SHARON ET LE PARTAGE DE JERUSALEM

Publié le par Adriana Evangelizt

Sharon est-il prêt à partager Jérusalem avec les Palestiniens ?

par Philippe Randrianarimanana

 

Newsweek a révélé l'existence d'un plan du Premier ministre israélien selon lequel il admettrait la partition de Jérusalem dans le cadre d'un accord de paix avec les Palestiniens. Des révélations qui secouent l'échiquier politique israélien dans la perspective des élections législatives de mars prochain.

"Sharon accepterait, en théorie, la création d'un Etat palestinien composé de la bande de Gaza et de 90 % du territoire de la Cisjordanie ainsi qu'un compromis sur Jérusalem en échange d'un accord de paix." Ces propos tenus par le conseiller politique du Premier ministre israélien, Kalman Gayer, et rapportés dans le numéro du 5 décembre de Newsweek ont eu en Israël l'effet d'une bombe, mais à retardement.

En effet, ces révélations n'ont été diffusées en Israël que le mardi 13 décembre, lors du journal télévisé du soir, par le correspondant à Washington de la première chaîne israélienne, Yaaron Deckel, précise le Jerusalem Post. Deckel assure pour sa part, dans les pages du quotidien israélien, que "si l'article de Newsweek a mis tout ce temps pour faire les gros titres israéliens, c'est parce que lui-même se trouvait en Israël la semaine dernière et qu'il n'a vu l'article qu'une fois retourné aux Etats-Unis."

Le magazine américain consacrait son article à la personnalité d'Ariel Sharon, qualifié de "rebelle engagé". L'évolution de la carrière de Sharon témoigne d'une "propension à prendre seul les décisions politiques importantes", parfois en contradiction avec ses engagements antérieurs. C'est sans doute "un souvenir des années où il était un intrépide général de l'armée israélienne". Aujourd'hui, âgé de 77 ans, Ariel Sharon se lance un nouveau défi en quittant le Likoud, le parti qu'il a aidé à construire il y a une trentaine d'années, pour fonder son propre parti, Kadima – ce qui signifie "En avant", en hébreu –, en vue des élections législatives fixées au mois de mars 2006. Un pari risqué. Dans cette perspective, le plan révélé par son conseiller politique, Kalman Gayer, s'inscrirait dans cette logique de rupture avec la droite israélienne pour s'orienter vers le centre.

Reste que, à présent, Sharon dément les propos de son conseiller, qu'il a qualifiés d'"insensés et absurdes", rapporte The Guardian. "Jérusalem restera dans son intégralité et pour toujours la capitale d'Israël", a insisté le Premier ministre. Une réaction défensive, visant à neutraliser les attaques de ses adversaires. En effet, "ses opposants sur l'ensemble de l'échiquier politique l'ont attaqué de toutes parts" à propos de l'article de Newsweek. "La droite a accusé Sharon de 'diviser Jérusalem'. La gauche accuse le Premier ministre d'avoir intentionnellement organisé la fuite de l'information pour attirer les électeurs de gauche", relève de son côté The Jerusalem Post.

Benyamin Nétanyahou, ancien Premier ministre et candidat à la direction du Likoud, "s'est empressé de souligner les divisions idéologiques au sein du nouveau parti", note The Guardian. Selon Nétanyahou, "le loup est sorti du bois. Les conseillers de Sharon révèlent ce qu'il essaie de cacher, mais maintenant chacun sait que Sharon divisera Jérusalem et accordera aux Palestiniens les frontières de 1967", date de l'annexion par Israël de Jerusalem-Est, "où vivent aujourd'hui près de 200 000 Palestiniens qui ne bénéficient pas pour autant de droits égaux à ceux des Israéliens", précise le journal de gauche londonien.

Pour la droite dure et l'extrême droite israéliennes, Sharon est devenu l'homme politique à abattre, notamment depuis le retrait unilatéral israélien de la bande de Gaza. Il "a vendu son âme au diable", jure le leader des colons Pinchas Wallerstein, cité par le Jerusalem Post. Ce membre du Conseil des communautés juives de Judée-Samarie et de la bande de Gaza estime que, pour contrer Sharon, l'Union nationale et le Parti national religieux devraient s'unir dans un seul bloc politique, tandis que Nétanyahou prendrait la direction du Likoud. "Il est temps à présent de soutenir Nétanyahou, puisqu'il est la seule personne qui peut attirer l'électorat vers la droite, a déclaré Wallerstein. Nous devons renforcer la branche sioniste séculière au sein du Likoud."

Ha'Aretz, pour sa part, prend résolument position dans un éditorial et titre, lapidaire, "Jérusalem sera divisé". Le quotidien de gauche israélien observe que "l'hypothèse la plus répandue est que Sharon n'envisage pas de repousser indéfiniment les décisions difficiles à prendre. L'approche de la fin de sa carrière politique l'incite, s'il est réélu, à mener la douloureuse opération de la fin de l'occupation. Mais sa réaction paniquée à l'interview de son conseiller Kalman Gayer laisse planer le doute à ce sujet", s'inquiète Ha'Aretz, qui s'interroge sur les motivations de la création de Kadima et les objectifs politiques de son leader Ariel Sharon.

Et la confusion entourant l'article publié dans Newsweek pourrait jouer en défaveur de Sharon. "A la question 'Qui croyez-vous le plus, Kalman Gayer ou Ariel Sharon quand il dément les plans qu'on lui attribue ?', 47 % des sondés croient le conseiller politique et 28 % le Premier ministre. Cela est particulièrement néfaste pour la crédibilité de Sharon", note Ha'Aretz. Scoop journalistique ou opération de communication, l'information présentée par Newsweek suscite de nombreuses interrogations, d'autant plus que, selon The Guardian, Kalman Gayer nie à présent avoir tenu les propos qui lui ont été imputés.

Sources : COURRIER INTERNATIONAL

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans OCCUPATION

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