Interdit aux colons, pas l'Etat

Publié le par Adriana Evangelizt

Interdit aux colons, pas à l'Etat


Par Amira Hass

Haaretz, le 12 octobre 2006
article original :
"Forbidden to settlers, not the state"

 

Les Forces de Défense d'Israël et l'Administration Civile ont bien fait d'informer le public israélien à propos des mesures prises pour s'assurer que la récolte des olives se déroule comme il faut ; la saison a commencé la semaine dernière. Les oreilles israéliennes bien entraînées font vite pour localiser les matrices de cette récolte bien gardée : tout village qui pourrait servir de cible aux attaques des colons contre les fermiers palestiniens, leurs vergers et leurs récoltes.

En contraste à la protection militaire et policière limitée que les Palestiniens ont reçu ces deux dernières années, cette année, on s'attend à ce que cette protection soit particulièrement sérieuse et les FDI parlent de "récolter jusqu'à la dernière olive". Cela implique que les tentatives des colons pour attaquer ou intimider les récoltants seront évitées. Le Rabbin Arik Ascherman, le directeur des Rabbins pour les Droits de l'Homme, a l'impression que les FDI, du moins au niveau du commandement, sont déterminées à protéger les intérêts des récoltants et leur récolte.

Le harcèlement et les attaques par les colons, qui ont essayé de terrifier les villageois, existaient même avant 2000, mais se sont répandus après le début de la deuxième intifada. L'armée et la police s'avérèrent soit absentes, soient inutiles, soit indifférentes. Les commandants militaires avaient trouvé une échappatoire facile : Ils fermaient de vastes zones de terres agricoles à leurs propriétaires, les Palestiniens, comme moyen de "les protéger" contre les colons.

Les Rabbins pour les Droits de l'Homme (RHR) et autres organisations israéliennes de gauche, telles que le Ta'ayush Arab Jewish Partnership, avaient décidé dès 2002 d'accompagner les fermiers palestiniens, en dépit du risque que les colons les attaquent aussi. L'expérience riche des militants de RHR a fourni la base factuelle d'une pétition contre l'Etat et les forces de sécurité. Celle-ci fut soumise à la Haute Cour de Justice en 2004, par l'Association des Droits Civils d'Israël, conjointement avec ce groupe de rabbins dissidents et cinq villages palestiniens. Il a fallu deux ans à la cour pour qu'elle auditionne cette pétition, y compris les réponses, les ajouts et les corrections à cette pétition par l'Etat, examinant les assurances de l'Etat, les corrections des réponses, etc. Mais en juillet 2006, la cour a émis un jugement qui oblige les forces de sécurité à protéger les droits de propriété des Palestiniens et leur droit à cultiver leur terre. Les FDI, l'Administration Civile et la police sont désormais liées au jugement de la cour. C'est pourquoi celles-ci semblent à présent plus résolues que jamais dans leurs mises en garde aux colons.

De tous les assauts israéliens systématiques contre les fermiers palestiniens, ceux qui sont initiés et entrepris par les colons ont été accueillis par les campagnes de relations publiques négatives les plus réussies : Quelques personnalités bien connues ont signé pour assister une ou deux expéditions de récolte, annoncées à grand renfort de publicité ; des membres du Mouvement Kibboutz ont exprimé leur choc et accompagnent régulièrement les fermiers de certains villages ; et, il y a eu des éditoriaux sévères dans la presse. Mais ce qui est interdit aux colons est autorisé à l'Etat, au FDI et à l'Administration Civile, à grande échelle.

Machsom Watch, un autre groupe d'Israéliens dissidents, a accompagné les fermiers dans la partie nord de la Cisjordanie pendant leurs périples tourmentés vers leurs terres, qui leur sont fermées derrière la clôture de séparation et, en fait, dont ils ont été expropriés. Les femmes de MachsomWatch obtiennent des rapports de diverses portes de la clôture. L'Etat a promis à la Haute Cour qu'il permettrait aux fermiers de rejoindre leurs terres. Il a donc promis. Mais la plupart du temps, dans l'année, les portes ne s'ouvrent que deux fois par semaine. Par conséquent, les gens ont renoncé à essayer de faire pousser des légumes et du blé, ce qui demande une attention journalière, ou de laisser leurs moutons paître sur des pâturages non cultivés. Très souvent, les portes n'ouvrent pas aux heures prévues. Très souvent, les soldats n'acceptent pas les permis des habitants ou les confisquent pour divers prétextes. Les militantes de MachsomWatch passent de longues heures au téléphone, essayant de contacter les postes de commandement de l'armée pour vérifier pourquoi une porte n'a pas été ouverte à l'heure, pourquoi un permis a été confisqué, pourquoi une requête faite par deux femmes pour la permission de travailler sur la terre de leur famille a été refusée.

À présent que le temps des récoltes est venu, les portes doivent être ouvertes tous les jours, trois fois par jour. À la place de quelques douzaines de permis pour chaque village, ce sont des centaines qui sont distribués. Pourtant, il y en a beaucoup qui sont refusés, de façon arbitraire. Ces atteintes quotidiennes contre les Palestiniens ne font pas les gros titres de la presse.

L'institution de l'occupation israélienne impose constamment diverses formes de harcèlement aux Palestiniens qui se livrent à l'agriculture, l'une des fondations de la subsistance palestinienne. La clôture de séparation, qui emprisonne les terres de 42 villages derrière elle ; l'expansion continue des barrières de sécurité des colons ; l'expropriation de terres pour la construction de route d'accès et de routes de sécurité ; la destruction des puits ; la fermeture de diverses zones (y compris l'ensemble de la Vallée du Jourdain) pour des raisons militaires ; la fermeture de routes aux véhicules palestiniens ; les barrages routiers tous les quelques kilomètres ; le détournement des camions qui transportent ces productions vers des routes longues et mal pavées ; les files d'attente pendant des heures et des jours aux points de passage israéliens ; la fermeture des points de passage de Gaza pendant des mois, rendant par-là impossible pour les Gazéens de mettre leur production agricole sur le marché ; le découragement bureaucratique requis aux bases de l'Administration Civile pour obtenir un laisser-passer pour rejoindre leurs propres terres - ou pour ne rien obtenir du tout.

Toutes ces formes d'attaques par l'establishment, qui semblent être de plus en plus délibérées, expliquent pourquoi de plus en plus de terres agricoles palestiniennes semblent abandonnées, avec des sols non labourés et des fruits qui pourrissent sur les arbres. Cela explique aussi pourquoi on trouve sur les marchés palestiniens plus de produits israéliens que de produits palestiniens et pourquoi un très grand nombre de fermiers ont besoin de colis alimentaires.

Traduit par Jean-François Goulon

Sources QuestionsCritiques

Posté par Adriana Evangelizt


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