L'armée de la honte

Publié le par Adriana Evangelizt




L'armée de la honte


par Patrick Ferrante




En écrivant cet article, j’hésitais entre l’intituler « L’armée de la honte » ou « Le festival international de la lâcheté ». Car les deux résument bien la situation.

Pour quelle raison Israel a-t-il lancé ce carnage sur Gaza ? Et j’utilise le terme carnage car avec pratiquement un seul camp qui tire, accessoirement sur des civils, le terme « guerre » n’est pas approprié.
 
Deux choses sont sûres. Premièrement Israel n’a pas lancé cette opération en représailles d’une rupture de la trêve par le Hamas. Car si rupture il y a eu, le moins que l’on puisse dire est que les torts sont partagés et de l’aveu même de l’administration Israélienne, cette opération était en préparation depuis 6 mois.
 
Deuxièmement le but de cette opération n’était pas l’élimination du Hamas … parce que cet objectif était tout simplement inatteignable, et parce que c’est une évidence pour le Monde entier que de telles actions ne font qu’alimenter les rangs et la popularité de ce mouvement.
 
Il n’y a probablement pas une unique raison, mais de multiples, et a mon avis toutes condamnables.
 
J’en vois trois principales. Une revanche sur l’humiliation subie par l’armée de Tsahal lors de la dernière guerre au Liban contre le Hezbolla : montrer qu’Israël est à nouveau « invincible » : quel exploit … contre des civils.
 
Puis, indiscutablement, la volonté de terroriser les palestiniens pour casser toute velléité de résistance à l’occupation. Une technique largement utilisée par les nazis pendant la seconde guerre mondiale, dont « les fosses ardeatines » fut un triste exemple en Italie. Inutile de dire qu’après la fin de la guerre, les nazis (eux) furent jugés et condamnés pour ces crimes de guerre. Certes, les nazis fusillaient les civils. Les Israéliens les bombardent, nuance : c’est plus simple, moins risqué et apparemment mieux toléré par la communauté internationale (c’est le moins que l’on puisse dire !).

Et soyons clairs : ce ne sont pas des « bavures », des erreurs. Les missiles et les bombes « intelligentes » utilisées par l’armée israélienne (et fournies en grande partie par les Etats-Unis) sont extrêmement précises, et ceux qui les ont conçues ne sont pas peu fiers d’en vanter l’efficacité.
 
La troisième est la volonté d’exacerber les tensions entre Israël et les palestiniens pour anéantir toute chance de solution pacifique au conflit. Car il ne faut pas être un expert du conflit pour savoir que la paix passe par la création d’un état palestinien viable, et que tous les acteurs de la région (Ligue arabe et Hamas inclus) se sont dits favorables à un tel scénario ou du moins prêts à en discuter. Mais cela impliquerait la concession de terres largement colonisées … et Israël n’a aucune intention de lâcher quoi que ce soit. Comme l’explique très bien Norman Finkelstein (universitaire et politologue américain, fils de juifs survivants du ghetto de Varsovie).
 
Donc, la meilleure façon de ne pas entrer dans un tel processus est de radicaliser les interlocuteurs potentiels du camp adverse. Et les commentaires « étonnés et consternés » du style « mais comment Israël peut-il ne pas comprendre que de telles actions ne font qu’alimenter la haine et les vocations au terrorisme » me font rire amer … la classe politique Israélienne, loin d’être naïve, le comprend très bien … justement.
 
Ce ne sont certes que des suppositions, que je trouve pour ma part toutes condamnables. Mais l’essentiel n’est pas là.

Peu importe la ou les raisons pour lesquelles Israël a lancé ce carnage. Rien ne peut justifier les horreurs que son armée a infligées à la population civile de Gaza.
 
En trois semaines, Israël a assassiné 1200 palestiniens, dont plus de 400 enfants. L’armé de Tsahal a bombardé des hôpitaux, des écoles, des ambulances, les dépôts alimentaires de l’ONU, les sites hébergeant la presse étrangère.

Les soldats israéliens ont tué de sang froid hommes, femmes et enfants, ont empêché les médecins de secourir les victimes, voire ils ont carrément tué les ambulanciers, au point que
la Croix Rouge a dû suspendre son aide aux victimes.

Je ne pourrai jamais oublier ce qui est arrivé dans le quartier de Zeitoun.
 
« Selon plusieurs témoignages, le 4 janvier, des soldats ont évacué environ 110 Palestiniens vers une seule maison à Zeitoun (dont la moitié était des enfants) en leur ordonnant de rester à l’intérieur", a affirmé un communiqué de l’Office de l’ONU pour la coordination humanitaire (OCHA)."Vingt-quatre heures plus tard, les forces israéliennes ont bombardé à plusieurs reprises cette maison, tuant environ 30" personnes, ajoute le communiqué. »
« Ceux qui ont survécu et ont réussi à le faire ont marché deux kilomètres vers la route de Salaheddine avant d’être transportés vers un hôpital dans des véhicules civils. Trois enfants, le plus jeune étant âgé de cinq mois, sont morts à leur arrivée  ». 
 
 
« Les équipes du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui demandaient depuis samedi de pouvoir accéder à ce quartier, n’y sont finalement parvenues que mercredi.
L’une d’elles a découvert quatre enfants blottis chacun contre leur mère morte et trop faibles pour se tenir debout » (Nouvel Obs).

C’est peut être parce que je suis un père, mais cette scène me hante.
 
Ou les récits des médecins sur place, décrivant l’horreur dans laquelle sont plongés les civils. De Régis Garrigue, urgentiste au CHU de Lille.

Ou du docteur Mads Gilbert (ONG norvégienne Norwac).
 
Ou ce qui est arrivé le 16 Janvier en directe à la TV israélienne à Ezzedine Abou Eich, médecin palestinien.

Et tant d’autres récits d’atrocités commises.
 
1200 victimes, dont plus de 400 enfants ! Et plus de 5.000 blessés, dont une large majorité portera d’horribles séquelles à vie (de par les armes utilisées et les conditions de soins déplorables).
 
Des centaines de photos montrant ces petits corps détruits circulent sur Internet, et dans la presse. Si je ne joins pas de telle photo à cet article (qui aurait pourtant le mérite de résumer à elles seules toute l’horreur de ce carnage) c’est tout simplement qu’elles sont insoutenables. Mais je vous invite à parcourir la liste des noms d’une partie de ces enfants (liste publiée par Aljazira).

Comment peut-on tolérer ça ? Pourquoi les pays qui se gargarisent à longueur d’année d’être les seuls civilisés de la planète, qui ne perdent pas une occasion de dénoncer la barbarie de certains régimes ou le manque de démocratie d’autres … ne font rien ?
 
En réalité, ce qui est encore plus triste … c’est qu’ils font quelque chose : ils brassent de l’air pour laisser le temps à Israël de finir sa besogne … et puis dès qu’Israel décide qu’il est temps de s’arrêter (sous la pression des opinions publiques mondiales) … ils s’empressent d’assurer cet état criminel de leur soutien pour limiter l’entrée des armes à Gaza !
 
Après ce massacre de civils … ils rassurent un des pays le plus et le mieux armé au monde … de limiter l’entrée de tubes en métal pour fabriquer des missiles artisanaux ? Heureusement pour eux le ridicule ne tue pas.
 
Dans un Monde de lâches, ou quasiment aucun élu politique n’a le courage (ou la volonté) de dénoncer les crimes de guerre et les atrocités commises par Israël, un député anglais juif, Sir Gerald Kaufman, dont la famille originaire de Pologne a été victime de la Shoah, a eu ce courage : « Israël agit à Gaza comme des nazis ». Discours magnifique à écouter (pour ceux parlent anglais) :





Dernier affront aux victimes, la trêve unilatérale d’Israel, saluée par tous les « grands démocrates » de ce Monde.

En faisant un parallèle rapporté à des individus, c’est comme si un homme venait chez vous, trucide la moitie de votre famille puis s’assoit dans votre jardin, fusil à la main, tout en déclarant à la police « pour ce qui me concerne, c’est bon, on peut en rester là … mais si il me cherche je lui tire dessus ». Et que dit la police « nous saluons le courage de ce choix et ne vous inquiétez pas, nous allons nous assurer que la victime n’est pas armée ». Quelle honte !
 
Ces victimes ont été tuées deux fois : par l’armée israélienne et par notre classe politique qui ferme les yeux et témoigne toute son amitié à Israël. Avec tant de candidats, tous faisant preuve de grand talent, il est difficile de se prononcer sur qui parmi les politiciens occidentaux et du moyen orient gagnera le festival international de la lâcheté !
 
Enfin, soyons optimistes, cette horreur et son impact sur l’opinion publique mondiale feront peut être et malgré tout changer la donne dans la région et dans le Monde.
 
Israel se prépare déjà à faire face à une vague de procès pour crimes de guerre, et Tzipi Livni a été traitée de terroriste lors d’une conférence de presse a Washington.

Pour conclure cet article, j’emprunterai la signature de Vittorio Arrigoni, un pacifiste membre de l’ISM (International Solidarity Movement), qui depuis Gaza témoigne quotidiennement l’horreur du conflit sur les pages du Journal italien « Il Manifesto ».

Restons humains !

Sources : Agora Vox

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans SIONISME

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