Une économie palestinienne en train d'étouffer

Publié le par Adriana Evangelizt

 

Une économie palestinienne en train d'étouffer


par Jonathan Cook

 

Les projets israéliens pour Ni’lin et pour d’autres développements du même genre ailleurs en Cisjordanie signifient le total anéantissement, par Israël, de tout espoir d’un Etat palestinien en un seul tenant.

Israël resserre son étreinte sur le « Village des entrepreneurs »

Le soleil se couche rapidement derrière les oliviers, en bordure du village cisjordanien de Ni’lin. Après une journée d’affrontements entre soldats israéliens et villageois palestiniens à propos de la construction du mur de séparation israélien sur les terres de Ni’lin, les soldats semblent enfin s’être retirés.

A la vue des maisons de la colonie juive voisine de Hashmonaim, une poignée d’adolescents plus courageux de Ni’lin se montrent finalement pour faire leur travail.

Jamal et Abed sont en sueur à force de se dépêcher de finir avant la tombée de la nuit et le retour des soldats. Ils sont fiers avec le devant de leurs t-shirts remplis des corps de grenades lacrymogènes et de grenades incapacitantes lancées par l’armée et qu’ils ont ramassés. Chacun vaut un shekel (20 centimes d’euro) au prix de la ferraille, et à eux deux, ils ont au moins 50 grenades.

Ni’lin, à mi-chemin entre Jérusalem et Tel-Aviv, compte près de 5 000 Palestiniens. Connu sous le nom de « village des entrepreneurs », il a plus que sa part de millionnaires. Mais apparemment, c’est en train de changer.

Traditionnellement, Ni’lin tire ses bénéfices non seulement d’une industrie agricole prospère sur les terres fertiles excentrées du village, mais aussi de quatre usines dont les produits vont du coca au combustible, destinés aux Palestiniens de toute la région de Ramallah.

Mais Jamal et Abed, qui rient nerveusement et refusent de répondre quand on leur demande leur nom complet, apparaissent comme le nouveau visage des perspectives économiques pour Ni’lin.

Entouré d’une demi-douzaine de colonies juives - toutes illégales en vertu du droit international -, le village se trouve peu à peu enfermé d’une manière qui pourrait bientôt rendre cet isolement presque aussi total que celui la bande de Gaza.

En mai, Israël a commencé la construction de son mur de séparation sur tout un côté du village, coupant celui-ci de 250 hectares de ses terres agricoles, soit 40%. Ce terrain sera de fait annexé aux colonies voisines.

Reprenant la stratégie de villages palestiniens voisins, les habitants de Ni’lin ont lancé une campagne de manifestations non violentes pour retarder les travaux dans l’espoir que l’opinion mondiale ou les tribunaux israéliens leur accordent un répit.

Dans le même temps, une série d’incidents violents provoqués par l’armée a fait plusieurs victimes dans le village. L’armée y expérimente aussi de nouvelles techniques de répression des manifestations, dont un liquide puant appelé Skunk qu’elle pulvérise sur les manifestants.

Après de tels affrontements, Jamal et Abed font leur business - l’équivalent palestinien de ces enfants pauvres qui fouillent les poubelles pour récupérer des canettes de boissons vides. Tous les deux se faufilent entre les arbres chaque soir, à la tombée de la nuit, et ramassent les grenades vides abandonnées par l’armée.

Si les agriculteurs de Ni’lin sont confrontés à la perte imminente de leur moyens de subsistance par la confiscation de leurs terres, il se pourrait que les commerçants et industriels de Ni’lin ne soient pas loin derrière.

B’Tselem, organisation israélienne de défense des droits humains, a eu connaissance des projets de l’armée israélienne pour barrer le carrefour à l’entrée du village, qui est le seul accès pour entrer et sortir de Ni’lin. Actuellement, il est gardé par un check-point de l’armée, c’est là où un Palestinien, immobilisé, a été visé et touché au pied, en juillet, par un soldat israélien - une scène filmée par Salam Amira, une écolière palestinienne, avec sa caméra vidéo.

« Israël dit vouloir empêcher que les habitants de Ni’lin empruntent la route pour assurer sa ‘sécurité’ » dit Sarit Michaeli, de B’Tselem. « Concrètement, cela veut dire que la route est réservée aux colons pour qu’ils puissent se rendre dans les colonies même les plus enfoncées à l’intérieur de la Cisjordanie, de l’autre côté de Ni’lin. La route ne servira qu’aux seuls juifs. »

A la place du check-point, Israël se propose de transformer Ni’lin en une enclave qui serait reliée par un tunnel à une autre route menant aux villages palestiniens du secteur. Les villageois redoutent de devenir complètement indépendants de la bonne volonté de l’armée israélienne pour leurs déplacements.

Les autres communautés de la Cisjordanie ont souffert des mêmes maléfices dans le passé. Qalqilya, ville de 50 000 Palestiniens, a été totalement entourée par le mur il y a quelques années.

Ses nombreux agriculteurs, qui dépendent de l’armée pour passer les portes du mur et se rendre sur leurs terres, se plaignent amèrement des restrictions qui leur rendent la vie impossible. Ils disent que souvent les soldats ne se montrent pas ou n’ouvrent la porte que quelques minutes par jour.

Selon des informations, Qalqilya a connu un exode d’environ un dixième de sa population depuis l’achèvement du mur.

Tout comme Qalqilya, Ni’lin est proche de la Ligne verte, cette limite qui séparait avant 1967 Israël et la Cisjordanie. C’est dans de telles zones que le mur d’Israël a fait la plus grande percée à l’intérieur du territoire palestinien.

Mme Michaeli souligne que ces projets pour Ni’lin, et pour d’autres développements du même genre ailleurs en Cisjordanie, signifient le total anéantissement, par Israël, de tout espoir d’un Etat palestinien en un seul tenant - le but de la Feuille de route soutenue par les Etats-Unis.

« L’armée pourra ouvrir et fermer le tunnel à son gré » dit-elle. « Et nous avons vu comment l’armée, sans raison, utilise ce même pouvoir ailleurs en Cisjordanie. Si elle veut punir un village ou faire pression sur lui, elle ferme le tunnel, tout simplement. »

Le tunnel est probablement la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour l’économie qui essaie de se défendre à Ni’lin.

Selon un rapport de la Banque mondiale publié le mois dernier, les restrictions de plus en plus sévères aux déplacements dans toute la Cisjordanie sont en train d’étouffer toutes perspectives économiques.

Le produit intérieur brut palestinien a chuté de 40% au cours de l’Intifada et les investissements sont descendus à des « niveaux dangereusement bas ».

Le rapport note en outre que la terre qui reste aux communautés palestiniennes est « morcelée en de multiples enclaves, avec des liaisons entre elles soumises à un régime de restrictions. »

Salah Hawaja, qui dirige la campagne de non violence contre le mur, dit que les villageois souhaitent éviter le même sort à Ni’lin.

« Le mur est une première étape pour nous enfermer dans un ghetto » dit-elle. « Le tunnel et son contrôle par l’armée rendront non impossibles toute activité industrielle dont les gens de Ni’lin ont besoin pour vivre. Personne ne peut gérer une entreprise s’il ne sait d’un jour à l’autre s’il pourra faire partir ses camions ou être approvisionné. »

« Nous n’avons pas d’autre choix que de résister, car l’autre option serait de regarder notre économie mourir étranglée, petit à petit. Israël veut que nous partions de nos terres pour la donner aux colons, mais nous n’avons nulle part où aller. Nous continuerons le combat pour notre droit à rester ici. »

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Jonathan Cook est écrivain et journaliste. Il vit à Nazaretz, Israël. Ses derniers livres sont : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Son site : http://www.jkcook.net.


 Articles de Jonathan Cook publiés par Mondialisation.ca

Posté par Adriana Evangelizt

 

Publié dans Nettoyage ethnique

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