George W. Bush, Ehud Olmert, Hosni Moubarak et Mahmoud Abbas victimes de Plomb durci

Publié le par Adriana Evangelizt



George W. Bush, Ehud Olmert, Hosni Moubarak
et Mahmoud Abbas victimes de Plomb durci



par Noël Blandin

République des Lettres


Le dernier bain de sang perpétré par Israël sur les territoires palestiniens -- plus de 360 morts et 2.000 blessés au cours des premiers jours de bombardements, dont au moins un tiers de civils selon les estimations des ONG -- précédé lui-même depuis dix-huit mois d'un blocus inhumain qui a transformé la Bande de Gaza en véritable camp de concentration à ciel ouvert et provoqué directement plusieurs centaines de morts, commence à faire ses premières victimes parmi les politiciens. George W. Bush (président sortant des Etats-Unis), Hosni Moubarak (président contesté de l'Egypte), Ehud Olmert (Premier ministre sortant israélien) et Mahmoud Abbas (président contesté de l'Autorité palestinienne) sont les quatre premiers à recevoir par ricochet leurs propres éclats de "Plomb durci".


George W. Bush et Ehud Olmert.


George W. Bush et Ehud Olmert, les deux principaux responsables du massacre baptisé Plomb durci -- qui relève manifestement en termes de droit international de Crimes de guerre et de Crimes contre l'humanité -- ont en effet d'ores et déjà perdu leur guerre contre le Hamas. Certes, la surpuissance militaire israélienne équipée par les Etats-Unis est capable de faire la démonstration de sa barbarie en ensevelissant sous ses bombes ce qui reste de bâtiments administratifs et d'infrastructures vitales à la société gazaouie. Peut-être même parviendra-t-elle à stopper pendant quelques jours les tirs de roquettes artisanales des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui en dépit du pilonnage intensif de la Bande de Gaza, les roquettes et les obus de mortiers continuant de tomber de plus en plus nombreux et de plus en plus loin sur le sud d'Israël, faisant plus de morts israéliens que jamais), mais même enseveli sous les ruines de Gaza le Mouvement de la Résistance Islamique sera le grand gagnant politique de l'opération "Plomb durci", au même titre que le Hezbollah l'a été en 2006 après l'opération israélienne dite "Changement de Direction" contre le Liban.

Tous les experts sérieux s'accordent à dire que le Hamas -- qui, rappelons-le, a emporté démocratiquement les élections palestiniennes de janvier 2006 -- gagne un surplus de légimité grâce à cette agression militaire démesurée d'Israël, non seulement en Palestine mais aussi dans tout le monde arabo-musulman. Le début de troisième Intifada en Cisjordanie ainsi que les manifestations de rue au Liban, en Egypte, en Jordanie, aux Émirats arabes unis et dans les pays du Maghreb montrent clairement où penche l'opinion de la rue arabe, une rue qui commence en outre à chahuter très sérieusement certains de ses propres dirigeants opposés eux à la montée en puissance du Hamas et plus ou moins complices d'Israël et des Etats-Unis.

À l'inverse des objectifs poursuivis par George W. Bush et Ehud Olmert -- éliminer les mouvements islamistes du Proche-Orient pour y maintenir leur autorité -- le Hezbollah et le Hamas ainsi que le fameux "axe du mal" Iran / Syrie qui les soutient sortent politiquement renforcés des opérations militaires lancées par Israël. L'inutile boucherie de Tsahal dans la Bande de Gaza, de même que la diabolisation des partis islamistes opérée depuis des années par la propagande occidentaliste, ne porte à l'évidence aucun fruit pour la paix et il faudra bien au final négocier avec ces partis religieux que les politiques menées depuis une décennie à Washington et à Tel-Aviv ont largement contribué à faire monter en puissance.

La disproportion et la violence meurtrière de l'opération Plomb durci à l'encontre des Palestiniens ne fait au contraire que cristalliser la haine anti-israélienne, voire l'antisémitisme, et radicaliser un peu plus l'ensemble du monde arabo-musulman, même non islamiste. La colère gronde parmi les populations du Proche et du Moyen-Orient, qu'elles soient sunnites ou chiites, qui prennent en outre conscience du fossé qui les sépare de leurs dirigeants sur la question israélo-palestinienne. Ehud Olmert et George W. Bush y sont perçus comme des fauteurs de guerre ayant sur les mains le sang de milliers de victimes arabes innocentes, ce avec la complicité de certains dirigeants arabes. Leur discrédit est désormais quasi total sur une bonne moitié de la planète (cf l'affaire de l'attentat à la chaussure contre George Bush, dont l'auteur est devenu un véritable héros) et même dans les capitales occidentales où il ne reste guère que des dirigeants néo-cons pro-israéliens comme Nicolas Sarkozy pour soutenir leurs désastreuses aventures guerrières. Les très sales guerres menées par Bush et Olmert contre le Hezbollah et le Hamas ne contribuent qu'à renforcer les mouvements de lutte anti-israéliens dans une opinion arabe qui constate que la fameuse invincibilité de l'armée israélienne peut finalement être mise en échec.


Mahmoud Abbas et Hosni Moubarak.


Mahmoud Abbas et Hosni Moubarak sont également deux victimes collatérales de cette guerre de Gaza. Manipulé et désormais soutenu à bout de bras par Israël, les Etats-unis et l'Union Européenne après avoir été ostracisé pendant des années, le président palestinien Mahmoud Abbas n'a strictement rien gagné à jouer le jeu pipé des négociations de paix. Sa très fragile autorité ne se limite plus qu'à la seule Cisjordanie occupée depuis quarante ans et maintenant toute prête à s'embraser et à tomber aux mains du Hamas depuis l'attaque israélienne contre la Bande de Gaza.

Le Fatah, son parti fondé en 1959 par Yasser Arafat, voit de plus en plus de ses membres s'engager aux côtés de la Résistance islamique. Depuis la Conférence d'Annapolis, voulue en 2007 par George Bush, ni la Paix, ni la stabilité économique et politique de la Palestine n'ont avancé d'un seul iota. Au contraire, le régime israélien d'apartheid prospère plus que jamais avec la complicité scélérate de la communauté internationale, les colonies juives illégales ont encore gagné du terrain en Cisjordanie, la population est de plus en plus paupérisée malgré les aides financières internationales et les incursions de Tsahal font toujours autant de victimes, sans parler de la construction du très symbolique "mur de la honte".

Pour beaucoup de palestiniens, ce n'est pas le Hamas mais bien Mahmoud Abbas qui est jugé responsable de la partition des territoires voulue par Israël et les Etats-Unis afin de créer un seul mini-état palestinien croupion de l'Etat juif. Que ce soit en Cisjordanie ou dans la Bande de Gaza, son effigie est désormais régulièrement brûlée aux cris de "marionnette des Etats-Unis !".

Hosni Moubarak, parrain de la trêve de juin dernier entre le Hamas et l'Etat juif, est lui aussi soumis au même sort par les Égyptiens, en particulier par le mouvement sunnite des Frères musulmans, principal parti d'opposition du pays. Honnissant le Hamas avec qui il refuse de parler tout en s'offrant comme principal médiateur pour le réglement du conflit israélo-palestinien, Hosni Moubarak a perdu dans le monde arabe une grande partie du crédit qui lui restait après sa décision de maintenir fermée la frontière Gaza-Egypte, s'associant ainsi directement au blocus de Gaza par Israël. Les dirigeants du Hezbollah et du Hamas ont dénoncé à plusieurs reprises la connivence régnant entre Washington, Tel-Aviv et Le Caire. La rue arabe le considère en outre comme un véritable traître depuis qu'il a serré la main de Tzipi Livni, la ministre des affaires étrangères israélienne venue personnellement au Caire pour lui annoncer le déclenchement imminent de l'opération "Plomb durci" contre les Palestiniens de Gaza.


Copyright © Noël Blandin / La République des Lettres, mardi 30 décembre 2008

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans LE MARTYRE DE GAZA

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