Israël exproprie des Palestiniens pour une route controversée

Publié le par Adriana Evangelizt

Israël exproprie des Palestiniens pour une route controversée

par Mali Ilse Paquin

Un nouveau projet de route réservée exclusivement aux Palestiniens leur inspire de la méfiance. Ils accusent le gouvernement israélien de vouloir les refouler hors du Grand Jérusalem pour poursuivre la colonisation juive de cette zone extrêmement sensible. Un scénario qui mettrait en péril l'idée d'un État palestinien indépendant, avertissent les organismes humanitaires.

Hussain Halaseh et sa famille vivent de la culture d'olives, de lentilles et d'orge. Leur colline rocailleuse leur donne tout juste de quoi survivre. C'est le cas de la plupart des villageois palestiniens d'Al-Sawahra, bourgade ceinturée par Jérusalem à l'ouest et la colonie juive de Maalé Adoumim à l'est.

Leurs oliveraies seront toutefois bientôt remplacées par du béton. L'armée israélienne a confisqué 1100 km2 appartenant à quatre villages arabes en septembre dernier. Ce territoire fera place à une autoroute reliant Jérusalem-Est et Jéricho. Elle traversera la Cisjordanie d'est en ouest. Et les quelques lopins de terres de la famille Halaseh.

«De quoi allons nous vivre? demande Hussain, ancien journaliste au chômage. Notre vie deviendra un enfer.»

La route aura des conséquences graves non seulement pour Hussain mais pour tous les Palestiniens de la Cisjordanie, avertissent des travailleurs humanitaires.

Selon eux, elle ouvre la voie à l'expansion de Maalé Adoumim, la plus importante colonie juive située dans les territoires palestiniens, à l'est de Jérusalem.

Car cette route sera réservée aux Palestiniens. Elle contournera le bloc de Maalé Adoumim par le sud, y compris un territoire vierge de quelques kilomètres carrés, coincé entre Jérusalem-Est et la colonie de 36 000 habitants.

Cette zone, appelé le secteur E1, est une pomme de discorde depuis quelques années entre l'Autorité palestinienne et le gouvernement israélien. Ce dernier aimerait y voir sortir de terre 3500 maisons et un immense parc industriel.

«Inquiets»

Alors que le gouvernement israélien soutient que la nouvelle route facilitera le transport des Palestiniens, ceux-ci y voient un symbole de ségrégation. Ils seront bientôt interdits de circulation de la grande région de Jérusalem, incluant Maalé Adoumim, croit Adnan Husseini, conseiller du président Mahmoud Abbas.

«L'État israélien tente de chasser les Palestiniens du secteur de Jérusalem. Nous sommes très inquiets», dit-il en entrevue téléphonique.

L'expansion de Maalé Adoumim couperait pratiquement la Cisjordanie en deux par un corridor urbain de colonies juives. Et isolerait Jérusalem-Est, la partie arabe de la ville, alors que les Palestiniens tiennent mordicus à ce qu'elle devienne leur future capitale.

Un État palestinien viable serait alors impossible, croit Karine MacAllister de l'oeuvre humanitaire Badil.

«Un pays a besoin d'une contiguïté territoriale pour fonctionner, dit celle qui suit le dossier. Divisée en deux, la Palestine serait morte vivante.»

Israël dément

Condoleezza Rice a demandé des éclaircissements à Israël face à ces expropriations. La secrétaire d'État américaine prépare une rencontre internationale qui relancerait le processus de paix israélo-palestinien en novembre.

Le gouvernement israélien nie tout projet de colonisation.

«Ces terres serviront à construire des routes et à achever la barrière de sécurité autour de Jérusalem. Elle n'a rien à voir avec une expansion de Maalé Adoumim», a répondu Miri Eisin, porte-parole du premier ministre Ehoud Olmert.

De son côté, le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que cette confiscation entravait les pourparlers de paix.

À la demande des États-Unis, le gouvernement israélien a mis sur la glace le projet d'élargissement de Maalé Adoumim en 2005.

Pourtant, toutes les infrastructures de base sont prêtes pour accueillir de nouveaux colons dans la zone E1. Le système de distribution d'eau est déjà fonctionnel. Une station de police de quatre étages a été construite plus tôt cette année.

«Catastrophique»

Avec ses rangées de maisons aux toits rouges, ses palmiers et ses centres commerciaux immaculés, Maalé Adoumim, fondée en 1976, a tout d'une banlieue chic. Le maire Benni Kashriel est impatient de s'emparer des quelques kilomètres qui la séparent de Jérusalem.

«Nous avons besoin de ce territoire, dit-il en pointant une carte sur son bureau de pin. Dans deux ou trois ans, nous n'aurons plus d'espace pour construire.»

Interrogé sur le tracé de la nouvelle route, il lève les yeux au ciel. «Les Palestiniens se plaignent tout le temps, répond-il. Cette route leur évitera de traverser des postes de contrôle.»

Les autorités israéliennes ont promis des compensations financières aux 150 familles arabes du village d'Al-Sawahra touchées par le projet. Toutefois, le maire Mohamed Qassem ne veut rien entendre. L'impact sur l'économie du village, qui dépend de son agriculture, sera catastrophique, prévient-il.

«Cette artère agira comme un mur. Les fermiers seront coupés de leurs champs», dit-il. «Et pourquoi nous offrir une route que nous n'avons jamais demandée?», ajoute-t-il.

Sources Cyberpresse

Posté par Adriana Evangelizt





Publié dans JERUSALEM

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