Grâce à une colonisation ciblée, Israël étend son emprise sur Jérusalem-Est

Publié le par Adriana Evangelizt

 Encore un article éloquent sur le mépris total des colons vis-à-vis des Palestiniens. Ils sont en train de s'emparer de tout Jérusalem-Est et l'argent vient des Etats-Unis. Bien sûr, ceux qui financent les vols et les crimes ne vivent pas en Palestine, c'est certain. Ni en Israël d'ailleurs. Ils sont bien planqués ailleurs.

 

Grâce à une colonisation ciblée, Israël étend son emprise

sur Jérusalem-Est

 

par PATRICK SAINT-PAUL

 

L'organisation Ateret Cohanim est vouée au rachat des maisons palestiniennes en faveur des colons juifs.

 
SOUS les airs paisibles de la vieille ville se joue le sort de la bataille pour judaïser Jérusalem. Depuis sa création en 1978, Ateret Cohanim, une organisation juive s'étant fixé pour mission de coloniser Jérusalem-Est, a fait l'acquisition de plusieurs dizaines de maisons dans la partie arabe de la vieille ville. Elle y a installé environ 200 familles de colons juifs et des yeshivas, les écoles d'étude de la Torah. « Il n'y a que deux sortes de maisons dans la vieille ville de Jérusalem, lance très sérieusement Daniel Louria, directeur d'Ateret Cohanim. Les maisons juives et celles qui vont le devenir. »
 
Quelque 800 colons y cohabitent tant bien que mal avec leurs voisins palestiniens. Ils se sont construit une véritable cité fortifiée, protégée par des barbelés, sur les toits de la vieille ville. Les enfants juifs y jouent dans des bacs à sable et des toboggans, d'où ils peuvent observer l'agitation des ruelles commerçantes en contrebas, à travers des grilles d'aération. Yuval habite l'appartement voisin de celui qu'a acquis l'ancien premier ministre Ariel Sharon dans les années 1980. Il reste toujours sur ses gardes. « Avec nos voisins arabes, les Qawasmeh, ce n'est pas l'amour fou, explique Yuval. L'important, c'est qu'ils comprennent qu'ils sont ici chez nous. Nous gardons toujours un oeil sur eux. »
 
Haute trahison
 
Une centaine de yeshivas reçoivent chaque jour leurs étudiants vêtus de noir, qui empruntent les ruelles étroites du souk au pas de course, pour aller étudier la Torah au plus près de l'esplanade des Mosquées. Ateret Yerushalayim, la plus importante de ces yeshivas, loge 160 étudiants pensionnaires. « Pour construire les yeshivas, nous ciblons les bâtiments les plus proches du mur des Lamentations », confie Daniel Louria.
 
Vendre une maison arabe à un Juif est considéré comme un acte de haute trahison par l'Autorité palestinienne. Cela n'empêche pas Ateret Cohanim de mettre la main légalement sur les propriétés des Arabes. Les transactions se font dans la plus grande discrétion. « Évidemment, la plupart du temps, nous utilisons un homme de paille arabe, explique Louria. J'offre 20 000 dollars de commission à Moustapha, pour acheter la maison de Mahmoud. Après la transaction, il nous remet les titres de propriété. Parfois, je vais voir directement Mahmoud et je lui dis : tu veux ouvrir un hôtel à Manhattan, envoyer tes enfants à l'Université Columbia ? On peut t'aider, si tu vends. »
 
L'essentiel des fonds utilisés pour acheter des maisons dans la vieille ville est envoyé par de riches donateurs, pour la plupart installés aux États-Unis. Le plus célèbre est le milliardaire américain Irving Moskowitz, qui possède plusieurs immeubles à Jérusalem-Est. Les « donateurs » restent le plus souvent propriétaires en titre des maisons achetées par l'intermédiaire d'Ateret Cohanim, mais ils s'engagent à louer les lieux à des colons sélectionnés par l'organisation à un tarif préférentiel.
 
Ateret Cohanim connaît l'histoire de chaque maison dans la vieille ville. Ainsi que l'histoire de chaque famille palestinienne, pour exploiter la moindre faiblesse. Daniel Louria a appris le cadastre par coeur. Rien ne le contrarie davantage que d'évoquer les nombreuses propriétés de l'Église grecque orthodoxe dans la vieille ville. Il n'ira cependant pas jusqu'à avouer qu'Ateret Cohanim a fait l'acquisition des hôtels Impérial et Petra, situés porte de Jaffa et dont la vente par le patriarche grec orthodoxe, il y a deux ans, avait fait grand bruit. « Je peux juste vous dire que les bâtiments sont entre les mains de propriétaires juifs », lâche-t-il tout sourire.
 
La politique de la tache d'huile
 
Les colons bénéficient aussi de l'aide des autorités israéliennes. Quelque 300 caméras et 120 gardes assurent jour et nuit la sécurité des habitants juifs de la vieille ville, aux frais du gouvernement. Cependant, Ateret Cohanim estime que la meilleure garantie de sécurité est d'augmenter le nombre de Juifs vivant dans la vieille ville.
 
La mairie de Jérusalem soutient les colons. « Normalement, il est interdit de construire dans la vieille ville, mais le conseil municipal vient d'approuver la construction d'un ensemble de logements pour les colons, affirme Meir Margalit, du Comité israélien contre les destructions de maisons. La municipalité a changé le plan d'occupation des sols pour eux. Depuis 1967, environ 14 000 structures ont été détruites dans la vieille ville. Mais les bulldozers ne viennent jamais pour les maisons des colons, même lorsqu'elles sont illégales. »
 
Ateret Cohanim pratique la politique de la tache d'huile. Les colons s'installent dans des maisons éparpillées dans le quartier arabe, puis s'étendent en prenant peu à peu possession de tout un immeuble, puis d'appartements dans les bâtiments voisins. « Les taches d'huile vont s'étendre, puis se rejoindre entre elles, explique Louria. Pour l'instant, les Juifs ne sont que 3 800 dans la vieille ville sur 32 000 habitants. Mais, grâce à nous, il n'est déjà plus question de restituer la vieille ville aux Arabes. »
 
Épaulée par deux autres organisations de colons religieux, Ateret Cohanim étend aussi ses activités en dehors des murailles de la vieille ville. Ces organisations installent des familles juives dans des complexes fortifiés situés dans les quartiers arabes, de façon à pouvoir un jour relier entre elles toutes les colonies qui ceinturent la partie orientale de la ville. Confiscations, récupérations d'anciens biens juifs... presque tous les coups sont permis. « Le mur construit par le gouvernement autour de Jérusalem nous aide beaucoup, parce qu'il rend la vie impossible aux Arabes qui quittent la ville, confie Daniel Louria. Mais, parfois, on abat les murs, comme à Berlin. Alors nous mettons en place un bouclier d'implantations autour de Jérusalem, pour protéger les Juifs. »

Sources Le Figaro

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

Publié dans JERUSALEM

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