L'Histoire jamais contée de Gaza

Publié le par Adriana Evangelizt



L'Histoire jamais contée de Gaza




par Ramzy Baroud
 



Il est incompréhensible qu'une région telle que la bande de Gaza, si riche d'histoire et de défis puisse être cantonnée à quelques formules, brefs discours et prétentions réductrices commodes mais trompeuses, vides de sens ou de véritable valeur analytique.

Gaza ne se réduit pas à ses 1,5 million de Palestiniens affamés, qui parait-il payent le prix de l’engagement du mouvement Hamas, ou plutôt souffrent de la punition collective imposée par Israël, selon la manière dont les médias décident de traiter la question.


Plus important, l’existence de Gaza depuis des temps immémoriaux ne pas être liée à sa proximité avec Israël, à l’échec ou au succès à assurer la sécurité à une ville israélienne minuscule [Sderot], elle-même construite sur une terre conquise qui appartenait il y a seulement 60 ans à la province de Gaza. C’est cette volonté [réductrice] qui fait voir les meurtres et les blessures infligées à des milliers de Palestiniens dans Gaza, somme un prix jugé nécessaire aux yeux impitoyables de beaucoup.


Ce manque de réalisme et ce mépris de l’histoire continueront à coûter cher, et ne conforteront que ceux qui sont intéressés aux généralisations rapides. Oui, Gaza peut être économiquement mort, mais ses luttes et souffrances d’aujourd’hui sont dans la lignée d’une histoire faite de conquêtes, de colonialisme et d’occupations étrangères, et surtout de victoires de son peuple contre la tyrannie exercée par tous ces envahisseurs.


Dans l’histoire relativement récente, Gaza est devenu l’histoire d’une succession d’événements à la suite de l’afflux en 1948 de réfugiés qui avaient été chassés de leurs maisons par des milices sionistes ou qui s’étaient sauvés avec leurs familles pour se mettre à l’abri, espérant retourner une fois que la Palestine était récupérée. Ces réfugiés se sont établis dans Gaza, subsistant dans une pauvreté absolue, une situation qui se poursuit plus ou moins aujourd’hui.


L’histoire de Gaza et l’endroit lui-même étaient de peu d’intérêt, sauf du point de vue des réfugiés qui se sont écoulés dans le territoire et qui venaient la plupart du temps du sud de la Palestine, car la bande de Gaza symbolisait tout ce qu’ils avaient perdu, leur humiliation et parfois leur désespoir. Il importait peu aux réfugiés venant de la campagne, alors qu’ils se sauvaient vers Gaza, d’avoir probablement pris la même route antique qui serpentait le long de la côte palestinienne lorsque Gaza était dans le passé la dernière ville pour les voyageurs en route vers Egypte, avant qu’ils ne se lancent dans un éprouvant voyage à travers le désert du Sinai.


Alors quelle importance que Gaza ait été décrite comme la ville, selon le livre des juges, où Samson a réalisé son œuvre fameuse et a péri. Le christianisme comptait pour les réfugiés pour autant que quelques unes des vieilles églises de Gaza pouvaient abriter les corps fatigués qui avaient échappé aux tireurs isolés, aux balles et aux massacres. Même la croyance bien ancrée parmi les Musulmans que le grand-père du prophète Mohammed, Hashem y serait mort lors d’un de ses voyages depuis la Mecque et y serait donc enterré, était en grande partie sentimentale. Son tombeau dans la ville de Gaza a été visité par les nombreux réfugiés qui se sont agenouillés et ont prié Dieu afin qu’ils les ramène à leur humble existence, à leurs modes de vie dont ils ont été chassés par la force.


Mais l’histoire de Gaza a pris plus d’importance aux yeux des réfugiés quand il s’est avéré que leur présence dans le territoire était susceptible de durer. Alors seulement les lieux de tant d’histoires de conquérants, de tragédies, de triomphes mais également de bien être, sont devenus essentiels. Un pèlerin en route pour la terre sainte ayant traversé Gaza en 570 après J.C, a écrit en latin : « Gaza est une ville splendide, pleine de choses plaisantes ; les hommes y sont les plus honnêtes, les plus généreux et chaleureux avec leurs amis comme avec les visiteurs. »


Les conquérants sont venus et s’en sont allés, et Gaza est devenue comme elle est encore aujourd’hui. C’était la leçon répétée pour les générations, même depuis des millénaires. Les anciens Egyptiens sont venus puis sont partis, de même qu’ont fait les Hyksos, les Assyriens, les Persans, les Grecs, les Romains, les Ottomans, les Anglais, et maintenant les Israéliens. Et durant tout ce temps, Gaza s’est maintenu forte et provocante. Ni l’attaque brutale et sanglante d’Alexandre en 332 avant J.C, ni l’attaque brutale d’Alexandre Janneus en 96 avant Jésus Christ n’a brisé l’esprit de Gaza ou n’a effacé son éternelle splendeur. Elle toujours s’est relevée pour atteindre un degré de civilisation inégalé, comme elle l’a fait au 5e siècle.


C’était à Gaza que les croisés se sont rendus à Saladin en 1170, ouvrant ainsi une nouvelle ère de prospérité et de croissance, interrompue de temps en temps par des conquérants et des étrangers avec des objectifs coloniaux, mais toujours en vain. Toutes les ruines ignorées des civilisations passées étaient cependant des rappels que les ennemis de Gaza ne s’imposeraient jamais, et, au mieux, marqueraient juste leur présence dans une autre construction faite de mortier et de pierres.


Gaza est maintenant confrontée à une autre époque de difficultés et d’agressions. Les conquérants d’aujourd’hui sont aussi cruels que ceux du passé. Oui, la bande de Gaza vit des moments difficiles, mais elle est debout, ses habitants sont inventifs et plus que jamais inscrits dans la durée, pleins de défi comme ils l’ont toujours été, et enragés à survivre. C’est ce que Gaza réussit le mieux. Et je dois le savoir puisque c’est la ville où je suis né.

Extrait du prochain livre à paraître de Ramzy Baroud : My Father Was a Freedom Fighter - Gaza : The Untold Story (Pluto Press, Londres).

(*) Ramzy Baroud est l’auteur de « The Second palestinian Intifada : A Chronicle of a People’s Struggle » et rédacteur en chef de « PalestineChronicle.com »


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Sources Palestine Info

Posté par Adriana Evangelizt


www.ramzybaroud.net

Publié dans LE MARTYRE DE GAZA

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