A Washington, Benyamin Nétanyahou défend sa vision du dossier palestinien

Publié le par Adriana Evangelizt



A Washington, Benyamin Nétanyahou défend sa vision du dossier palestinien




par Michel Bôle-Richard



Dans les relations israélo-américaines, la donne a changé. La rencontre, lundi 18 mai à Washington, entre le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et le président américain, Barack Obama, ne devrait être que le point de départ d'une nouvelle redéfinition.

Mais l'heure est à l'urgence. Contrairement à ses prédécesseurs, M. Obama semble vouloir faire du règlement du conflit israélo-palestinien une priorité. Et le nouveau gouvernement israélien va devoir en tenir compte. Après le confort douillet des relations avec l'administration républicaine de George Bush, entre 2001 et 2008, "l'heure de vérité a sonné", comme l'a souligné Rahm Emanuel, chef de cabinet du président américain.


Soit M. Nétanyahou se décide à se prononcer en faveur de la création d'un Etat palestinien, ce qu'il a refusé de faire jusqu'à présent, soit il présente un plan alternatif susceptible de séduire M. Obama qui, pour sa part, a clairement choisi la solution des "deux Etats pour deux peuples".


La première entrevue entre les deux hommes, lundi, est donc cruciale. Elle devait permettre de fixer un nouveau cadre de relations entre les deux pays qui devra s'affiner au fil des semaines. Pour les Israéliens, l'enjeu est vital. "Bibi", surnom de M. Nétanyahou, va-t-il réussir son examen de passage ? Telle est la question que se pose la presse israélienne. Tous les journaux rappellent le contact désastreux qui avait eu lieu en 1996 entre Bill Clinton et Benyamin Nétanyahou, vainqueur de Shimon Pérès lors des élections qui avaient suivi l'assassinat d'Yitzhak Rabin en novembre 1995. Joe Lockhart, porte-parole de la Maison Blanche à l'époque, avait décrit a posteriori le nouveau premier ministre israélien comme "l'un des personnages les plus odieux qu'il (lui) a été donné de rencontrer, doublé d'un menteur et d'un tricheur".


Treize ans plus tard, "Bibi" a changé. Pour convaincre son interlocuteur, il devra formuler quelle est sa vision de l'Etat palestinien au cas où il adopte finalement ce principe des deux Etats. Son ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a qualifié de "slogan vide" la formule "deux Etats pour deux peuples" tout comme le principe de "la paix en échange de la terre". Benyamin Nétanyahou a rencontré, les 11 mai et 14 mai, le président égyptien, Hosni Moubarak, et le roi Abdallah de Jordanie. Chaque fois, il a refusé d'envisager la création d'un Etat palestinien, soulignant le risque d'un nouveau "Hamastan" comme dans la bande de Gaza.


Il a aussi exclu de restituer le plateau du Golan à la Syrie en échange de la paix. Il est toujours favorable à la croissance naturelle des colonies existantes et ne s'est jamais prononcé clairement pour le démantèlement des implantations sauvages, estimant que cette question devait être résolue par le dialogue avec les colons par le biais d'une commission israélo-américaine.


Même si les proches conseillers du premier ministre israélien minimisent les risques de "clash" avec Barack Obama, les divergences entre les deux hommes sont profondes. La confrontation à terme est-elle évitable ? M. Nétanyahou n'est pas hostile à une reprise des négociations avec l'Autorité palestinienne, mais elles doivent d'abord porter, selon lui, sur une amélioration des conditions économiques des Palestiniens, sur les garanties de sécurité et sur le renforcement des institutions palestiniennes avant de parler des questions de fond.


Il veut élargir le conflit israélo-palestinien à une question régionale en essayant d'englober dans le processus de paix les Etats arabes modérés tout en faisant de la question du dossier nucléaire iranien controversé la question centrale d'une solution de paix au Proche-Orient. Ce qu'il appelle "une nouvelle approche". Barack Obama va-t-il accepter cette vision ? Le premier ministre israélien souhaite que les perspectives de dialogue entre Washington et Téhéran soient encadrées par une date butoir de quelques mois. En revanche, aucune limite de temps n'est demandée pour des pourparlers avec les Palestiniens.


Depuis son arrivée au pouvoir, M. Nétanyahou a également exigé que l'Autorité palestinienne reconnaisse le caractère juif de l'Etat d'Israël, ce qui est considéré par les Palestiniens comme un nouveau préalable inacceptable.


Dans ces conditions, quel pourra être le terrain d'entente entre les deux hommes ? Après la proposition de paix saoudienne de 2002, la "feuille de route" du Quartet (Etats-Unis, ONU, Union européenne et Russie) en 2003, le processus d'Annapolis en 2007, y aura-t-il un nouveau plan et une nouvelle conférence internationale pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien ? Comme l'a fait remarquer le roi Abdallah de Jordanie, "il faut bouger vite, sérieusement et efficacement, sinon les risques de violence et d'une nouvelle guerre augmenteront et le monde entier en paiera le prix".

Sources
Le Monde


Publié dans CONNEXION ISRAEL USA

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