la Bande de Gaza pour voir de visu la pénurie de nourriture résultant du bouclage par les israéliens d’un point de passage critique.

La délégation, se composant de 16 responsables, a visité le point de passage à vocation commerciale d’Al-Mintar (Karni), le plus important moulin à farine de Gaza, et un projet de serre où plusieurs tonnes de tomates-cerises et de poivrons doux ont été perdus.

Bien qu’Israël ait réouvert Al-Mintar après une rencontre organisée de façon urgente par l’ambassadeur américain la semaine dernière, les expert et les fonctionnaires de l’ONU ont déclaré que le point de passage fonctionnait encore bien au-dessous de sa pleine capacité, et que le volume de marchandises autorisées à transiter était insuffisant.

David Shearer, chef du bureau des Nations Unies pour la Coordonnation des Affaires Humanitaires, a indiqué à Aljazeera.ne : « Beaucoup de responsables de mission se sont préoccupés de la situation dans la Bande de Gaza et ils ont souhaité constater eux-mêmes quelle était la situation ; ils ont pu voir Karni [al-Mintar] ne fonctionnant qu’à une fraction de sa pleine capacité, ainsi que les récoltes perdues du fait de ne pouvoir être exportées par le point de passage. »

Pain quotidien

Mustafa Shurrab, responsable du plus important moulin de Gaza, a déclaré qu’il ne pouvait toujours pas travailler en pleine capacité car la plupart des magasins de grain sont vides et pas assez de blé a été importé pour les réapprovisionner.

« Nos endroits de stockage sont vides depuis le mois de février », a-t-il ajouté.

« Actuellement, les 250 tonnes qui nous arrivent sont employées le jour même. Je ne puis stocker de blé parce que nous obtenons à peine ce qu’il nous faut pour une journée. Cependant, il y a à l’intérieur d’Israël du blé qui nous est destiné mais que je ne peux pas faire venir. » Selon les chiffres fournis par le Ministre de l’Economie, les Palestiniens de Gaza consomment environ 350 tonnes de farine par jour.

« Nous avons besoin d’eux pour ouvrir le point de passage d’Al-Mintar plus longtemps et sur une base plus cohérente afin d’éviter un autre manque de nourriture », dit encore Shurrab.

« Si Al-Mintar ferme à nouveau demain, nous aurons les mêmes problèmes. La solution trouvée la semaine passée n’est qu’une mesure temporaire. »-

Inquiétudes

Le passage commercial d’Al-Mintar est vital de Gaza, et c’est le seul point par lequel l’importation à grande échelle de blé et d’autres marchandises peut se faire. Le passage a été bouclé pendant presque 50 jours cette année, ce qui représente 60% du temps, selon les Nations Unies.

Les 1,5 million de Palestiniens de la Bande de Gaza ont souffert du manque de nourriture ce mois-ci en raison des bouclages.

Leonard Moll, l’ambassadeur autrichien auprès de l’Autorité Palestinienne (AP) et dont le pays dirige actuellement l’UE a exprimé son inquiétude, disant que les délégués voulaient faire part de leur soutien et relayeraient l’information dans leurs capitales. Moll : « Nous avons appris que depuis janvier, al-Mintar a été à peine ouvert quelques semaines. Et depuis qu’il a été à nouveau ouvert, seulement 4 sur 34 silos fonctionnenent. Ce qui signifie un fonctionnement [pour le moulin] à 10% seulement de sa capacité. La situation est très sérieuse et c’est pourquoi nous sommes venus faire un constat nous-mêmes sur place. »

Moll a encore déclaré que lui-même ainsi que les autres délégués étaient encore en attente de savoir quels rapports devoir entretenir avec le nouveau gouvernement dirigé par le Hamas et qui a été approuvé [par le Conseil législatif Palestinien] mercredi.

Témoins

Frans Makken, le délégué hollandais auprès de l’AP, a dit de son côté : « Nous sommes en train d’essayer de visualiser des choses dont nous parlons tout le temps. Il y a beaucoup de discussion autour d’al-Mintar qui serait fermé pour une question de sécurité, laquelle a été prise en compte du côté palestinien.

En effet s’il y a peu d’exportations les serres vont souffrir. Ils [les agriculteurs Palestiniens] ont manqué le moment le plus fort de la saison, ce qui représente une perte réelle et peut limiter la productivité de la prochaine saison.

Ce que nous souhaitons, c’est que les Palestiniens puissent gagner leur vie, c’est la chose la plus importante. »

Projets de serres

Les délégués ont visité un projet de serre conduit par la Compagnie de Développement Economique de la Palestine, où des caisses de tomates que les Palestiniens n’ont pu exporter et et qui sont maintenant avariées avaient été vidées sur un terrain voisin.

Ayed Abu Ramadan, le gérant, a indiqué que le projet avait perdu 6,5 millions de dollars en pertes directes et indirectes, précisant que bien que la saison arrive à sa fin, il y a toujours un excédent de produits sur le marché.

« On nous permet d’exporter seulement un tiers de notre production quand le point de passage est entièrement ouvert. Pour dire les choses simplement, la situation est très mauvaise », a fait savoir Abu Ramadan. Les fonctionnaires Palestiniens ont exprimé leurs inquiétudes sur la nature apparemment arbitraire des décisions israéliennes concernant les fermetures [d’al-Mintar], et sur l’impact de ces fermetures sur la population et l’économie de la Bande de Gaza.

Abu Ramadan, marchant à côté des rangées des tomates trop mûres et destinées à l’exportation vers le marché européen, a indiqué : « Nous ne pouvons pas rester dépendant d’al-Mintar. »

Effets marquants

Abu Ramadan ajoute : « Les autorisations actuelles ne suffisent pas. Et nous ne savons jamais quand ils vont ou non autoriser les camions à traverser. « Nous devons toujours être prêts. Aujourd’hui nous avions 60 camions prêts à traverser et les israéliens étaient censés ouvrir mais ils ne l’ont pas fait. Cela ne prend que quelques jours pour que les produits pourrissent.

« Ils devaient être exportés en Europe et en Israël. « En raison des fermetures, nous ne pouvons pas les cueillir et ils mûrissent sur pied, pas durant leur transport comme ils le devraient.

« Malheureusement ces produits ne sont pas des machines qui peuvent être mises en position marche-arrêt. Nous avons tous les jours des pertes qui augmentent et cela nuit également aux futurs récoltes - plus le fruit est longtemps sur sa plante, plus cela a d’implications sur les futures récoltes. »

David Shearer, directeur du Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires dans les Territoires Palestiniens sous Occupation (OCHA), est persuadé qu’al-Mintar a besoin d’une ouverture ininterrompue.

Selon Shearer, seulement 20 à 25 camions sont autorisés à traverser chaque jour, soit une petite fraction des 160 camions prévus dans le cadre de l’accord entre les Palestiniens et Israël et patronné par les américains en novembre dernier.

« [AL-Mintar] ne fonctionne pas en pleine capacité, et pour cette raison, cela prendra plus longtemps pour refaire ces stocks [de farine]. Il y a eu quelques stocks d’accumulés, mais ils ne sont encore loin du niveau où ils étaient l’année dernière... Il faudra une ouverture sur plusieurs semaines pour que ces stocks soient reconstitués. »

Les israéliens prétextent des « soucis de sécurité », et disent craindre la construction de tunnels sous le point de passage.

Les Palestiniens ont rejeté ces affirmations, disant que la fermeture est motivée par des considérations politiques. Aucun tunnel n’a été trouvé pour l’instant à cet endroit.


Laila El-Haddad
29 mars 2006 - Al-Jazeera.net - Vous pouvez trouver cet article à :
http://english.aljazeera.net/NR/exe...
Traduction : Claude Zurbach
Sources : CCIPPP
Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans PALESTINE EUROPE

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