Au bord de l'abîme

Publié le par Adriana Evangelizt

Au bord de l'abîme

 

par Khaled Amayreh

Alors que Rice vient chercher de nouveaux moyens de se débarasser du Hamas, les militants loyaux et opposés au gouvernement palestinien vont plus loin dans les affrontements.


Des tirs sporadiques ont continué à être entendus dans les différentes zones de la Bande de Gaza pour le deuxième jour consécutif, en dépit des appels au calme lancés par le président palestinien Mahmoud Abbas et le premier ministre Ismail Haniyeh de l’Autorité Palestinienne (AP).

La relance de la violence s’est produite après que des miliciens du Fatah aient attaqué plusieurs « cibles du Hamas » dont une mosquée dans le camp de réfugié de Berij, un bureau de charité dans Salfit au centre de la Cisjordanie et les domiciles et bureaux de plusieurs députés affiliés au Hamas.

Le dimanche 1er octobre, un affrontement sanglant entre les agents armés du Fatah et les forces du Hamas soutenant les services de sécurité, a tué au moins huit Palestiniens et en a blessé une centaine d’autres.

Les combats, les plus graves depuis que le Hamas a remporté les élections législatives en janvier, ont commencé lorsque des miliciens armés du Fatah, y compris des policiers fidèles à Abbas, ont investi les rues du centre-ville de Gaza pour protester contre l’incapacité du gouvernement à payer l’intégralité des salaires.

Les protestations ont mal tourné après que des policiers et des miliciens aient commencé à tirer de nombreux coups de feu en l’air, à bloquer les principales voies de communication et à vider des caisses de détritus dans les rues, ouvrant la voie à un chaos généralisé.

Le gouvernement, mis sous forte pression publique pour rétablir la loi et l’ordre, a alors commandé le déploiement des 3.000 agents des « Forces Exécutives » composées surtout de militants du Hamas, avec de claires instructions pour rétablir l’ordre. Les deux côtés ont échangé des coups de feu au cours desquels huit personnes ont été tuées.

En Cisjordanie, les militants du Fatah ont exercé des représailles en attaquant, dévalisant et brûlant un bâtiment de plusieurs étages hébergeant divers ministères palestiniens.

Il y eu également une tentative de mettre le feu au bâtiment du Conseil Législatif Palestinien dans Ramallah. Plusieurs voitures appartenant à des personnes affiliées au Hamas ont été incendiées comme un certain nombre de centres de charité fréquentées par des personnes faisant partie du courant islamiste.

D’après le Fatah la « révolte » n’est qu’une protestation contre l’incapacité du gouvernement à payer les salaires, suite aux sanctions américaines et israéliennes. Le Hamas, au contraire, a qualifié les désordres de tentative de coup d’état coup soutenues par la C.I.A, et visant à renverser le gouvernement démocratiquement élu en le remplaçant par les éléments corrompus du Fatah qui vendraient alors la cause palestinienne en échange de privilèges personnels et d’argent.

Alarmés par l’affrontement sanglant entre Palestiniens en plein mois du Ramadan, et particulièrement dans une période où l’armée d’occupation israélienne continue à assassiner et mutiler des Palestiniens tout en bombardant quotidiennement leurs maisons, Abbas et Haniyeh ont lancé un appel au calme. Abbas a exigé la fin des manifestations armées et a invité le gouvernement à retirer ses Forces Exécutives des rues.

Abbas a également insisté sur le fait qu’il ne laisserait jamais la guerre civile devenir une réalité, ajoutant qu’il reprendrait bientôt ses tentatives de former un gouvernement d’unité nationale avec le mouvement Hamas.

On avait cependant récemment vu Abbas traîner des pieds en ce qui concerne le gouvernement national d’unité, lequel donnerait l’espoir à beaucoup de Palestiniens que le blocus mené par les Etats-Unis pourrait être allégé.

Haniyeh a donné la réciproque, réclamant le calme et l’unité et disant qu’il était impensable que les Palestiniens se massacrent entre eux, particulièrement à un moment où l’armée israélienne envahi à nouveau le nord de la Bande de Gaza.

Les Palestiniens, cependant, ne sont pas vraiment rassurés par les déclarations d’Abbas et Haniyeh pour les raisons suivantes.

D’abord, Abbas n’a pas réellement le contrôle des deux forces affiliées au Fatah que sont les services de sécurités indisciplinés et les militants restés fidèles au Fatah. En effet, alors que les militants du Fatah incendiaient des bâtiments officiels dans Ramallah, la garde présidentielle d’Abbas observait les choses passivement.

En second lieu, les conditions économiques étouffantes dans les Territoires Occupés, provoquées par un embargo financier presque hermétique contre l’Autorité Palestinienne et aggravées par le refus israélien de rétrocéder les recettes fiscales palestiniennes s’élevant à presque $55 millions par mois, vont tôt ou tard contribuer conjointement à rendre la situation explosive. A présent des milliers de familles sont déjà au bord de la famine.

Troisièmement, il est maintenant reconnu qu’Abbas est sous la forte pression des Etats-Unis et de quelques gouvernements arabes pour qu’il soit très intransigeant vis-à-vis du Hamas, quitte, au besoin, à évincer l’intégralité du gouvernement tout en déclarant l’état d’urgence.

Alors qu’un tel scénario pourrait voir le jour dans d’autres états arabes, la plupart du temps autoritaires, il est cependant peu susceptible de fonctionner dans le contexte palestinien. En effet, la déclaration de l’état d’urgence exigerait une force de sécurité forte et disciplinée aussi bien qu’un degré de liberté d’action élevé : ni l’un ni l’autre n’existent dans les territoires sous occupation israélienne.

En outre, l’état d’urgence pourrait par la suite conduire à une sanglante épreuve de force dans Gaza où très probablement le Hamas dominerait le Fatah. L’épreuve de force entre le Fatah et Hamas a déjà inquiété les états arabes voisins, tels que l’Egypte et la Jordanie.

Dimanche dernier, le Président égyptien Hosni Mubarak a exprimé son inquiétude concernant ce qui se produisait dans les territoires occupés. « Comment pourrions-nous inviter la communauté internationale à nous aider à promouvoir la paix tout en étant questionnés sur ce qui se passe actuellement dans l’arène palestinienne ? Ces événements préparent-ils le terrain pour le rétablissement d’un processus de paix ? » a demandé Mubarak.

Mubarak, qui participait à un banquet iftar de Ramadan avec le roi jordanien Abdullah en visite, a invité les Palestiniens à stopper immédiatement leurs désaccords et à parler d’une seule voix. « Les Palestiniens devraient avoir une voix unique et montrer qu’il existe un partenaire palestinien pour négocier la création d’un état indépendant et légitime [simple reprise de la rhétorique sioniste - N .d.T]. »

Dans le même temps, la secrétaire d’état américaine Condoleezza Rice est arrivée au Caire mardi où elle a rencontré huit ministres des affaires étrangères arabes. Rice a discuté des moyens pour remettre en marche le processus moribond de paix. Quelques états arabes ont suggéré que les Etats-UNis abandonnent plutôt complètement la feuille de route et aillent directement à « la fin de la partie » en déclarant quel devrait être un accord final.

Israël, qui exerce une énorme influence sur la politique américaine, rejette énergiquement l’idée d’abandonner la feuille de route car cela forcerait le gouvernement d’Olmert, sérieusement affaibli par la guerre récente contre le Hizbullah, à faire face aux réalités de base du conflit israélo-arabe et aux questions sur les limites de son retrait des territoires occupés, le démantèlement des colonies, l’abandon de Jérusalem-est occupé ainsi que le règlement de la question de réfugiés -- un élément central, essentiel, de tout éventuel accord durable pour mettre fin au conflit.

Israël, et à un moindre degré les Etats-Unis, avanceraient comme argument que l’obstacle principal à un accord est le gouvernement du Hamas et son refus de reconnaître l’état israélien et de mettre fin à la résistance armée à ‘occupation israélienne. Cet argument, cependant, est ridicule et peut être écarté comme simple diversion. Israël a été intransigeant pendant presque 40 années dans son refus d’abandonner ses gains territoriaux de la guerre de 1967, dans le but évident de construire des colonies juives sur la terre arabe occupée.

Rice est aussi susceptible de discuter « de nouveaux moyens » pour renforcer Abbas et affaiblir le Hamas.

Quelques sources israéliennes ont anticipé le fait que Rice aiderait Abbas financièrement pour qu’il puisse gagner la confiance d’un plus grand nombre de Palestiniens qui prendraient ainsi leurs distances par rapport au Hamas, dans l’espoir que le Fatah pourrait revenir au pouvoir.

Cette tactique avait cependant déjà été employée lorsque les Etats-Unis avaient versé des millions de dollars pour financer la campagne électorale du Fatah en janvier 2006. Elle a échoué alors et échouera probablement une nouvelle fois.



Khaled Amayreh
6 octobre 006 - Al Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2006/815...


Traduction : Claude Zurbach

Sources : CCIPPP

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans CONNEXION ISRAEL USA

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