La langue du Christ ressuscitée pour la cause d’un village rasé par Israël

Publié le par Adriana Evangelizt





La langue du Christ ressuscitée pour la cause d'un village rasé par Israël



L'objectif d'un des enseignants d'araméen est de perpétuer l'héritage maronite de Biram.


« Chlomo malfonito » : dans une salle de l'église, les élèves saluent leur enseignante en araméen. Ressuscitant la langue de Jésus, ils l'apprennent à l'initiative d'un petit groupe de maronites soucieux de conserver l'héritage de leur village rasé par Israël en 1953.

Les cours, dans le village galiléen de Jich, sont organisés par Shadi Khaloul, 33 ans. Il les dispense gracieusement avec son frère Amir, 26 ans, Eleanore, 24 ans, l'épouse de ce dernier, et trois autres enseignants. L'objectif de Shadi Khaloul est de faire comprendre aux élèves le contenu des prières de la messe maronite, célébrée en araméen, mais aussi de perpétuer l'héritage du village maronite de Biram, rasé par Israël il y a 56 ans, après l'évacuation, présentée alors comme temporaire, de ses 1 050 habitants en novembre 1948, six mois après la création de l'État juif. « Nous voulons préserver l'héritage de nos ancêtres de Biram qui apprenaient l'araméen », explique Shadi. « C'est une façon de garder vivace la mémoire de Biram car un peuple sans histoire n'a pas d'avenir », renchérit Amir.

Une majorité de la population de Biram s'était installée dans le village voisin de Jich et le reste dans d'autres localités de Galilée. Certains avaient traversé la frontière toute proche pour gagner le Liban. Le village avait été rasé en dépit d'un arrêt de la Cour suprême israélienne ordonnant le retour de ses habitants, déjà considérés comme israéliens lorsqu'ils furent chassés, contrairement à des centaines de milliers d'Arabes poussés à l'exode en 1948.

Les habitants de Biram encore en vie et leurs descendants entendent profiter de la visite de Benoît XVI en Israël à partir du 11 mai pour plaider la cause de leur retour à Biram. « Nous espérons que le pape va évoquer notre sort avec Bibi (le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu), mais le tout est de savoir s'il va faire pression », dit Shadi. « Pour nous, le meilleur scénario serait que le pape vienne en personne à Biram, et nous avons proposé cela au nonce apostolique en Israël », ajoute-t-il sans trop y croire.

Dans la classe, une vingtaine d'élèves répètent des mots et des phrases en araméen derrière l'enseignant (« malfono »), Amir, et sa femme, la « malfonito » Eleanore, à l'appui d'un texte tracé de droite à gauche sur une ardoise. Le cours s'achève toujours par une prière. Élèves et enseignants forment un cercle et récitent : « Abou id bashmayo, nitkadash ishmokh, titi malakotokh (notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne) ».

Les jeunes, une soixantaine répartis en groupes, s'initient également à la conversation une heure par semaine. « Je sais déjà dire par exemple "Chlomo aykano itayk ? Aino tabto" Cela veut dire "Salut ça va ? Je vais bien" », dit fièrement Mélodie Zaknoon, 12 ans. « Chlomo » est d'ailleurs le salut de rigueur chez les maronites de Jich, qui forment la majorité des chrétiens de ce village mixte de moins de 3 000 âmes.

À Biram, une église, Notre-Dame de Kfar Biram, est, avec une synagogue antique, l'unique construction encore debout. La messe est régulièrement célébrée dans ce lieu de culte surmonté d'une croix rouillée, ainsi que les mariages, les baptêmes et les enterrements.

« C'était ma maison », se souvient Habib Issa, 92 ans, en désignant un amas de grosses pierres parmi des herbes folles et des figuiers. Visage parcheminé, bouche édentée et appareil auditif vissé à l'oreille, mais toujours bon pied bon œil, Habib, un des derniers à avoir quitté le village, se rappelle la rencontre houleuse avec le commandant israélien qui leur intima l'ordre de partir. « Il était arrogant et parlait sur un ton menaçant. » Deux pièces accolées à l'église servaient à l'époque d'école. « Nous avions deux professeurs venus du Liban. L'un nous enseignait le français et le second l'araméen », raconte-t-il en épelant des mots en araméen.

Ezzedine SAÏD (AFP)

Sources
Lorient le Jour

Publié dans Religion

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