Les réseaux terroristes israéliens au Liban - 1ère partie
Les réseaux terroristes israéliens au Liban
1ère partie
Cet article est la seconde partie de
La longue route d’Israël vers la guerre de Juillet
(seconde partie)
par Jürgen Cain Külbel*
Jürgen Cain Külbel
Ancien enquêteur de la police criminelle de RDA (1974-1988), Jürgen Cain Külbel est journaliste indépendant et écrivain.
Présentée par la quasi-totalité des médias occidentaux comme une réaction à la capture de deux soldats, la guerre menée par Israël contre le Liban est le fruit d’une longue préparation qui trouve ses racines dans le coeur même du projet néoconservateur pour le Proche-Orient. Dans un long article dont nous publions aujourd’hui la seconde partie, Jürgen Cain Külbel, décrit la préparation sur le terrain de l’attaque israélienne et notamment les actions terroristes orchestrées par l’État sioniste.
Mais revenons en arrière, un an plus tôt pour être précis. L’assassinat spectaculaire de Hariri, le 14 février 2005 et la « révolution des cèdres » qui s’ensuivit eurent pour conséquence de provoquer - une fois versées les inévitables larmes de crocodile - l’euphorie des dirigeants « démocrates » occidentaux. En effet ces évènements leur faisaient espérer un effet domino : dans la foulée de la démocratisation du Liban, les masses populaires se soulèveraient à Damas et à Téhéran et renverseraient successivement les régimes syriens et iraniens. Ces messieurs-dames de « l’Internationale démocratique » voyaient déjà se profiler à l’horizon « le nouveau Proche-Orient. »
À vrai dire le diktat permanent - et pressant - de l’administration Bush junior exigeant la soumission « démocratique » du Proche et Moyen-Orient reçut un premier camouflet dès les premières élections « libres et démocratiques » au pays du Cèdre. Le 19 juin 2005, après quatre tours, le résultat des élections n’était pas tout à fait du goût des pouvoirs en place à Washington et Tel-Aviv, malgré la victoire de l’opposition pro états-unienne et antisyrienne. Au grand dam d’Israël et du grand frère états-unien le Hezbollah « prosyrien », à la fois parti politique et milice armée, remporta avec son allié, le parti chiite « Amal » 35 sièges de députés sur 128 au Parlement libanais - un succès confortable.
Tant pour les empereurs romains de Washington et leurs projets de mise en coupe réglée du Proche et Moyen-Orient au profit de leurs intérêts politiques et économiques, que pour les dirigeants de Tel-Aviv, qui rêvent d’une balkanisation de la région sous l’hégémonie d’un Grand Israël, le Hezbollah, un parti politique qui défend le pluralisme, la démocratie ainsi que la mise en œuvre de réformes économiques et politiques, constitue, une épine dans le pied - voire pire.
Encouragé par son succès aux élections, le parti chiite alla même jusqu’à réclamer, lors de la formation du nouveau gouvernement libanais, le portefeuille des Affaires étrangères. Aussitôt on sonna le tocsin à Washington, le secrétariat d’État dépêcha sa chargée de mission pour le Proche-Orient, Elisabeth Dipple, qui s’envola pour Beyrouth où elle provoqua la chute du premier cabinet Siniora. Les chiites refusant de lâcher le morceau, elle dut intervenir de nouveau peu de temps après et menacer : « Il sera difficile pour les États-Unis de négocier avec un ministre des Affaires étrangères proche du Hezbollah. ». Le président Bush et le président français Chirac exigèrent alors l’application de la résolution 1559 de l’ONU qui a conduit au retrait des troupes syriennes hors du Liban mais prévoit également le désarmement du Hezbollah. C’est seulement quand cette résolution serait intégralement appliquée, affirma Chirac, que « la communauté chiite pourra pleinement prendre part à la vie politique, économique et sociale du Liban. ». [1]
Si les choses s’étaient déroulées selon les désirs des dirigeants du « Pays béni de Dieu » , de la « Terre Sainte » ainsi que de la « Forteresse Europe », le Hezbollah aurait été désarmée depuis longtemps. En effet il a été mis au ban des nations par les États-Unis qui l’accusent d’être une « organisation terroriste », d’être responsable de l’attentat contre le quartier général des US Marines à l’aéroport de Beyrouth (qui fit 242 morts en 1983), l’auteur de nombreux enlèvements et de prôner l’éradication d’Israël. Quand le bruit courut à Beyrouth que le député « prosyrien » Nabih Berri, leader du parti chiite « Amal » - et président du Parlement libanais depuis 1992 - serait maintenu à son poste, le voisin du Sud vit rouge. Le soir même l’opinion internationale fut informée par une porte-parole de l’armée israélienne que les Syriens avaient ouvert le feu sur les soldats israéliens stationnés sur les hauteurs du Golan au sud de la ville de Qunaytra. Personne n’ayant été touché, « les forces israéliennes avaient renoncé à riposter, pour éviter l’escalade. »
Israël qui, au cours de la guerre des Six Jours en 1967 avait occupé - en violation du droit international- les hauteurs du Golan, déposa aussitôt une note de protestation auprès des troupes onusiennes de maintien de la paix qui surveillent depuis 1973 l’application du cessez-le-feu entre les deux pays. Le jour même un représentant du gouvernement syrien démolit l’affirmation des Israéliens : « C’est un mensonge. Quelques jeunes gens ont tiré des fusées de feu d’artifice pour célébrer l’anniversaire de la libération de Qunaytra et de la fin de l’occupation israélienne. ». De fait les Israéliens s’étaient retirés de cette région en juin 1974, après avoir rasé la ville et environ 122 villages syriens.
Cet incident sur les hauteurs du Golan coïncidait avec la livraison par la Russie à la Syrie, pour plusieurs centaines de millions de dollars, de missiles russes sol-air dernier modèle destinés à combattre les hélicoptères et les avions volant à basse altitude. La transaction était motivée par des attaques répétées de l’armée de l’air israélienne contre de prétendues « cibles terroristes » situées en territoire syrien et le survol en 2004 du palais présidentiel syrien par des avions militaires israéliens. Israël et les États-Unis avaient vainement protesté contre cette transaction et le général Shakedi, commandant de l’armée de l’air israélienne, redoutait que ces missiles, qui peuvent être tirés depuis l’épaule, ne soient en fin de compte mis à la disposition du Hezbollah libanais ou « d’organisations terroristes » opérant en Irak.
Lorsque, fin juin 2005, la forteresse de béton hyper-armée qu’est devenu Israël a fait manœuvrer ses blindés et menacé de lancer une opération militaire d’envergure contre Gaza si les organisations palestiniennes du Hamas et du Jihad islamique maintenaient leurs attaques contre Israël, le Hezbollah redevint à nouveau la cible privilégiée de ceux, aux États-Unis et en Israël qui rêvent d’une conversion démocratique forcée pour les pays arabes de la région. Selon eux, cette milice, formée jadis pour « libérer Jérusalem » constitue sans nul doute la principale menace pour la stabilité au Moyen-Orient. Les services secrets israéliens prétendirent même que « la Syrie avait donné au Hezbollah et à ses alliés palestiniens le feu vert pour attaquer Israël à partir du Liban. » En conséquence le Hezbollah portait la responsabilité de la plupart des attaques lancées à partir de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, étant donné qu’il faisait passer des armes des munitions dans Gaza à partir du Liban et recrutait des auteurs d’attentats.
De fait l’émergence du « Parti de Dieu » est une conséquence directe de l’invasion du Liban par l’État sioniste. Le prétexte à l’attaque du Liban en 1982 fut en effet la légende selon laquelle les commanditaires de l’attentat contre l’ambassadeur israélien à Londres se trouvaient au Liban. Mais en réalité le but de cette invasion brutale était l’élimination de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui, sous la direction de Yasser Arafat, menait à partir de Beyrouth la lutte contre Israël, un État artificiel, fondé par la force, épine dans la chair de la Palestine.
Le Hezbollah, crée à l’époque avec l’aide de l’Iran et de la Syrie, appela les chiites vivant dans le Sud du pays à prendre les armes contre la puissance occupante et promit en échange aux couches défavorisées une aide sociale et la prise en charge de ses besoins. En retour, le ministre israélien de la Défense de l’époque, Ariel Sharon, fit réduire Beyrouth en cendres et massacrer de sang-froid la population civile palestinienne. Après quoi, les troupes israéliennes se replièrent sur le Liban-Sud, où elles furent, des années durant, la cible des attaques du Hezbollah. Le retrait définitif d’Israël, en 2000, est encore célébré chaque année par le parti comme une victoire personnelle. C’est grâce à cette victoire que le Hezbollah acquit la stature de principale force politique libanaise et mit ses promesses à exécution : elle mit en place des réseaux sociaux qui prirent en charge plus d’un million de Libanais vivant à la limite du seuil de pauvreté. « Ce n’est plus un secret depuis longtemps déjà que nos associations humanitaires sont financées par l’Iran » dit en juin 2005 un porte-parole du Hezbollah. Et les unités armées du parti défendent, avec l’accord du Parlement libanais, nos frontières au Sud contre « notre ennemi public n°1 », c’est à dire Israël.
Le 29 juin, l’annonce officielle de la nomination de Nabih Berri au siège de Président du Parlement fit sortir les Israéliens de leurs gonds et ils envoyèrent des avions de combat et des hélicoptères larguer des roquettes sur des cibles situées dans la zone frontalière entre Israël et le Liban. À en croire les Israéliens il s’agissait d’une riposte à un tir de mortier par la milice du Hezbollah dans la zone occupée des « fermes de Cheba » dans le triangle frontalier entre la Syrie, Israël et le Liban. Au cours de ces combats un soldat israélien et un milicien du Hezbollah trouvèrent la mort. Selon une mise en garde d’Israël, le Hezbollah cherchait à ouvrir un nouveau front dans le Nord de la zone frontalière. Israël déposa une protestation auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies et l’ambassadeur israélien auprès des Nations Unies, Dan Gillermann, rendit le gouvernement libanais responsable de ces incidents. : « Le gouvernement de Beyrouth doit immédiatement désarmer le Hezbollah. ». Le Conseil de sécurité s’empressa dès le lendemain d’exiger du gouvernement de Beyrouth « l’arrêt immédiat de toute attaque à partir de son sol. » Des députés du Hezbollah au Parlement de Beyrouth apportèrent un démenti et reprochèrent de leur côté à Israël d’avoir violé l’espace frontalier : « C’est pour cette raison qu’ils ont été attaqués. »
Dès cette époque la démarche du fac-totum des États-Unis, Israël, était claire : Tel-Aviv voulait mettre sous le nez de la « communauté internationale » les activités prétendument « terroristes » du Hezbollah et de son complice, la Syrie. Le soutien - proclamé haut et fort par le « monde démocratique » - au désarmement complet de la « milice » pour le bien d’Israël serait obtenu lors d’un prochain « incident frontalier » aussi artificiel soit-il. Rumsfeld, le secrétaire à la Défense des États-Unis était encore moins enclin au compromis. Il jugeait plus avantageux, aux dires de sources proches des milieux de la « guerre contre le terrorisme », de créer « une agitation » dans la plaine de la Békaa au voisinage de la frontière syrienne en positionnant des unités spéciales états-uniennes face aux bases militaires du Hezbollah afin « de provoquer les troupes syriennes à engager le conflit, chose qu’ils feront certainement si nous les provoquons. ». L’ange de la mort états-unien prévoyait ensuite de chasser le président Assad de son poste, couper le soutien logisitique que la Syrie est censée fournir à la résistance palestinienne, confisquer les armes de destruction massive qu’on trouverait en Syrie et enfin détruire le Hezbollah pour le plus grand profit des sionistes [2]. Mais ce projet d’une intervention directe de la démocratie américaine au Liban fut rapidement écarté.
Cependant une intervention directe d’un autre genre était prévue pour avril 2006. Mais les services secrets de l’armée libanaise purent la prévenir. Au cours du premier week-end d’avril 2006, l’armée arrêta neuf « membres bien entraînés d’un réseau » , dont huit Libanais et un Palestinien, qui complotaient pour assassiner le chef du Hezbollah chiite, le cheikh Sayyed Hassan Nasrallah. Ce « groupe d’individus organisés, tous professionnels et bien entraînés » avait planifié l’attentat pour le 28 avril, c’est à dire lors de la prochaine séance du « dialogue national » qui se déroulait alors entre les chefs des fractions politiques libanaises rivales.
Le général de brigade Saleh Suleiman, porte-parole de l’armée, déclara que l’affaire en était « au stade de la préparation » et n’avait pas encore atteint le « stade de l’exécution. ». La bande avait espionné depuis début mars tous les déplacements de Nasrallah et était équipée de roquettes anti-chars qui, le jour de l’attentat devaient faire sauter le véhicule blindé du chef du Hezbollah. Les autorités mirent la main sur un important arsenal de lance-roquettes, grenades à main, fusils à pompe, fusils mitrailleurs, pistolets et silencieux ainsi que toute une batterie d’ordinateurs et de CD-ROM.
Selon le quotidien libanais As Safir, il était prévu qu’un tir de roquettes de fabrication états-unienne fasse sauter Nasrallah et son véhicule blindé, le 28 avril à Beyrouth. Selon les interrogatoires des 15 délinquants appréhendés et menés par Rashid Mizher, juge militaire, 90 personnes au moins étaient impliquées dans la préparation du crime. Certaines d’entre elles auraient épié le convoi de Nasrallah 40 jours durant, tandis que d’autres auraient transformé un garage en cache d’armes, où ils auraient dissimulé des roquettes américaines, des fusils mitrailleurs russes et des grenades à main chinoises. Les organisateurs avaient aussi essayé de se procurer du C4 et autres explosifs, car ils projetaient d’autres assassinats de personnalités ainsi que des attentats à l’explosif, y compris contre des mosquées. Hussein Rahal, porte-parole de la milice, confirma ces dires auprès de l’AFP.
Les conjurés - qui avaient été arrêtés à proximité du quartier général du Hezbollah au Sud de Beyrouth, furent d’abord interrogés par des hommes appartenant aux services secrets militaires avant d’être remis aux mains du juge des affaires militaires. Selon certains informateurs libanais ils auraient été inculpés le lundi suivant « de tentatives d’actions visant à détruire l’autorité du gouvernement » et de détention d’armes. Les autorités poursuivirent leur recherche d’autres complices et tentèrent de démasquer les commanditaires, c’est à dire « tout État ou parti qui financerait, entraînerait et équiperait le réseau. »
Les arrestations suivirent de peu la déclaration de la Secrétaire d’État aux affaires étrangères des États-Unis, Condoleezza Rice, à Washington, selon laquelle les relations du « Parti de Dieu » avec Téhéran et Damas « sont le problème le plus important auxquels les Libanais ont à faire face en ce moment. »
Bien qu’à cette époque Washington accordât un délai au gouvernement libanais pour - comme nous l’avait expliqué Madame Rice - « lui permettre de résoudre ses problèmes internes par le dialogue national » elle s’en tint inébranlablement à l’exigence de désarmement de toutes les milices du pays, et en premier lieu du Hezbollah, conformément à la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Cela n’empêcha pas Rice, ni la fraction du monde qui est partie en guerre contre le « terrorisme international », d’observer un silence total au sujet de la tentative d’attentat contre le chef de la milice. Ni l’ONU, ni les chefs politiques en place à Washington ou Bruxelles, ni les grands médias internationaux n’eurent un mot pour féliciter les services secrets de l’armée libanaise d’avoir démantelé cet important réseau terroriste. Sans doute les grands noms du monde politique se sentaient-il mal à l’aise car ces « terroristes » avaient visé uniquement le secrétaire général de la milice chiite : c’est à dire le chef d’une organisation dont il est de notoriété publique qu’elle figure sur la liste des organisations terroristes si chère au cœur de George Bush [3].
Ce qui pourrait bien en outre avoir coupé le souffle à « l’Internationale démocratique » est la pénible révélation que les inculpés étaient en possession de permis de port d’armes qui leur avaient été fournis de manière détournée par le parti au pouvoir : un ancien député, membre du groupement politique « Future Movement » (FM) conduit par Saad Hariri, principal allié des États-Unis et fils de l’ex-Premier ministre libanais assassiné en 2005, avait procuré aux conjurés des permis de port d’armes de différentes catégories. Cet ancien député est Salim Diyab, ancien directeur de campagne de Hariri junior, ancien ami intime de Hariri senior et toujours considéré comme étant le « chef offensif de la branche politico-militaire » de son parti. Dès juillet 2005, Diyab avait fait distribuer des armes à ses partisans. Un membre du Parti socialiste progressiste druze, partenaire de coalition avec le FM, fut également arrêté par le police. Le chef de ce dernier parti est Walid Joumblatt, le caméléon politique libanais, et vitrine de la « révolution démocratique » qui après l’assassinat de Hariri fit passer en force, avec l’appui des États-Unis, la tenue « d’élections libres » au Liban qui aboutirent au retrait de la Syrie.
Joumblatt et Hariri junior - qui ne manquent jamais une occasion de désigner la Syrie comme commanditaire des crimes au Liban, se retrouvaient soudain également mis en cause dans cette affaire louche.
L’anéantissement du réseau terroriste avait préservé le pays des troubles politiques internes. Selon des informations qui ont filtré des milieux libanais du renseignement, le groupe terroriste comptait sur l’assassinat de Nasrallah pour provoquer dans le pays des tensions religieuses sectaires entre sunnites et chiites - à l’image de ce qui se passe en Irak. Le président Emile Lahoud réclama une enquête approfondie et mit en garde les ennemis qui s’en prennent à l’unité nationale libanaise. Il rappela que Nasrallah avait, selon lui, apporté une contribution essentielle à la libération du Sud-Liban et a toujours travaillé pour la paix de la nation. Le Premier ministre Fouad Siniora déclara que « tout projet de ce type constituait une menace pour la paix civile. » Le porte-parole du Parlement, Nabih Berri, pensait à l’époque qu’Israël se cachait derrière ce complot afin de ruiner le dialogue national - un Liban réunifié et en paix représentant un « danger » pour l’ennemi public n°1 sur la frontière Sud. Berri ajouta que toutes ces opérations visaient en fait la Syrie, pour le punir de son soutien au Hezbollah libanais. [4].
Le dimanche 28 mai 2006 un groupe d’inconnus tirait trois roquettes Katiouscha contre un campement militaire israélien dans le nord du pays, près de Safed. Cette attaque, dans laquelle un soldat israélien fut légèrement blessé, provoqua une escalade de la tension sur la frontière entre les deux pays, à un niveau jamais vu depuis des années. Bien que les responsables des milices libanaises, parmi eux Sheikh Naim Qaouk, représentant du Hezbollah chiite pour le Liban Sud, aient rejeté la responsabilité de ces tirs de roquettes, le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz déclara qu’il ne tolèrerait pas « qu’on tire sur Israël » , et ordonna huit campagnes de bombardement sur des villages dans les collines de Nuamah, au Sud de Beyrouth, ainsi que sur des camps du Front Populaire pour la Libération de Palestine (FPLP), près de Sultan Yaacoub dans l’Est du pays. Les avions de chasse israéliens tirèrent même des fusées à retardement, qui explosent après dix minutes. Simultanément Israël bombardait des localités libanaises le long de la frontière, tuant un combattant palestinien ainsi qu’un milicien du Hezbollah et endommageant sérieusement plusieurs maisons.
Le lundi suivant on découvrait, dans les zones bombardées, des « Cluster-Bombs » , des bombes à sous munitions qui projettent leur sous-bombes sur une vaste zone et augmentent ainsi la possibilité des « dommages collatéraux ». L’usage de ces bombes est une violation du droit humanitaire international et est interdit par la Convention de Genève : entre 5 et 10 % des sous-bombes n’explosent pas à l’impact et restent éparpillés dans la nature, représentant un danger équivalent aux mines anti-personnel pendant de nombreuses années. Leur petite taille et leur couleur vive les rend particulièrement attractifs pour des enfants. Des unités de l’armée libanaise s’empressèrent donc de neutraliser ces terribles engins de guerre israéliens.
L’ONU, elle, s’empressa le jour même non pas de condamner Israël pour son usage d’armes interdites par les conventions internationales mais de sermonner le Liban pour « son attaque contre son voisin israélien » : « Il est de la responsabilité des autorités libanaises de faire respecter la Ligne bleue (définie par l’ONU) et d’empêcher toute attaque dans cette zone » déclara Milos Strugar, conseiller du commandant de la FINUL au Liban.
Une source anonyme lança la rumeur que le Jihad islamique palestinien aurait tiré les roquettes pour venger la mort d’un de ses commandants, Mahmoud Al-Majzoub, tué le 26 mai 2006 par l’explosion d’une voiture piégée dans la ville sud-libanaise de Sidon. Le chef au Liban du Jihad islamique, Abou Imad Rifaï, démentit cette « rumeur mensongère », accusant le Mossad en retour : l’attentat « fait partie de l’escalade de la violence israélienne contre le peuple palestinien, et notamment contre le Jihad Islamique ».
A Beyrouth, le gouvernement condamna également l’attentat, affirmant, « qu’il porte la marque de l’occupation israélienne » . Même pour le Premier ministre Fouad Siniora « Israël est le suspect principal ». Particulièrement significatif est le type de bombe télécommandée utilisée à Sidon : 500 g d’explosif hautement comprimé ayant le même effet que 5 kg d’explosif conventionnel. Selon les services de sécurité libanais, ce type de bombe avait déjà servi l’année précédente pour assassiner l’ancien chef du parti communiste libanais George Hawi et le journaliste Samir Kassir : « Les éclats et billes d’acier, trouvés en grand nombre sur le site de l’explosion, prouvent que la bombe était une mine spécialement conçue pour assassiner des personnes de manière ciblée, et elles sont identiques à ceux trouvés sur les lieux de l’attentat contre Hawi et Kassir ». A l’époque, Shakib al-Aein, chef du Jihad islamique au Liban Sud, avait affirmé : « Israël vient de commettre une erreur stratégique ». Et en effet, l’ONU enquête également sur les attentats contre Hawi et Kassir dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafik Hariri, le 14 février 2005 [5].
Après ce ballet d’ombres on assista à une nouvelle phase de la bataille de propagande contre le Hezbollah. Les États-Unis, qui ont tué des centaines de milliers de personnes en lançant les bombes nucléaires « Fat Man » sur Nagasaki et « Little Boy » sur Hiroshima, avaient ajouté une nouvelle dimension dans leur campagne contre le programme nucléaire iranien. Début juin 2006, à Washington, des représentants des services secrets, s’inquiétaient publiquement de la possibilité que « l’État voyou » iranien puisse « dans les prochaines semaines, utiliser les nombreux et vastes réseaux de la milice chiite Hezbollah au Liban pour mener des attaques contre des cibles occidentales. ». Aux dires de l’Associated Press les services secrets auraient « détecté des signaux montrant que des convoyeurs de fonds, des officiers recruteurs et des militants du Hezbollah pourraient être utilisés pour fournir une assistance logistique à des projets d’attentats contre des intérêts occidentaux ». L’administration Bush et ses alliés se montrèrent convaincus que l’Iran pourrait ordonner des attentats terroristes. D’autres « experts » affirmaient même qu’une « unité secrète » du Hezbollah avait été constituée avec pour unique but l’élimination du vice-président états-unien Dick Cheney.
Simultanément, le média en ligne Yedioth Internet affirmait que, « Israël a mis en garde les services secrets d’Europe et des États-Unis contre la possibilité que des cellules du Hezbollah organisent des attentats lors de la Coupe du monde de football en Allemagne ». Téhéran utiliserait cette stratégie pour, « prouver sa capacité de nuisance à la communauté internationale et l’avertir de possibles représailles terroristes au cas où le pays serait attaqué militairement ». Le quotidien israélien Ha’aretz, de son côté, croyait savoir que le Hezbollah disposait désormais de fusées ayant une porté de 200 km et donc capables de frapper toutes les grandes villes israéliennes. Seule puissance nucléaire de la région, l’État d’Israël se refusa à commenter ces informations.
Quelques jours plus tard ce fut au tour de la station de télévision libanaise LBC de cibler le secrétaire général du Hezbollah, Cheikh Sayyed Hassan Nasrallah. Dans un « sketch » on demandait à son sosie si la milice accepterait de déposer les armes en échange d’un retrait israélien de la région dite « des fermes de Chebaa », occupée par Israël. Le faux « Nasrallah » rétorqua qu’il n’en était pas question, on avait encore besoin de ces armes pour « libérer la maison de Abu Hassan, à Detroit, de ses voisins juifs ». Des milliers de chiites protestèrent à Beyrouth, Baalbek, Sidon, Tyr et Nabatijeh contre ces calomnies, incendièrent des pneus et érigèrent des barricades, barrant par exemple la route menant à l’aéroport international de Beyrouth. Le « vrai » Nasrallah calma le jeu en demandant à tout le monde, « de cesser de manifester et de rentrer chez soi ». La station de télévision LBC a été fondée en 1980 par les Forces Libanaises, qui se sont distinguées par leur collaboration étroite avec Israël lors des 15 ans de guerre civile au Liban.
La suite... Assassinat sur ordre du Mossad
Notes
[1] « Hisbollah im Visier der États-Unis und Israels », par Jürgen Cain Külbel, Neues Deutschland, 7 juillet 2005.
[2] « Quo vadis, Hisbollah ? », par Jürgen Cain Külbel, Junge Welt, 20 juillet 2005.
[3] « Attentat vereitelt », Jürgen Cain Külbel, Junge Welt, 12 avril 2006.
[4] « Im Terrorsumpf », Jürgen Cain Külbel, Junge Welt, 19 avril 2006.
[5] « Israelischer Bombenterror », par Jürgen Cain Külbel, Junge Welt, 31 mai 2006.
Sources Réseau Voltaire
Posté par Adriana Evangelizt