A Rafah, dans le tumulte, le chassé-croisé de médecins du monde entier

Publié le par Adriana Evangelizt



A Rafah, dans le tumulte, le chassé-croisé de médecins du monde entier



"Soins intensifs, soins intensifs"! hurle un ambulancier dans l'espoir de franchir en toute urgence le point de passage de Rafah, entre l'Egypte et la bande de Gaza. A bord du véhicule, un Palestinien amputé, victime parmi des milliers de l'offensive israélienne.



Evacutation d'un Palestinien le 14 janvier 2009 à Rafah photo : Khaled Desouki , AFP


Quelques minutes plus tôt, les avions israéliens qui tournoyaient dans le ciel de la ville-frontière avaient largué leurs bombes côté palestinien, faisant apparaître un épais nuage noir à l'horizon.


Sur le brancard ensanglanté, le Palestinien est amputé. Au plus vite, il est transporté au milieu d'un cordon de médecins et disparaît dans une ambulance, direction un hôpital égyptien.

A proximité, un psychiatre japonais et quatre médecins français attendent de pouvoir effectuer le chemin inverse, vers la bande de Gaza où l'offensive dévastatrice de l'armée israélienne a coûté la vie à plus de 1.050 Palestiniens et blessé plus de 5.000 autres.


Mais pour Norihiko Kuwayama, qui exerce dans un hôpital psychiatrique japonais, le passage semble loin d'être assuré, faute d'une lettre de son ambassade.


"Bien sûr qu'une aide chirurgicale est nécessaire. Mais la santé mentale est très importante. Ils me disent (à Gaza) que tout le monde est très effrayé, très anxieux", plaide ce médecin qui dit avoir passé cinq ans dans le territoire palestinien.


Le nombre de psychiatres à Gaza "est réduit. Et les adolescents sont plus instables que dans les autres pays où je me suis rendu. Ils sont tout le temps irrités. Ils ont vu des combats depuis leur enfance", ajoute-t-il.

Bernard Guillon, gynécologue à Paris, exprime pour sa part son inquiétude quant aux effets du conflit sur les femmes de Gaza.


"Dans ces situations, les questions des femmes sont souvent délaissées. Les gens sont plus centrés sur les blessures de guerre", explique-t-il, affirmant que le traumatisme d'un conflit de ce type peut entraîner fausses couches et naissances prématurées.


Six médecins français sont rentrés la veille, indique-t-il.


Un responsable des services de sécurité égyptiens affirme de son côté qu'outre des centaines de tonnes d'aide médicale, 80 médecins au total, pour la plupart égyptiens, ont pu rentrer dans la bande de Gaza via Rafah depuis le début du conflit.


Certains en sont déjà revenus. "C'est une immense tragédie, et un immense crime", dit Aris Moussionis, chirurgien orthopédiste et ancien député grec, manifestement exténué par ses trois jours passés dans un hôpital de Gaza.


"Ils ont besoin de plus de médecins. Ils étaient apeurés, nerveux et en colère", ajoute-t-il. "Les bombardements étaient vraiment proches de l'hôpital, jour et nuit".


A ses côtés, un autre médecin grec et député, Ilias Karanikas, semble ne pas trouver les mots. "J'enverrai un rapport au Parlement", souffle-t-il.


"Peut-être qu'en tant que témoins, nous pouvons aider les hommes politiques à se faire leur idée", enchaîne Olivier Morla, un anesthésiste français.


"Si les gouvernements ne font rien, alors nous devons le faire nous-mêmes", poursuit-il avant d'être interrompu par les chants de partisans du Parti national démocrate (PND) du président égyptien Hosni Moubarak.


"Palestine, Palestine, nous sommes avec toi jusqu'au jour du Jugement", clament-il. L'un des organisateurs réclame le silence pour lire un poème. "Nous (l'Egypte) sommes l'Honneur, la grandeur arabe, la gloire...", débute-t-il.


Les gardes ferment alors les portes du point de passage et préviennent: elles ne rouvriront qu'une fois la manifestation achevée.

 


Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans LE MARTYRE DE GAZA

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