Elbaradei - Est-ce la fin d’un rêve ?

Publié le par Adriana Evangelizt

Elbaradei. Ses déplacements fréquents soulèvent de nombreuses critiques émanant principalement de ses supporters immédiats. Formée autour de lui, l’Association nationale pour le changement résiste à un effritement prématuré.

 

 

 

 

 

Est-ce la fin d’un rêve ?

 

 

 

par Sherif Albert

 

 

 

 

A peine quatre mois après sa formation autour de l’ancien patron de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), Mohamad ElBaradei, l’Association nationale pour le changement présente déjà les prémices d’une dislocation précoce.

 

La semaine dernière, deux « dirigeants » de cette coalition d’opposition qui prône le changement ont annoncé leur démission. Il s’agit de son « coordinateur », le professeur de sciences politiques Hassan Nafea, et de son « porte-parole », le célèbre présentateur de télé Hamdi Qandil. Le premier protestant contre les « absences prolongées » de Baradei, et le deuxième contre ses positions qui manquent de « fermeté ».

 

Bien que les deux hommes soient revenus sur leur décision suite à des réunions et des discussions intenses entre les dirigeants de l’Association, le mal est déjà fait. Chez les activistes de l’avant-garde, la langue de bois dissimule mal une désillusion évidente. « Dieu merci, tout va bien, M. ElBaradei fait partie intégrante du mouvement vers le changement. Tout ce qu’on raconte à propos de dissensions au sein du mouvement est un mensonge », affirme Yéhia Al-Gamal, ancien juriste et membre fondateur de l’Association. Le ton devient moins affirmatif en expliquant l’impact que pourrait avoir l’absence physique d’ElBaradei. « Nous ne sommes pas très contents de ses déplacements à l’étranger, mais on ne peut pas faire pression sur lui et lui demander de laisser tomber ses obligations », explique-t-il. « Dans tous les cas, le mouvement vers le changement est un mouvement populaire et ne dépend pas d’une seule personne », ajoute Al-Gamal.

 

Accueilli il y a quelques mois à l’aéroport du Caire par une foule de jeunes opposants au pouvoir, ElBaradei, qui venait de quitter ses fonctions à la tête de l’AIEA, s’est imposé en tant que figure symbolique du changement. Il a fait nourrir les espoirs en affirmant être prêt à disputer les prochaines élections présidentielles prévues en 2011 sous certaines conditions. Mais pour ce faire, ElBaradei revendique des amendements constitutionnels ouvrant la voie aux candidats indépendants. Il a lancé une campagne visant à collecter des signatures de simples citoyens afin de faire pression sur le régime. Mais au fur et à mesure, ses supporters se sont rendu compte que les conditions qu’il posait pour annoncer sa candidature ne seront jamais réalisées. De plus, ses voyages répétés à l’étranger ont valu à ses supporters l’appellation narquoise de « militants virtuels ».

 

ElBaradei a expliqué à ses détracteurs que son statut d’ancien fonctionnaire international et de prix Nobel de la Paix l’obligeait à honorer certaines obligations à l’étranger, dont — visiblement — il n’avait pas l’intention de se décharger.

 

Si les dirigeants de l’Association pour le changement ont retiré leur « démission », une importante évolution de la philosophie de ce tout récent mouvement aurait eu lieu au cours de cette dernière semaine. « Les choses commencent à devenir claires, et nous avons jugé important de souligner la différence entre, d’un côté, la campagne populaire soutenant la candidature d’ElBaradei aux élections présidentielles, et de l’autre côté, l’Association nationale pour le changement. Il était temps d’éclaircir cette confusion », explique Amin Iskandar, membre fondateur de l’Association et militant nassérien. Pourtant, ladite « confusion » était assez légitime : l’Association a pris forme autour d’ElBaradei, et la décision de la créer a été prise lors d’une rencontre que ce dernier a organisée chez lui et qui a regroupé 35 personnalités publiques. « C’est vrai. l’Association s’était identifiée avec ElBaradei, mais nous n’avons pas tardé à constater que ce dernier devient inaccessible, même son entourage immédiat a du mal à le joindre », note Iskandar. Inaccessible, au double sens du terme : « Les partisans de Baradei s’occupent à collecter des signatures sans savoir trop ce qu’ils ont l’intention d’en faire. Quels sont ses plans ? Et ses alternatives en cas d’échec ? Est-ce qu’il sera candidat ? », ajoute-t-il. Lors de leur dernière réunion tenue jeudi dernier, les membres de l’Association nationale pour le changement ont donc décidé de rompre les liens avec ElBaradei. En d’autres termes, les démissionnaires resteront, mais c’est plutôt ce dernier qui s’en va, même si cela n’est pas dit explicitement. « Nous continuerons à travailler. Si notre chemin se croise avec celui d’ElBaradei, tant mieux », résume Iskandar.

 

Evaluant le « phénomène Baradei », Diaa Rachwane du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, estime que celui-ci a commis l’erreur de se placer au-dessus des courants politiques bien enracinés dans le pays. « Compter sur la configuration du Parlement pour estimer le poids des diverses forces politiques est une erreur fatale », souligne Rachwane.

 

Dès ses premières déclarations publiques, ElBaradei s’était mis à dos les partis de l’opposition qu’il a accusés de « jouer le jeu du régime ». Depuis, l’échange de critiques s’est poursuivi entre ElBaradei et les partis politiques, ce qui a pesé sur les efforts de créer des dénominateurs communs entre les opposants.

Sa deuxième erreur aura été de brûler les étapes en visant directement la présidence « alors qu’il pouvait commencer par militer contre la prolongation de l’état d’urgence, ou par disputer les élections législatives ». En tout état de cause, le phénomène ElBaradei (aussi éphémère soit-il) a eu un effet positif sur la vie politique. Ne serait-ce que pour « avoir démontré que des alternatives existent en dehors de celles proposées par le régime », note le politologue Rachwane. C’est déjà un avantage.

 

Sources Al-Ahram

 

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Israel-EGYPTE-Soudan

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