«Histoires simples» de Palestine

Publié le par Adriana Evangelizt

«Histoires simples» de Palestine

Par éDOUARD WAINTROP



Photographie. L’exposition de Raed Bawayah est l’une des plus frappantes du festival de Perpignan.

C’est une des révélations de cette édition 2007 de Visa pour l’image. Il s’appelle Raed Bawayah, il a 36 ans, et a choisi de photographier sa société, la société palestinienne. «Je pense que la photo est là pour montrer des gens aux gens. Pour leur raconter des histoires simples de personnes qui leur ressemblent.» En 2002 il commence son travail par son village d’origine, Qutunna, près de Ramalah. Où il s’aperçoit que, depuis qu’il l’a quitté, bien des années auparavant, rien n’a évolué. La même fatalité devant la misère dans les yeux des vieillards et des enfants.
La méthode Bawayah consiste à exposer la question palestinienne à la lumière de microphénomènes de société. Par exemple, le sort de ces ouvriers illégaux qui partent travailler dans le bâtiment à Tel-Aviv, au nez et à la barbe de la police d’Israël ? Deux ou trois mois à survivre entre le chantier, où ils sont aussi mal payés que considérés, et le bunker souterrain où ils dormiront, loin des leurs.
Matricule.  Raed Bawayah a montré ces photos en Israël, dans une exposition, avec le matricule qui lui permet, lui aussi, de passer parfois la frontière. On lui a reproché de faire une analogie avec les camps de concentration. Il n’y pensait pas ; la mauvaise conscience a fait son travail. «Je souhaitais juste montrer la réalité quotidienne des ouvriers palestiniens qui travaillent illégalement en Israël. Pour poser des questions. Par exemple : qui décide de ce qui est légal ou pas ? C’est une situation que j’ai moi-même expérimentée pendant des années.»
Bawayah était encore petit quand son père est mort, laissant sa mère seule avec neuf enfants. «Il nous a fallu survivre dans une pauvreté extrême. J’ai vite délaissé l’école pour aller travailler comme maçon en Israël. A partir de la première guerre du Golfe, quand la législation sur l’entrée des Palestiniens dans ce pays a été renforcée, j’allais là-bas sans permis. Je n’avais pas le choix.»
«Reproche».  En 2000, les frères et sœurs ayant grandi, Raed décide d’apprendre le métier qui l’attirait depuis toujours : photographe. Il entre dans une école israélienne, à Jérusalem-Ouest. Tout va bien jusqu’à l’époque de la deuxième Intifadah. «Après l’entrée de Sharon sur l’esplanade des mosquées, il y a eu des attentats presque quotidiens au centre de Jérusalem, souvent à deux pas de l’école. Chaque fois qu’un bus était frappé, qu’il y avait des morts, je voyais dans le regard de mes collègues israéliens comme un reproche. Pour eux, je ne pouvais être tout à fait innocent.»
Encore une fois la législation sur le passage des Arabes des territoires à Jérusalem se durcit. Bawayah n’a bientôt plus le droit de retourner en cours. Il continue pourtant, en toute illégalité. Il finit par se faire prendre. Prison et perte du droit d’entrée en territoire israélien. Par chance, il venait de finir son cursus. Il commence alors à exposer, en Palestine, en Israël, en Europe.
En 2005, il va à Bethléem, en Cisjordanie, faire un reportage dans un asile d’aliénés. «Un ancien interné m’avait décrit les lieux et leur inadaptation. J’ai voulu, face aux patients, poser une question à ma société, la société palestinienne : Qui est normal ? Qui le décide ?»
Dans le texte qui présente cette partie de l’exposition, Agnès de Gouvion Saint-Cyr compare la rudesse de ce voyage au reportage mythique de Depardon sur l’asile vénitien de San Clemente. Mais le travail de Raed Bawayah montre aussi qu’il y a d’autres images possibles du peuple palestinien, que celles, sanglantes, qui font le tour du monde à chaque attentat ou règlement de comptes politico-religieux.
Sources Libération
Posté par Adriana Evangelizt


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