Palestine, Israël et la conscience planétaire

Publié le par Adriana Evangelizt

Palestine, Israël et la conscience planétaire

 


 par Tariq Ramadan





Il devient de plus en plus clair que le conflit israélo-palestinien est central pour la paix dans le monde et pour promouvoir une meilleure entente entre les sociétés musulmanes et l’Occident. Même le premier ministre britannique Tony Blair l’a relevé récemment sur al-Jazeera alors même qu’il s’exprimait sur la détérioration de la situation en Irak. Or, nous sommes aujourd’hui au bord de la guerre civile et l’annonce d’élections anticipées par la Président Mahmoud Abbas a provoqué une flambée de violence avec le refus catégorique des élus du Hamas et d’une partie de la population d’accepter cette solution. La situation est catastrophique et la paix est très éloignée.

On aurait pu espérer qu’avec la disparition de la scène politique de Sharon et d’Arafat, qui se connaissaient autant qu’ils se détestaient profondément, qu’une nouvelle page pourrait peut-être s’ouvrir et un processus de paix se mettre en marche. Ce ne fut pas le cas et les choses ont empiré. Ehud Olmert et Kadima n’ont pas changé d’un iota leur politique vis-à-vis de celle de Sharon et tout s’est passé comme s’il s’agissait de gagner du temps. Du côté palestinien, Mahmud Abbas, qui était l’interlocuteur attendu et voulu par Israël n’a rien obtenu pendant de longs mois et l’arrivée au pouvoir de Hamas l’a isolé puis isolé l’ensemble du peuple palestinien sur la scène internationale. La crise libanaise, la guerre puis les images des morts innocents du Sud Liban ont marqué une nouvelle fracture entre les peuples et les gouvernants et non seulement dans le monde arabe mais également en Occident où le silence des gouvernements n’a pas été compris. Pendant ce temps, à Gaza, la terreur continuait de régner les bavures se sont multipliés avec la mort de familles, de femmes et d’enfants. Il n’y a plus de processus de paix, plus rien n’avance dans la région et les Palestiniens asphyxiés sont au bord de l’implosion.

Il est l’heure de faire une évaluation critique de la situation. Le problème israélo-palestinien ne sera jamais la seule affaire deux peuples, de deux gouvernements. Nous sommes en face d’un conflit universel qui dans les perceptions comme dans les faits réunis toutes les dimensions du « clash des civilisations ». Dans la psyché global, Israël représente tout à la fois l’Occident, la culture judéo-chrétienne, le progrès et la démocratie alors que les Palestiniens représente l’Orient, la civilisation musulmane, la tradition et l’ordre autocratique et souvent corrompu. On peut faire semblant de ne pas prendre la mesure de ce conflit mais c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui et le fait qu’aucune solution ne soit visible à l’horizon est une annonce de futures conflits et de guerres, non une promesse de paix.

Il faut cesser d’entretenir de faux espoirs : quels que soient les dirigeants israéliens (du Likoud, de la gauche ou des religieux) ou palestiniens, (Mahmud Abbas, le Fatah ou le Hamas), la paix sera impossible si on laisse ces deux entités face à face. Avec l’ancienne autant qu’avec la nouvelle génération. L’histoire est trop chargée et les forces tout à fait inégales. On aimerait espérer que les Etats-Unis prennent urgemment conscience de leur rôle et comprennent enfin que leur soutien unilatéral, quasi aveugle, aux gouvernements successifs israéliens est une folie suicidaire qui, à terme, desservira clairement les intérêts de tous et notamment d’Israël dans la région. Le gouvernement américain s’est trompé en Iraq et continue à se méprendre profondément au cœur du conflit israélo-palestinien. Les présents conseillers et acteurs de l’administration Bush sont aveuglés par leur alliance avec Israël, et sauf à un changement total de cap, ils continueront à perdre tout crédit aux yeux des populations musulmanes. La grande puissance américaine ne pourra plus intervenir que par la force si elle continue à brûler toutes les cartes de sa diplomatie.

C’est peut-être du côté de l’Europe qu’il faut espérer un réalignement dans le conflit. La prise de conscience de la déroute en Iraq, la réaction des populations européennes aux massacres au Liban et enfin la détérioration de la situation à l’intérieur des territoires occupés va nécessairement avoir des conséquences sur les politiques des Etats européens. Sera-t-il possible à ces derniers de proposer autre chose, voire de forcer le gouvernement américain à revoir sa copie au Moyen-Orient ? C’est ce que personne ne peut déterminer pour l’heure mais il est clair que le rapport Baker parlant de l’Iran et de la Syrie comme élément de la solution est un potentiel repositionnement américain qui a été entendu et compris en Europe. Il est urgent que les pays européens interviennent dans le débat et proposent autre chose qu’un soutien mou aux « modérés » de la région qui n’ont aucune carte en main et qui ne pourront de toute façon rien faire sans leur engagement déterminé.

Il n’y aura pas de solutions au Moyen-Orient sans engagement plus conséquent de la communauté internationale et particulièrement de l’Europe. Ni les nouveaux leaders directement impliqués, ni les Etats arabes ne pourront faire avancer le processus de paix. Revenir aux accords internationaux et les faire respecter, libérer les territoires occupés de toute présence israélienne et faire cesser la construction du mur jugée illégal par les instances internationales avec l’impérative contrepartie de la cessation, du côté palestinien, des attentats et les attaques contre les villes et les civils, voilà le cadre auquel il faut revenir au plus vite. Il appartient à la communauté internationale de comprendre qu’elle est un acteur incontournable que ses représentants doivent prendre langue avec toutes les parties avec une vision claire et équilibrée. Elle parviendra à ses fins si, et seulement si, elle propose une démarche équilibrée et raisonnable. Dans le cas contraire ses interventions comme ses silences sont contreproductifs. Tous les mouvements de résistance - quels qu’ils soient du Fatah, du Hezbollah, du Hamas voire des produits de la rhétorique d’al-Qaïda - gagneront en force et en légitimité sur le terrain dans le vide laissé par les instances internationales et le silence apparenté à une carte blanche offerte à la superpuissance régionale qu’est en fait Israël.

Que l’on parle de soutien financier, de commerce d’armes, de la possession de l’arme nucléaire et des exigences de paix, tout se passe comme si Israël obtenait des passe-droits que les Etats arabes, perses ou palestiniens n’acquerront jamais. Les Palestiniens ne sont point dupes et ils n’écouteront pas les voix qui voudraient leur faire croire que la solution devra se trouver au gré de discussions directes avec l’ennemi du jour. Ils savent ce qui se passent derrière la scène et si les Européens et les Américains continuent à tromper et à se tromper de derrière ladite scène, il y a fort à parier qu’il n’y aura pas de paix au Proche-Orient, autrement dit pas de paix dans le monde. Ces cinq dernières années nous ont appris que, bon gré mal gré, tout est connecté : notre silence complice face à la souffrance au Moyen-Orient nous apportera par voie de conséquence directe l’insécurité dans notre quotidien. Notre silence est l’allié objectif de leur violence autant que leurs morts accompagnent nos nouvelles peurs quant à notre sécurité. Dans l’aventure chacun de nous y perd quelque chose : au pire la vie, au minimum la liberté.

Sources
Tariq Ramadan

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans palestine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
Dans le texte ci-dessous Monsieur Tariq Ramadan en appel à la "communauté internationale" pour soi-disant régler dans "l'honneur et la justice" l'agression et l'occupation israélienne de la Palestine qu'il appelle pudiquement le «conflit israélo-palestinien».<br /> <br /> Deux illusions, sinon deux mystifications complices, enrobent cet appel creux pour la paix au Proche-Orient.<br /> <br /> La première, la mystification d'une soi-disant «communauté internationale» libre, objective, au-dessus des parties et hors des conflits entre puissances impérialistes et des classes au pouvoir qui gèrent ces puissances qui s'affrontent et supportent chacune leurs factions (mais jamais les peuples ou leurs organisations) ça n'exite pas.<br /> <br /> Deuxième mystification et cela comme le font les États-Unis et leurs alliés, notamment israël, renvoyer dos à dos le colonisateur et le colonisé, tous deux coupables «de violences» alors que l'un par son occupation engendre la juste résistance de l'autre, et ne pas stigmatiser l'occupation, la colonisation, l'exploitation comme la source mère de toutes les violences dans cette région spécifique du globe, c'est faire le jeu du colonisateur et c'est mystifier les gens sur les causes et les solutions qui doivent être apportées à l'occupation israélienne et impérialiste de la Palestine historique. <br /> <br /> Les deux illusions ou mystifications véhiculées par M. Ramadan se complètent et sont la source de la confusion extrême qui entrave la lutte de libération nationale du peuple Palestinien et de la lutte anti-impérialiste que doit mener la classe ouvrière et l'ensemble du peuple israélien en appui au peuple Palestinien.<br /> <br /> Voilà ce qui sera la source d'un règlement du «conflit israélo-palestinien» et la base d'une paix juste au Proche-Orient, ce qui, n'en déplaise à Monsieur Ramadan, ne sera pas pour autant la source de la résolution de tous les conflits dans le monde ou la fin de la thèse raciste qui voudrait opposer le monde «Occidental» et le monde «Musulman» comme il se plaît à l'écrire. La paix dans le monde ne passe pas uniquement par la paix au Proche-Orient, la chose est encore plus complexe. <br /> <br /> RB. <br />
Répondre