Pas une affaire intérieure palestinienne

Publié le par Adriana Evangelizt

Pas une affaire intérieure palestinienne

par Amira Hass

L’expérience a réussi : les Palestiniens s’entretuent. Ils font ce qu’on attendait d’eux à la fin de cette longue expérience, dont l’intitulé est : que se passe-t-il lorsque l’on emprisonne 1,3 million de personnes sur un territoire fermé, comme des poulets dans un poulailler moderne ?

Voici le protocole expérimental avec ses composants : on emprisonne (depuis 1991), on coupe les sources normales de revenus de ceux qui sont emprisonnés, on ferme hermétiquement presque toutes les ouvertures sur le monde extérieur, on ruine les sources de revenus existantes en ne permettant pas la mise sur le marché des produits ni l’entrée des matières premières, on empêche l’entrée régulière de médicaments et d’équipements pour hôpitaux, on ne laisse pas entrer d’aliments frais pendant des semaines et pendant des années, on interdit l’entrée de membres de la famille, de professionnels, d’amis, et on amène des milliers de personnes - malades, chefs de famille, professionnels, enfants - à être retenues, des semaines durant, derrière les portes fermées de l’unique entrée et sortie de la Bande de Gaza.

On pille des centaines de millions de dollars (frais de douane et taxes prélevées en Israël mais qui appartiennent au Trésor palestinien), entraînant ainsi pendant des mois la retenue du salaire déjà bien pauvre de la plupart des agents publics. On présente les tirs de roquettes Qassam, de fabrication artisanale, comme une menace stratégique à laquelle on ne mettra fin qu’en portant atteinte à des enfants, des femmes et de vieilles gens. On bombarde des quartiers d’habitation densément peuplés, en recourant à l’aviation et à l’artillerie. On écrase vergers, champs et potagers.

On envoie des avions semer la terreur avec leurs bangs supersoniques. On détruit la nouvelle centrale électrique et on contraint les habitants de la Bande de Gaza bouclée, à vivre la plupart du temps sans électricité depuis quatre mois - et cela devrait durer, dit-on, un an. Cela signifie un an sans réfrigérateurs, sans ventilation, sans lumière pour étudier et lire et sans télévision. On les contraint à se débrouiller sans approvisionnement régulier en eau, lequel dépend de la fourniture d’électricité.

C’est une vieille expérience israélienne : « Mettons-les dans une cocotte-minute et voyons ce qui se produira ». Et c’est une des raisons pour lesquelles il ne s’agit pas d’une affaire intérieure palestinienne.

La réussite de l’expérience s’illustre dans l’atmosphère de désespoir qui règne dans la Bande de Gaza, dans les querelles qui y éclatent presque chaque jour entre clans, davantage que dans les combats qui ont opposé hommes armés du Fatah et du Hamas. On ne peut que s’étonner de voir que les querelles ne soient pas plus fréquentes et que des liens de solidarité interne subsistent, sauvant les gens de la famine.

Contrairement aux querelles entre clans, les combats de dimanche à Gaza et les campagnes de destruction et d’intimidation, essentiellement dans les villes de Cisjordanie, n’étaient pas le fruit d’une perte de contrôle momentanée. Sans doute ces combats sont-ils perçus comme opposant deux milices qui représentent chacune une moitié de la population, mais ce sont quelques groupes du Fatah qui en ont pris l’initiative, pour planter encore quelques clous dans le cercueil des dirigeants élus.

Les forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne, autrement dit du Fatah, autrement dit encore celles dont Mahmoud Abbas a la responsabilité, s’abritent derrière la détresse et la plainte réelles des agents publics qui vivent sans salaire régulier. Et cela alors que tout le monde sait que si les salaires ne sont pas payés, ce n’est pas par un défaut de gestion mais avant tout du fait d’une politique israélienne. Ces forces sont dépêchées pour semer une anarchie organisée, comme elles ont appris à le faire à l’école de Yasser Arafat.

Pourquoi est-ce aussi l’affaire d’Israël ? Parce que ceux qui envoient ces hommes armés ont un intérêt commun avec Israël. Revenir en arrière, à une situation dans laquelle les dirigeants palestiniens collaborent à une apparence de négociation de paix, tandis qu’Israël poursuit son occupation et que les pays du monde versent l’argent du silence sous forme de salaires pour le secteur public palestinien.

Il y a une autre raison encore d’y voir une affaire intérieure israélienne : quel qu’en soit le résultat, les querelles des Palestiniens et le risque d’une guerre civile concernent directement 20% environ des citoyens israéliens, les Arabes d’Israël. Cela les concerne, ainsi que la part du public qui n’a pas oublié qu’Israël demeurera la puissance d’occupation et de contrôle sur les Palestiniens tant que ne sera pas concrétisé l’objectif de la création d’un Etat palestinien sur tout le territoire occupé en 1967.

Amira Hass est journaliste au quotidien israélien Ha’aretz. En 1993, elle devient à sa demande correspondante à Gaza où elle résidera pendant quatre ans. Elle vit maintenant à Ramallah où elle continue le même travail minutieux d’information des lecteurs de son journal.

Haaretz, 4 octobre 2006 - http://www.haaretz.co.il/hasite/spa...
Version anglaise : http://www.haaretz.com/hasen/spages...
(Traduction de l’hébreu : Michel Ghys)


Sources . CCIPPP

Posté  par Adriana Evangelizt




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