Manifester pour la paix

Publié le par Adriana Evangelizt

Manifester pour la paix

par Hani Ramadan

Le Manifeste - Mouvement pour une paix juste et durable au Proche-Orient - organise à la Comédie cinq journées de rencontres autour du thème : « Vers un art de la paix ? » Concerts, débats et manifestations artistiques en tous genres devraient s’y succéder.


Rachel Babecoff et Alain Bitar, membres du Manifeste, affirment : « Notre volonté n’est pas d’aborder ici la non-reconnaissance d’Israël par le Hamas ou la fixation unilatérale des frontières par Israël. » Mais alors, de quoi s’agit-il ? Les enfants de Palestine qui souffrent derrière le mur ont-ils vraiment besoin de nos discussions de salon et de ces manifestations artistiques ? Certes, de la rencontre entre les protagonistes d’un conflit peuvent naître d’autres formes de compréhensions et de nouveaux espoirs. Mais n’y a-t-il pas un contraste saisissant entre l’atmosphère feutrée des parterres théâtraux et la dure réalité du terrain ? Le 3 avril 2006, la presse annonçait : « Huit enfants palestiniens ont été blessés hier par des tirs à balles caoutchoutées de militaires israéliens qui ripostaient à des jets de pierres dans le nord de la Cisjordanie. » Voilà ce qui se passe aujourd’hui, aux yeux de tous. Et la réponse que la communauté internationale devrait donner à de tels agissements, pour autant qu’elle tienne aux valeurs humanistes qu’elle prétend imposer aux autres, devrait être claire : le sionisme doit reconnaître les frontières de 1967. Il doit négocier avec les représentants élus par le peuple palestinien, et sans conditions. Tout comme les Palestiniens eux-mêmes ont accepté d’entrer en dialogue avec l’élu Ariel Sharon et son administration, malgré son passé militaire peu reluisant.


Aujourd’hui, l’unilatérisme d’Olmert consacre le mépris le plus total et le rejet de la volonté du peuple palestinien. Ce peuple souffre, est assiégé, dépossédé de ses droits les plus élémentaires. Washington et les Nations européennes n’opposent aucune réaction à cet unilatérisme qui viole pourtant le droit international. Ils ne sont pas en mesure de faire respecter la justice, en prétextant la non-reconnaissance par le Hamas de l’Etat d’Israël. Mais comment reconnaître seulement un Etat dont les frontières ne sont pas définies, et qui occupe le territoire de ses voisins ? Comment renoncer, sans perdre sa dignité, à la légitime défense quand les militaires de cet Etat continuent à agresser les civils et à détruire des maisons ? Le 31 mars dernier, The Guardian publiait le discours du Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Ismaïl Haniyeh. Ce dernier déclarait : « Les décideurs à Washington et en Europe ont-ils jamais éprouvé la moindre honte pour leur scandaleuse application du « deux poids, deux mesures » ? Avant et après les élections palestiniennes de janvier, ils ont en permanence insisté pour que le Hamas satisfasse à certaines exigences. Ils veulent que nous reconnaissions Israël, que nous cessions notre résistance et que nous nous engagions à respecter tous les accords conclus entre Israël et la direction palestinienne dans le passé (….). Aucun plan ne fonctionnera sans une garantie, en échange d’une cessation des hostilités par les deux parties, d’un retrait israélien total de tous les territoires occupés en 1967, Jérusalem-Est inclus, de la libération de tous nos prisonniers, du départ de tous les colons de toutes les colonies, et de la reconnaissance du droit au retour pour tous les réfugiés. Sur ces points, il règne un accord entre toutes les factions palestiniennes et tous les Palestiniens, y compris l’OLP (….) Le message du Hamas et de l’Autorité palestinienne aux puissances mondiales est le suivant : ne nous parlez plus de reconnaissance du droit à l’existence d’Israël ou de terme mis à la résistance tant que vous n’aurez pas obtenu des Israéliens un engagement à se retirer de notre terre et à reconnaître nos droits. »

Ce discours est-il celui d’un fanatique ? N’y a-t-il pas là un accent de vérité permettant d’entrevoir une paix durable fondée sur la justice, et non sur le déni ?
Les sionistes devraient en vérité se saisir de cette occasion et renoncer à s’octroyer tous les droits sur Jérusalem et sur l’avenir du peuple palestinien. Pour les convaincre, il conviendrait que la communauté internationale réagisse fermement en exigeant l’application de ses résolutions. Quant aux manifestations artistiques, elles ne sont jamais aussi essentielles que lorsqu’elles expriment la rébellion contre l’oppression, sous toutes ses formes !

Hani Ramadan
Directeur du Centre Islamique de Genève
La Tribune de Genève. La lettre du jour, 7 avril 2006.

Posté par Adriana Evangelizt

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