Interview de Michel Warschawski

Publié le par Adriana Evangelizt







Une interview de Michael Warschawski

1) Vous êtes l'une de ces rares voix israéliennes qui s'élèvent pour dénoncer la folie de cette guerre. Et l'un de ceux qu'on lit et entend le plus, du moins ici en France. Ces courageuses et salutaires prises de position vous exposent-elles à des rétorsions ? Israël fait-il aussi la guerre (pas de la même façon, bien entendu) à ceux des siens qui se refusent à bêler avec la masse ? 


Non. Les citoyens Juifs d’Israel  jouissent d’une liberte d’expression et de manifestation reelle, et ne subissent pas de repression policieres pour leurs opinions, aussi radicals soient-elles. Cela n’a pas toujours ete le cas comme l’a montre l’affaire du Centre d’Iformation Alternative en 1987 et mon incarceration en 1990. En temps de crise, ces libertes publiques n’existent plus pour les citoyens arabes d’Israel : la repression policiere contre les manifestations arabes, ces deux dernieres semaines a ete particulierement severe, alors que les Juifs ont, en regle generale pu manifester librement.

 

2) Israël a la puissance militaire, mais semble par contre avoir perdu la guerre de l'image. C'est votre sentiment ?


Tout a fait. Avec les nouveaux moyens de communication, la censure ne peut plus empecher de montrer les horreurs provoquees par Israel, et des lors qu’on peut les voir, la propagande israelienne n’a plus d’effet sauf aupres de ceux qui sont de toute facon biaises en faveur d’Israel

 

3) La désapprobation quasi mondiale qui ne cesse de monter autour des bombardements israéliens peut-elle avoir une quelconque influence sur la poursuite de ces derniers ?


Israel
reste extremement sensible a et dependante de l’opinion publique internationale et de l’impact qu’elle a sur la communaute internationale. Les grandes manifestations de solidarite avec le peuple palestinien dans le monde entier ont fait bouger les politiques et, meme si les amisd’Israel, en particulier Sarkozy-Kouchner ont permis a Israel de gagner du temps, les Etats, l’Europe et les Nations Unis font maintenant peser des pressions qui vont obliger Israel a signer un cessez-le-feu.

 

4) Etes-vous déçu par l'impuissance européenne et par celle de l'ONU ?


Il ne s’agit pas d’impuissance, mais de manque de volonte politique, voire, dans une large mesure pour certains Etats, de collusion avec Israel, comme l’Egypte et la France.

 

5) Que vous inspire les positions des pseudo-intellectuels français, ces Bernard-Henri Levy ou André Gluscksmann qui se poussent du coude pour soutenir les frappes ?


Des personnages comme Glucksman et BHL ne m’ont jamais inspire. Elles reflettent un phenomene tres francais : les producteurs mediatises. Je dis producteurs et non « intellectuels » car s’ils produisent abondamment de mots, ils n’ont pas cree une seule idee nouvelle ou originale, tout au plus copie avec 10 de retards les ideologues neo-conservateurs americains. De plus un intellectuel digne de ce nom - et il fut un temps ou il y’en avait de grands en France - est toujours un dissident et un combattant, pas un ideologue de l’ordre en place. Mediatises, car ce n’est pas dans le monde intellectuel ou universitaire qu’ils brillent mais dans les paillettes des talk-shows. Qui a entendu parler de BHL dans une universite americaine ou asiatique ? Ces chiens de garde de l’ordre n’ont jamais cree une seule idee interressante et originale.

Face au carnage actuel, il ne font qu’aboyer avec les loups et chanter les partitions des fanfares militaires, avec meme moins de talents que les Oz et Yehoshua qui, chez nous, sont leurs modeles.

 

6) Comment réagit la société israélienne ? Y a t-il un mouvement pour dénoncer les frappes, une prise de conscience de l'horreur de la situation ?


Il y a un soutien populaire large a la politique gouvernementale (85% de la population juive d’Israel). Le mouvement d’opposition a la politique de guerre du gouvernement est tres minoritaire, mais son action et sa voix sont visibles, en particulier a travers les medias.

 

7) Comme Eric Hazan, vous défendiez l'idée d'un Etat unique où coexisteraient pacifiquement Israéliens et Palestiniens. Y croyez-vous encore, après ce déluge de feu ?


L’Etat democratique ou bi-national n’est pas une solution politique a court terme, mais d’abord et avant tout une vision de ce de quoi l’avenir devrait etre fait, base sur une egalite complete au noveau individuel (citoyennete) et au niveau des collectifs identitaires qui font la realite sociale de la Palestine, prise comme entite geographique. A priori, il ne s’opposait pas a une solution politique dans le temps court qui serait fondee sur une partition entre deux etats. Ceci dit, si le compromis fait de deux etats coexistant l’un a cote de l’autre ne se realise pas dans le temps court (une demie douzaine d’annees), cette option perderait toute possibilite concrete de se realiser, et la seule option realiste serait un seul etat. Mais cela signifierait l’echec d’une solution dans le temps court, et la perspective d’une solution dans deux generations ou plus encore. La vraie question est donc sur le temps : solution a relativement court terme ou poursuite du conflit pour encore longtemps.

 

8) Comment ne pas baisser les bras quand on s'est battu pendant 40 ans pour des idées sans cesse battues en brèche, et aujourd'hui littéralement pulvérisées ? Qu'est-ce qui vous donne la force de vous battre encore pour la paix et l'honneur ?


Mes petits enfants. Si nous laissons les breches de la coexistence se refermer, ils n’ont aucun avenir dans cette region du monde. Ils seront a leur tour des refugies, une option que je me sens devoir imperativement tout faire pour qu’elle n’ait pas lieu.

 

9) Comment croire qu'un Etat qui déshumanise ainsi un peuple qu'il s'est décidé à décrire puisse encore avoir un avenir ? 


Comme je viens de le dire, il n’y aura pas d’avenir pour la communauté juive-israelienne si elle ne rompt pas avec le colonialisme, et comme mentalité et comme projet politique

 

10) Dans Politis le 8 janvier, Bernard Langlois replaçait ces bombardements israéliens dans la logique de l'après 11 septembre et de la doctrine néo-conservatrice, écrivant notamment : "Les zélotes d’Israël, là-bas ou ici, ne cessent de nous le rappeler : la vaillante armée de l’État hébreu ne se bat pas seulement pour sauver la patrie en danger, elle est aussi la première ligne de défense de l’Occident et de ses valeurs contre le terrorisme et la barbarie." Est-ce selon vous la meilleure grille d'analyse pour expliquer la conduite d'Israël ?


Je suis entierement d’accord avec analyse de Bernard Langlois : le cadre de la guerre israelienne est celui de la guerre globale contre les barbares (assimile aujourd ‘hui a la civilisation musulmane) et son ideologie celle du choc des civilisations.

 

11) Puisque le Hamas n'est qu'un prétexte aux bombardements, quel est l'objectif réel de l'intervention ? Rayer la Bande de Gaza de la carte ? Dit autrement : quelles issues et échéances voyez-vous à cette attaque ?


On a beau chercher dans les declarations des dirigeants israeliens, on n’entend pas de reponse a la question : quel est l’objectif de la guerre ? En fait il s’agit d’un melange, un melange fait de guerre punitive (vous avez choisi le Hamas, vous allez le payer), de volonte d’affaiblir au maximum le Hamas, tout en sachant que le succes sera limite), de tenter d’imposer le contrôle d’Abbas sur la Bande de Gaza (ce qui serait la fin definitive de ce qui lui reste de legitimite populaire) et du plus profond de l’inconscient, de punir l’ensemble des Palestiniens du seul fait qu’ils continuent a exister.

 

12) En 2005, vous avez expliqué "aimer Israël comme on aime l'enfant d'un viol". En est-il toujours de même ?


…Comme on aime son fils ou son frere qui est a la fois l’enfant d’un viol et un voyou brutal et extremement dangereux pour l’environnement et pour lui-meme. Vient un moment ou il faut l’arreter, le traduire devant les tribunaux et le punir.

 
Posté par Adriana Evangelizt

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