Grandeur et limites d'Ariel Sharon

Publié le par Adriana Evangelizt

Grandeur et limites d'Ariel Sharon

 

par Julien Tolédano

 

Dans la tectonique des plaques des relations internationales, le Proche Orient continue d'être le point chaud où s'entrechoquent, telle sur la faille de San Andréas en Californie, les deux blocs majeurs en mouvement et en conflit sur la planète, jusqu'à avoir engendré l'érection de barrières de sécurité infranchissables, la multiplication de check-points asphyxiants pour l'économie locale, et le maintien à hauts étiages de haines toujours plus incrustées, qui s'autoentretiennent depuis 1936 par leur seule inertie.

Dans cette activité de fusion de magmas sur le fleuve Jourdain, Arik Sharon était une sorte de volcan proéminent érigé en quelques heures en 1967,d'un des deux côtés du rift, et sans cesse visible et menaçant vue de l'autre. Il était devenu très volontairement le symbole d'Israël par excellence, à l'heure où le Monde manque cruellement de grands hommes et où la notion même est dépassée. Par sa silhouette bouboule, par sa bonhommie, par son regard bleu d'acier, il incarnait quelque chose qu'on n'hésitait quelque fois à qualifier de "personnage qui fait l'Histoire" (au sens de Hegel). Arrivé trop tard sur la scène intérieure israélienne pour être un des pères fondateurs incontestés, devancé par le général Dayan dans l'ordre des faits d'armes de Tsahal, il a incarné jusqu'à la caricature la seconde page de l'Histoire d'Israel, celle qui débuta avec la Guerre de Kippour (octobre 1973) et qui ne s'est jamais refermée, celle de la banalisation et du virage à droite de l'Etat hébreu.

Derrière sa grandeur apparente, Sharon était tout sauf Gaullien. Son passage tardif aux responsabilités l'a vu se préoccuper de basses manoeuvres politiciennes, se plier dans l'ordre économique et social, à la volonté de Netanyahou et de Lapid, et vraisemblablement succomber, lui et sa famille, aux délices et aux poisons de la corruption en espèces sonnantes. On n'est même pas assurés, à y réfléchir à deux fois, que Sharon n'était pas tout simplement et uniquement l'homme des Américains (comme on pouvait dire en 1956 que Gomulka était l'Homme des Soviétiques.) On avait compris depuis 2004 qu'il était celui sur lequel l'Administration George W.Bush comptait pour faire avancer décisivement les choses dans la région, via son ultime manoeuvre en fanfare, la création d'un parti baptisé joliment Kadima (En Avant) et promis à la victoire en mars prochain.

Sharon c'était à la fois, la manoeuvre, le charisme apparent et l'absence d'idéologie sous un aspect dogmatique. Comme de Gaulle, il fut plus un politique qu'un militaire lorsqu'on y regarde rétrospectivement. Il fut celui qui sût imposer au finish une décision aux ultras fanatisés-et prêts à tuer- qu'étaient la plupart des quelques dizaines de milliers de colons de la bande de Gaza. A la différence de de Gaulle, Sharon se souciait aussi de la prospérité matérielle des siens -sa famille- et était superbement engoncé dans les querelles partisanes de chefs au sein de son parti, sa chose, qu'était le Likoud.

Aujourd'hui, son fauteuil est vide. Peut-on dire qu'il y  a un trou d'air du fait de sa disparition ? Nous savons que la Nature a horreur du vide... La succession de Sharon se fera naturellement, par le seul jeu de l'offre et de la demande qui caractérise les Etats-majors politiques. En revanche, il est à craindre un hold-up. Nous avions assisté en 1996 au hold-up de Netanyahou à la faveur d'élections anticipées et nous pouvons craindre aujoud'hui que l'Histoire bégaie .

 Car s'il est une loi qui caractérise le paysage politique israélien, c'est la constante mauvaise surprise que nous offrent les nouveaux responsables gouvernementaux, à plus forte raison quand ils se disent travaillistes, de gauche, ouverts à l'idée de tractations, voire de concessions aux Palestiniens... Le découplage de l'appareil civil d'Etat et de l'appareil armé (Tsahal, Mossad...) étant la deuxième constante d'Israël, faisant en sorte que les changements d'équipe n'aient en tout état de cause que peu d'impact sur la politique de défense effective de l'Etat, nous allons vraisemblablement de nouveau vers une période d'incertitude, lourde de périls, qui s'ajoute à la confusion déjà prévalente du fait de l'absence de grandeur dans le bilan et de décisivité du général Sharon depuis février 2001, sédimenté à la grande médiocrité de ses prédécesseurs (Barak, Netanyahou,Pérès).

Sources : Le site de Julien Tolédano 

Posté par Adriana Evangelizt

Publicité

Publié dans ARIEL SHARON

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
je voulais vous demander, si ce chien de fils de ... de sharon etait encore vivant.
Répondre
A
Réponse à Ganache...<br /> Il faut bien savoir quelque chose, les dirigeants israéliens ainsi que tous les gradés de l'armée israélienne -sans oublier bien sûr les services secrets- ne sont que des pions dans le rouage du Sionisme. Bien souvent, les manipulateurs placent à la tête de l'appareil d'Etat, des individus complètement dénués d'états d'âme et qui feront exactement ce que les idéologues sis à Washington leur diront de faire sans se poser de questions. Il ne faut pas oublier non plus que les individus corrompus ont souvent leur faveur. Ils avaient compris le point faible de Sharon et c'est pour cette raison d'ailleurs qu'il a trempé dans différentes affaires de pots de vin. Sharon n'est pas pire qu'Olmert ou que Rabin... et pour répondre à votre question, oui, il est toujours en vie. Dans le coma. A notre avis, ils va certainement mourir à un moment crucial. Là aussi tout est calculé. Les grands yakas sionistes ne laissent rien au hasard.
C
Puisque la politique vous intéresse,<br /> <br /> pour une vision décapante de l'actualité :<br /> <br /> rendez vous sur LibreCours !<br />
Répondre