Génocide à Gaza

Publié le par Adriana Evangelizt

Génocide à Gaza

par Ilan Pappe
Un génocide a lieu à Gaza. Ce matin 2 septembre, trois autres citoyens de Gaza ont été tués et une famille entière a été blessée à Beit Hanoun.


Ceci est la récolte matinale, et avant la fin de la journée bien d’autres seront massacrés. En moyenne huit Palestiniens trouvent la mort chaque jour dans les attaques israéliennes. Beaucoup d’entre eux sont des enfants. Ils sont des centaines à se retrouver mutilés, blessés, paralysés.

Les responsables israéliens sont à mille lieux de savoir quoi faire avec la Bande de Gaza. Ils ont de vagues idées en ce qui concerne la Cisjordanie. Le gouvernement actuel considère que la Cisjordanie au contraire de la Bande de Gaza, est un espace ouvert, au moins sur sa partie Est. Si Israël annexe, dans le cadre du programme de redéploiement défendu par son gouvernement, les parties convoitées -- soit la moitié de la Cisjordanie -- et les vide de ses habitants, la seconde moitié pencherait naturellement au moins dans un premier temps vers la Jordanie et ne concernerait alors plus Israël.

C’est une erreur, mais malgré cela ce projet a gagné le vote enthousiaste de beaucoup de juifs dans ce pays. Un tel projet ne peut pas fonctionner dans le cas de l’enclave de Gaza. L’Egypte au contraire de la Jordanie a réussi à persuader les israéliens dès 1948 que la Bande de Gaza était de leur responsabilité et ne ferait jamais partie de l’Egypte. Ainsi un million et demi de Palestiniens étouffent à l’intérieur d’Israël - et bien que géographiquement la Bande de Gaza soit à la limite de l’état hébreu, psychologiquement elle se situe en son milieu.

Les conditions de vie inhumaines qui sévissent dans ce qui est la zone la plus densément peuplée au monde et un des espaces les plus pauvres de l’hémisphère nord, font que les gens qui y vivent ne peuvent accepter l’emprisonnement qu’Israël leur impose depuis 1967. Il y a eu de relatives meilleures périodes où les mouvements vers la Cisjordanie et à l’intérieur d’Israël pour y travailler étaient autorisés, mais ces temps sont révolus.

Des réalités plus dures s’imposent depuis 1987. Quelques accès vers le monde extérieur étaient possibles aussi longtemps que des colons juifs se trouvaient dans la Bande de Gaza, mais une fois ceux-ci partis, Gaza a été hermétiquement bouclé.

Comble de l’ironique, et si on se fie aux enquêtes d’opinion, beaucoup d’israéliens voient Gaza comme un état indépendant gracieusement autorisé à exister par Israël. Quant aux dirigeants israéliens, et particulièrement ceux de l’armée, ils voient Gaza comme une prison remplie de la population carcérale la plus dangereuse devant être éliminée d’une façon ou d’une autre.

L’habituelle politique israélienne de nettoyage ethnique employée avec succès en 1948 contre la moitié de la population palestinienne et contre des centaines de milliers de Palestiniens en Cisjordanie n’est plus d’aucune utilité dans ce cas. Vous pouvez progressivement chasser les Palestiniens en dehors de la Cisjordanie et particulièrement de la zone de Jérusalem, mais vous ne pouvez pas le faire dans le cas de la Bande de Gaza, une fois que vous l’avez bouclée comme une prison de haute sécurité.

Comme les opérations de nettoyage ethnique, les politiques génocidaires ne tombent pas du ciel. Depuis 1948, l’armée et le gouvernement israéliens ont toujours eu besoin d’un prétexte pour mettre en oeuvre de telles politiques. La main-mise sur la Palestine en 1948 a produit inévitablement une résistance locale qui à son tour a permis la réalisation d’une politique de nettoyage ethnique déjà planifiée dans les années 30. Vingt années d’occupation en Cisjordanie ont comme c’était prévisible produit la même résistance de la part des Palestiniens.

Cette lutte contre l’occupation, même lancée de façon décalée dans le temps, a déclenché une nouvelle politique de nettoyage ethnique qui est encore en œuvre aujourd’hui en Cisjordanie.

L’emprisonnement de Gaza à l’été 2005, bien que présenté comme une concession généreuse de la part d’Israël, a eu pour conséquence le lancement de fusées par le Hamas et le Jihad Islamique ainsi qu’un cas d’enlèvement.

Même avant la capture de Gilad Shalit, l’armée israélienne bombardait la Bande de gaza de façon indiscriminée. Même avant cette capture les tueries en masse étaient en allaient en augmentant et prenaient un tour systématique. Un lot quotidien de meurtres de Palestiniens, principalement des enfants, est rapporté dans la presse locale [israélienne] dans les pages internes et très souvent en caractères à polices microscopiques...

Les premiers coupables sont les pilotes israéliens qui ont le champ totalement ouvert maintenant que l’un d’entre eux est devenu le général en chef.

Lors de la guerre contre le Liban en 1982, la force aérienne israélienne avait donné comme ordre à ses pilotes d’abandonner les missions en cours si des civils innocents se trouvaient à moins de 500 mètres de la cible. Non pas que ces ordres aient été appliqués, mais la prétention de respecter une certaine morale était là. Dans ce corps d’armée, cela avait été nommée « la procédure libanaise » [Nohal Levanon]. Lorsque les pilotes ont demandé il y a un an si la « procédure libanaise » valait pour Gaza, la réponse a été non. La même réponse a été donnée aux pilotes lors de la dernière guerre contre le Liban.

La guerre du Liban a été utilisé pendant un moment comme un brouillard couvrant les crimes de guerre dans la Bande de Gaza. Mais cette politique s’est poursuivie avec rage même après le cessez-le-feu intervenu au nord. Il apparaît que l’armée israélienne, frustrée et défaite, est d’autant plus déterminée à étendre le champ de ses crimes dans la Bande de Gaza. Aucun politicien ne souhaite ou n’est même capable d’arrêter les généraux.

Une tuerie quotidienne de 10 personnes va entrainer des milliers de morts chaque année. Ceci est bien sûr différent d’un génocide d’un million de personnes en une seule campagne militaire - la seule inhibition qu’Israël est disposée à ne pas dépasser au nom de la mémoire de l’Holocauste. Mais si vous doublez le nombre de meurtres chaque jour vous augmentez le nombre total dans des proportions terrifiantes et encore plus important vous pouvez imposer une expulsion en masse en dehors de Gaza - que cela se fasse sous couvert d’aide humanitaire, d’une intervention internationale ou du simple désir des habitants d’échapper à cet enfer.

Mais si la réponse est la volonté palestinienne [de ne pas partir], et il n’y a aucune raison de douter que ce soit la réponse des habitants de Gaza, alors les tueries en masse vont se poursuivre et augmenter.

Beaucoup dépendra de la réaction internationale. Comme Israël a été lavé de toute responsabilité ou faute pour le nettoyage ethnique de 1948, cette politique a été alors adoptée comme moyen légitime pour aboutir à des objectifs nationaux et sécuritaires. Si l’actuelle escalade et adaptation de sa politique génicidaire doit être tolérée par le monde, alors Israël l’utilisera de façon encore plus terrible.

Rien ne stoppera, si ce n’est des pressions sous forme de sanctions, boycott et désinvestissement, le meurtre de civils Palestiniens à Gaza. Il n’y a rien que nous ici en Israël puissions faire pour nous y opposer. De braves pilotes ont refusé de prendre part aux opérations militaires, deux journalistes -parmi 150 - ne cesse d’écrire contre cela, mais c’est tout.

Au nom de la mémoire de l’Holocauste, que le monde ne permette pas que le génocide se poursuive à Gaza !

Ilan Pappe est enseignant à l’université d’Haïfa, au Département des sciences politique, et responsable de l’Institut Emil Touma pour les Etudes Palestiniennes à Haïfa.

Sources : CCIPPP

Posté par Adriana Evangelizt

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