Ce sont les états qui tuent, pas les peuples

Publié le par Adriana Evangelizt

Et oui, ce sont les états qui tuent, pas les peuples. On a entendu quelques voix s'élever -toujours les mêmes- pour dénoncer ses propos qui disaient grosso-modo que le Peuple Allemand n'était pas coupable de ce qui est advenu lors de la dernière guerre. Voyons un peu, peut-on reprocher au Peuple Américain les horreurs qui se passent en Irak ou ailleurs ? Peut-on reprocher au Peuple Israélien les massacres des palestiniens ? Qui peuvent-ils les peuples ? Est-ce que les dirigeants ou l'armée leur demande leur avis avant d'envoyer missiles ou bombes à tel endroit ? Non. Les peuples ne peuvent que subir et même si parmi eux, il y a des tas de gens qui ne sont pas d'accord avec la politique de ceux qui les gouvernent, ils sont obligés d'en passer par là, malgré eux. Et personnellement, nous faisons bien la différence entre ceux qui sont au sommet et le Peuple...

 

 

 

Ce sont les états qui tuent, pas les peuples

par Jean-Luc Migué

Un certain nombre de journaux européens et canadiens ont reproché à Benoît XVI d'avoir imputé les horreurs des camps de concentration nazis aux criminels à la tête de l'État nazi et d'avoir ainsi exonéré le peuple allemand de la responsabilité de ces crimes. Après analyse, ce sont ces journaux qui ont tort et c'est le pape qui a raison.

Ces crimes étaient un phénomène d'État, c'est-à-dire de la force militaire et en général de la coercition qui lui sont associées. Même si la majorité des Allemands avait nourri des préjugés antisémites, ils n'auraient pu refiler le poids de leurs préjugés aux Juifs dans un régime de marché, c'est-à-dire sans la coercition d'État. Les dépravés qui ont perpétré ces crimes n'auraient pu donner suite à leurs instincts abjects sans l'initiative de l'État.

Le marché protecteur

L'une des grandes vertus du régime capitaliste est justement de protéger la société contre les torts découlant des tendances malicieuses de certains de ses membres. S'il est vrai que les participants du marché peuvent s'adonner à toutes sortes de comportements déplorables, il est aussi vrai que le régime de droits de propriété inhérent à la concurrence capitaliste interdit aux égoïstes et aux immoraux de refiler le poids de leurs faiblesses et de leur avilissement à leurs voisins. Dans un régime où règne la concurrence et où les droits de propriété sont protégés, et donc exclusifs, l'appât du gain, l'envie ou la malice, ne représentent aucun danger pour les autres. Ils s'avèrent anodins parce que les acteurs qui en sont animés n'ont pas le pouvoir de faire mal à leurs semblables.

          On trouve l'illustration la plus convaincante de cette dynamique dans les phénomènes de sexisme et de racisme, si décriés de nos jours. L'employeur imbu de préjugés sexistes et racistes est impuissant à refiler le coût de ses préjugés à ses employés ou à ses clients. En se privant d'une main-d'oeuvre productive et peu chère pour des considérations sexistes ou racistes, il se pénalise lui-même, alourdit le coût de sa main-d'oeuvre, réduit ses profits et prête flanc à la concurrence éventuelle des employeurs libres de préjugés, qui ne tarderont pas à la supplanter sur le marché de la consommation et du capital. En régime de concurrence capitaliste, les préjugés sont sans importance, parce que les victimes potentielles peuvent toujours trouver à s'employer chez l'employeur voisin ou à se soustraire aux brimades que leurs voisins voudraient leur imposer.

En l'absence de droits de propriété par contre, c'est-à-dire là où le pouvoir de monopole et de coercition est conféré aux uns par l'État, l'appât du gain des uns retire par la force aux autres l'accès aux ressources rares et leur transfère ainsi le fardeau de leur égoïsme. Dans les secteurs monopolisés par l'État ou cartellisés par ses réglementations (cartels d'entreprises, comme le taxi, ou de travailleurs, comme les monopoles syndicaux coercitifs), les préjugés de l'employeur sont en quelque sorte récompensés, en ce que lui, l'employeur, n'en porte pas le fardeau, qui est plutôt refilé aux employés en salaires réduits et en occasions d'emploi rétrécies.

          L'illustration extrême de cette logique s'observait de façon éclatante dans l'holocauste et au temps pas si lointain de l'apartheid sud-africain. En monopolisant l'activité, l'État confère à des groupes le pouvoir de transférer le coût de leurs préjugés à leurs victimes. Ils l'exploiteront allègrement. Le capitalisme sert donc d'instrument pour minimiser les conséquences de ce que les hommes ne soient pas des saints, et donc qu'ils ne poursuivent pas toujours des fins nobles.

« Le capitalisme est un régime éthiquement neutre; il favorise la réalisation efficace de finalités de toutes les couleurs éthiques, mais toujours il impute le fardeau ou le bénéfice de ses actes à son auteur. »

En réalité, cette logique confirme ce que l'analyse postule: la maximisation du profit n'est qu'un objectif instrumental. Et les saints et les pécheurs recherchent le profit; ils ne diffèrent que par l'usage qu'ils font du profit réalisé. Le mobile du profit repose, non pas sur un postulat matérialiste et égoïste, mais sur l'omniprésence de finalités, de buts de la part des agents. Le profit de l'entrepreneur n'est jamais la fin ultime de ses efforts, de ses accomplissements. Il ne fait que servir à ses yeux à la poursuite de ses objectifs ultimes de consommation et d'épanouissement.

Éthiquement neutre

La moralité ou l'immoralité de la recherche du profit dépend entièrement de la moralité ou de l'immoralité des objectifs recherchés. Le capitalisme est un régime éthiquement neutre; il favorise la réalisation efficace de finalités de toutes les couleurs éthiques, mais toujours il impute le fardeau ou le bénéfice de ses actes à son auteur. La prospérité capitaliste est indépendante des principes éthiques de ses participants. Sans un État tout-puissant qui les tyrannisait, même les Allemands antisémites de l'époque auraient été forcés d'assumer eux-mêmes le fardeau de leurs préjugés. En fait, les nombreux épisodes antisémitiques de l'histoire ont tous été l'oeuvre d'États prédateurs. Le pape Benoît XVI est un meilleur économiste que ses critiques.

          On découvre ainsi que le reproche adressé au pape par ses critiques reprend la pensée reçue. La philosophie courante de l'État chez l'élite politique et intellectuelle repose sur une vision marxiste de la société. Celle-ci n'est pas le regroupement d'individus. Elle possède plutôt une âme distincte, une volonté abstraite, au-dessus des individus qui la composent et que seul l'État saura formuler. Dans les mots des représentants de cette vision, elle fait des « choix de société ».

          L'État nazi aurait donc incarné la volonté de la société allemande. Donc le peuple allemand était raciste. En réalité, c'est l'État allemand, non les Allemands, qui a fait l'holocauste. Dans ses principes méthodologiques, la perspective conventionnelle découle d'une démarche discréditée en analyse, et troublante en morale. En sciences sociales on range cette approche dans la catégorie des pseudosciences au même titre que l'astrologie, la parapsychologie et les autres sciences occultes.

Sources : Le Québecois Libre

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans OCCUPATION

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