Pascal Boniface : "La Palestine est le symbole de l'injustice du monde occidental"

Publié le par Adriana Evangelizt

 

 

"La Palestine est le symbole de l'injustice du monde occidental"


par Pascal Boniface

Pascal Boniface, directeur de l’IRIS (Paris)

Par : Rachid Alik Dans LIBERTE le quotidien Algérien

Liberté : Face à la poursuite de l’occupation, de la colonisation par Israël et du blocage politique dans les Territoires occupés, l’idée d’un État binational, naguère défendue par Edward Saïd, refait surface. Qu’en pensez-vous ?

Pascal Boniface : Oui effectivement, y compris parmi ceux qui ont accepté l’idée des deux États, on trouve des gens qui commencent à dire : “Puisque cette solution à deux États séparés ne se met pas en place, revenons à l’État binational.” Donc, ce mouvement existe bien. Vous avez également des dirigeants israéliens qui ne veulent pas attendre trop longtemps par rapport à cette solution des deux États, parce que la poursuite de la construction du mur et de la colonisation pourraient rendre rapidement irréversible sa non-existence. Mais il n’y a pas plusieurs options, soit on fait une solution, un État binational, soit on fait deux États. Mais les Israéliens ne peuvent pas à la fois refuser l’un et l’autre.

Vous affirmez que la question palestinienne est le centre du clash des civilisations. Pourquoi pas l’Irak, pourquoi pas le Liban, pourquoi le conflit israélo-palestinien est si central ?

 Parce que c’est le symbole même de l’injustice du monde occidental, du deux poids deux mesures pratiqué. On peut dire ensuite que le Liban est une conséquence du conflit israélo-palestinien, ce n’est pas le conflit Israélo-palestinien qui est une conséquence du Liban. Et dans une certaine mesure, la guerre en Irak est une conséquence indirecte et non pas l’inverse. Donc, on peut dire que les autres conflits de la région sont liés indirectement au conflit israélo-palestinien, et que le sort réservé aux Palestiniens est un motif d’hostilité voire de haine, en grande partie non seulement dans le monde arabe, dans le monde musulman et dans le Sud à l’égard de ceux qui permettent cette situation.

Vous évoquez une catastrophe annoncée si ni les Européens ni les arabes, ni les américains ne font rien sur cette question. À quel horizon voyez-vous cela ?

Malheureusement, c’est le genre de question à laquelle on ne peut pas répondre. Pour faire une image, c’est comme quand on marche sur la glace qui commence un peu à fondre. On ne sait pas quand la glace ne portera plus son poids ; mais une fois qu’on le sait, c’est trop tard.

Quelle est la place des opinions européenne et celle de la rue arabe dans ce débat ? Est-ce que ces opinions peuvent jouer un rôle en faveur d’un règlement de la situation au Proche-Orient ?

Dans les deux cas, les opinions européennes et plus encore, dans une proportion plus importante, les opinions arabes y peuvent quelque chose en faisant pression. Bien sûr, les opinions arabes sont très conscientes de ce drame, elles sont solidaires avec les Palestiniens. Mais même en Europe, il y a eu un changement de conception… Les opinions européennes étaient pro-israéliennes, il y a quelque temps. Aujourd’hui, elles sont majoritairement, je ne dirai pas pro-palestiniennes… mais elles attribuent majoritairement la responsabilité de la poursuite du conflit au gouvernement israélien et non pas aux Palestiniens. Donc, il y a eu une modification de perception de la part des opinions européennes. Et on peut dire que sur ce plan, les gouvernements européens sont un petit peu en retard sur leurs propres opinions.

Sources : CCIPPP

Posté par Adriana Evangelizt  

 

Publié dans LA FRANCE COMPLICE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article