«Touriste» en Palestine : Une Française témoigne

Publié le par Adriana Evangelizt




«Touriste» en Palestine : Une Française témoigne


par Elizabeth Roulet



Hébron, Naplouse Ramallah, Bethléem, Jérusalem-Est et dans quelques villages, la colonisation explose, ce qui réduit les surfaces de terres palestiniennes. Il est de plus en plus difficile à la population de circuler entre ces lieux d’habitation. Régulièrement, des maisons habitées par des Palestiniens sont détruites par l’armée israélienne, même si les Palestiniens ont renoncé à la «lutte armée» et à l’Intifada.


Des barrières de passage «check-points» existent au niveau du mur de séparation et aussi à l’intérieur de la Cisjordanie. Des soldats, souvent très jeunes, font apposer sans ménagement les mains des Palestiniens sur des plaques électroniques pour détecter des explosifs. A ces points, ce sont de longues queues, de nombreuses humiliations. On renvoie facilement la personne pour soi-disant un papier manquant. Il est donc difficile à un étudiant d’aller à Jérusalem-Est ou à un commerçant d’aller chercher des marchandises.

Le témoignage d’un ami qui allait au travail à Ramallah. Le soldat lui a dit :«On veut vous faire souffrir pour que vous partiez !».


Chacun attend que le tourniquet s’éclaire en vert pour passer. Des haut-parleurs crient des ordres, le feu passe au rouge sans avertissement, séparant occasionnellement mère et enfants. Les attentes peuvent durer des heures !


Au check-point de Naplouse, quelques jours avant notre passage, les soldats, toujours très arrogants, avaient éventré les matelas qu’un commerçant palestinien transportait dans son camion. Pour un oui ou pour un non, les soldats, fébriles, pointent leurs armes, poussent les gens dans les files ! Ceci en Cisjordanie. Donc normalement en Palestine libre si les centaines de résolutions de l’ONU avaient été suivies !


Il est important que des internationaux soient présents avec les Palestiniens. Quand j’ai montré mon passeport au soldat, il a fait la tête. Encore plus quand il a entendu des échanges verbaux avec nos amis palestiniens.


Avec mon groupe de huit Français, nous logions chez des familles. Cette visite a été organisée par l’ATG de Bethléem : cette association organise des circuits de tourisme solidaire. Son adresse : ATG, groupe de tourisme alternatif, 74, Star Street, PO Box 173, Beit Sahour, Palestine (info@atg.ps et le site :www.atg.ps)


Ces amis, pourtant bien pacifistes et essayant de faire marcher l’économie, reçoivent régulièrement les visites des soldats d’occupation, sont menacés de fermeture. Donc, une manière de les soutenir est d’aller faire du «tourisme» solidaire en Cisjordanie. Je suis partie avec «des couleurs et des sensations» de Grenoble. D’autres possibilités existent avec des voyages plus militants, avec des manifestations devant le mur avec des Palestiniens. Il est de plus en plus dangereux de manifester. La répression militaire s’accentue. Des internationaux sont tués ou blessés. Il y a 3 mois, un jeune Nord-Américain a été blessé par balle par un soldat. Il est entre la vie et la mort.


De fait, c’est l’armée israélienne qui dirige la Cisjordanie. Elle peut tuer, arrêter, détruire des maisons comme elle le veut. On peut se demander quel est le rôle de l’Autorité palestinienne ! Dans les villes, jusqu’à 22 h, c’est la police de l’Autorité qui maintient «l’ordre» ! Ensuite, elle passe le relais à l’armée d’occupation !


Certains Israéliens favorables aux Palestiniens osent dire que «l’Autorité palestinienne joue le rôle de Vichy pendant la guerre en France» !


Autre point important : je n’ai jamais entendu des Palestiniens nier la Shoah. Ils disent que ce sont les Européens qui ont fait des pogroms et, pour certains, ont massacré les juifs ! Ce ne sont pas les Palestiniens qui, de fait, sont les victimes indirectes du nazisme.


En fait, l’histoire est plus complexe : dès le début du 20e siècle, et bien avant la Shoah, des sionistes d’Europe voulaient établir un Etat juif, donc de fait déplacer les populations palestiniennes existantes. Avant la Deuxième Guerre mondiale, les habitants juifs et arabes de Palestine vivaient en relative bonne entente ; de nombreux témoignages de vie commune en attestent.


Après 1945, la dépossession des terres et des maisons des Palestiniens s’intensifie. 530 villages palestiniens furent détruits et souvent les habitants massacrés.


Dans le nord d’Israël, nous avons visité ce qui reste d’un village détruit en 1948, avant la guerre avec les pays arabes : les colons ont construit des étables à la place des cimetières, et l’on peut apercevoir quelques restes de tombes.


Dans ce village d’Al-Birwa, pas loin de Nazareth, dans le nord d’Israël, l’église a été détruite par les sionistes en 1948. Une action récente rassemblant des pacifistes arabes et juifs a eu lieu : une cérémonie avec la plantation d’une croix a eu lieu à l’emplacement de l’église. Les colons ont peu après arraché la croix. Les exemples de la sorte sont très nombreux.


Le village d’Al-Birwa est celui de la famille du célèbre poète Mahmoud Darwich, décédé, hélas, il y a quelques années.


A Jaffa, à côté de Tel-Aviv, les Palestiniens, dans les années 1920, avaient chaleureusement accueilli les premiers pionniers juifs. En 1948, ils sont jetés à la mer où ils se noient par centaines. Comme à St Jean d’Acre. A Jaffa que nous avons visité, les dernières maisons palestiniennes encore existantes : elles vont être détruites ou confisquées, pour être transformées en salons de thé !


1) Témoignage de notre visite à Naplouse


Naplouse est au nord de la Cisjordanie. La ville est rebelle : de nombreux résistants armés y ont trouvé refuge. La plupart, pourtant, ont négocié leur reddition avec l’occupant, par lassitude, par manque d’armes et parce qu’ils pensent, peut-être à raison, que ce n’est pas la lutte contre l’armée la plus efficace du monde, et soutenue par l’Occident, qui va solutionner la libération de leur pays.


L’armée israélienne est stationnée en hauteur au-dessus de la ville. Elle y a installé un centre d’interrogatoire, superéquipé. Elle envoie des drones pour détruire les maisons soupçonnées d’abriter des «terroristes». On voit passer dans le ciel très souvent des hélicoptères militaires ; l’armée fait irruption dans des maisons avec des chiens. J’étais un peu inquiète en m’endormant dans ma maison d’accueil. Certaines amies du groupe étaient logées chez des habitants du camp et quelques jours avant, les militaires étaient venus. On voit passer circulant en trombe des jeeps de l’occupant.


Naplouse fut le centre économique de la Cisjordanie : 4 savonneries existaient. Ce fut un centre commercial vivant. Mais à cause du blocus sioniste, les entreprises ne peuvent se développer.


Ce qui tient la société, ce sont les nombreuses ONG et associations qui, souvent, ont le soutien de l’Occident. A Naplouse, nous avons un ami guide Amjad, qui a fait des années de prison comme tous les hommes d’environ 40 ans. Très souvent, ces Palestiniens sont actifs socialement et font le lien avec la solidarité internationale. Il s’occupe du camp d’Askar et il a de l’humour à la pelle !


Lors de l’offensive des sionistes à Ghaza, je lui ai envoyé un message : il a répondu par de grands remerciements pour notre solidarité. Car c’est elle qui leur permet de tenir grâce à la dénonciation des actes du gouvernement et de l’armée israélienne. Mais à Naplouse, nous avons aussi vu l’espoir dans l’avenir de ce peuple martyrisé. Nous avons déjeuné avec des étudiants de l’université An-Najah. Quelle émotion de répondre aux questions de cette jeunesse intelligente et politisée. Mais beaucoup de lassitude aussi chez eux. Heureusement qu’ils peuvent communiquer avec l’extérieur par Internet et le portable !


Que faire pour obliger Israël à laisser ce peuple avoir son Etat ?


Je pense que les Européens, en particulier, à travers leurs élus, doivent exiger le gel des échanges commerciaux et culturels avec Israël, Israël se prétendant être un pays avec une démocratie à l’occidentale ! Les étudiants nous expliquent comment l’occupant les bloque aux checks-points pour qu’ils ne puissent pas aller étudier à la faculté située au centre-ville. Ils essaient de dormir sur place. Une belle histoire : la fondation de l’abbé Pierre a aménagé des logements à côté de l’université !


Quand nous sommes allés en Palestine en octobre, la cueillette des olives venait de commencer. Youssef, un de nos accompagnateurs de Naplouse, homme d’environ 50 ans, très jovial, connaissant un peu l’Europe, nous a raconté ce qui venait de lui arriver. Il ramassait ses olives sur le terrain familial. Un colon d’origine russe est arrivé vers lui en hurlant «Pars ! C’est la terre des juifs !». Youssef a tenu tête, sans suite pour cette fois.


Mais en de nombreux endroits, les colons et l’armée brûlent les oliveraies et empêchent les paysans de faire la cueillette. De nombreux bergers ont été tués par des colons fanatiques ; des missions d’aide à la cueillette avec des internationaux existent. Depuis notre bus, nous avons vu des internationaux japonais en train d’être «questionnés» par des soldats. Mais maintenant, la répression s’intensifie à l’encontre de ces internationaux. Nous avons croisé des Suédois, des Allemands. Les internationaux pourront-ils encore venir avec l’arrivée du nouveau gouvernement d’extrême droite israélien ?


Quand on arrive à l’aéroport de Tel-Aviv en groupe, il faut se séparer et la consigne est de se présenter comme touriste-pèlerin.


Mais les occupants connaissent nos déplacements en Cisjordanie et nous sommes fichés sur l’ordinateur central. Au prochain voyage, on peut facilement, après une garde à vue musclée, être renvoyé en France par le prochain avion : ceci est arrivé à des Français venant en solidarité.


L’inquiétude pour Israël, c’est d’être montré du doigt, boycotté par les peuples.


2) Visite de la ville d’Hébron


Hébron est au sud de la Cisjordanie. Des colons (quelques milliers), pour environ 200.000 Palestiniens, ont occupé le centre de la vieille ville. Ils ont pris les maisons des Palestiniens et les en ont chassés. Pour tenter de dégoûter ceux qui restaient aux alentours, ils ont commencé par uriner par les fenêtres sur les passants des rues sous leur maison ; puis ils envoient leurs poubelles, d’énormes pierres, de la ferrailles...


Les colons ont détruit, en les coupant, les canalisations d’égout» pour raisons de sécurité». Les Palestiniens les reconstruisent à grands frais !


Nous n’avons pas les dernières nouvelles depuis le massacre de Ghaza du début de l’année. Les manifestations de soutien ont été fortement réprimées.


Une association française, France-Hébron, existe depuis 12 ans. Les responsables sont un couple extraordinaire : elle, Chantal, est Bretonne et lui, Anouar, Palestinien ayant fait ses études de droit en France ; ils ont ouvert au milieu de la vieille ville une école maternelle que les colons et soldats vandalisent régulièrement. Les enfants fêtent notre venue, ils nous offrent une bougie de leur fabrication. En sortant, je tombe sur une patrouille «rambo» de soldats israéliens : ils me fusillent du regard». Peut-être comprennent-ils le français ? Car à Hébron, il y a beaucoup de colons venant de France ! Ils n’apprécient pas que des témoins viennent constater leurs méfaits.


A Hébron, avec une amie du groupe, nous logeons en haut de la ville, sous un poste israélien. Ce poste a été construit à l’emplacement d’une vieille maison historique palestinienne qui a été détruite. A ma droite, il y a une maison qui vient d’être détruite. La famille nous accueille chaleureusement. Notre hôte, de 40 ans environ, parle un peu anglais et français car il suit des cours à l’association France-Hébron avec Chantal. Tous les hommes de la famille de son âge ont fait de la prison comme lui, un frère étant toujours emprisonné.


La grand-mère nous reçoit un peu plus loin dans sa maison et son jardin et nous fait goûter ses fruits.


La France a à ce moment-là la cote, car elle n’a pas suivi les USA en Irak, et Chirac a été correct avec les Palestiniens. Le matin en sortant de la maison, je parle fort en français, exprès, pour que les soldats, dont j’aperçois les silhouettes, m’entendent. Peut-être viennent-ils de France !


Deux autres personnes du groupe logeaient chez un pharmacien ami de Chantal. La semaine précédant notre visite, l’armée avait fait irruption chez lui, le menaçant. Puis elle alla s’installer sur le toit de sa maison.


Une «anecdote» significative concernant notre ministre des Affaires étrangères français. Quelques jours après notre visite à Hébron, M. Kouchner a fait une brève visite à Hébron. Il a donc été piloté, en partie, par Chantal de France-Hébron. C’est elle qui l’a forcé à passer un check-point avec les tourniquets : gêné, il n’a pas pu dire non. Mais il n’a pas voulu voir la vraie vie des Palestiniens.


Pendant ce même voyage, au lieu d’être ferme avec le gouvernement israélien, il appelait pratiquement Israël à attaquer l’Iran !


3) Bethléem


C’est la ville du Christ. Pendant les Intifadas, des résistants palestiniens s’étaient réfugiés dans l’église de la nativité. L’armée d’occupation a pilonné les murs et l’on voit encore les impacts des tirs.


Je logeais chez Anna, une Palestinienne chrétienne, très dynamique. Elle était enseignante. Sa maison avait été saccagée par les soldats il y a plusieurs années. Elle avait subi du temps de Hitzhak Rabin un couvre-feu de 45 jours, sans pouvoir se déplacer. Deux jours avant mon arrivée, un jeune habitant à côté avait été raflé par l’armée.


4) Jérusalem


Pour aller de Bethléem à Jérusalem, il faut passer au check-point à travers le mur de la honte. Des bus de pèlerins passent souvent sans vouloir regarder ce que subit la population palestinienne. Il est très difficile aux habitants de Bethléem d’aller à Jérusalem et d’en retourner.


En fait, le projet d’Israël est d’expulser les Palestiniens de Jérusalem et certains pensent aussi à Bethléem pour faire un énorme bloc qui, de fait, ghettoïsera les Palestiniens dans des micro-zones sans terre. Jusqu’à quand les pays européens vont-ils laisser faire le gouvernement israélien ?


Mme Elisabeth Roulet parraine une petite Palestinienne vivant dans le camp de Qalandia, à côté du mur. Qalandia est à côté de Ramallah. La famille du père de la petite filleule vivait au bord de la mer, vers St Jean d’Acre : ils furent expulsés en 1948 pour se retrouver dans ce camp de réfugiés.


*Elisabeth Roulet, adhérente de l’association France-Palestine, est militante des Verts de Savoie. Témoignage d’un voyage en octobre 2008 en Cisjordanie occupée


Sources Bellaciao

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samia lamine 07/05/2009 15:25

UN témoignage poignant de vérité.
La barbarie n'épargne rien en Palestine ni les humains martyrisés ni les arbres arbres arrachés !!! ET SI LES PIERRES AVAIENT UNE BOUCHE POUR PARLER et témoigner de ce qu'elles ont vu et entendu depuis 60 ans!!!! Les océans inonderaient la planète de larmes et les cratères exploseraientt de colère.

samia lamine.