La magie noire d'Israël pour piéger des collaborateurs.
La magie noire d'Israël pour piéger des collaborateurs.
par Jonathan Cook
11 septembre 2008 http://zcommunications.org/znet/viewArticle/18803
L’utilisation durable de collaborateurs Palestiniens par Israël pour asseoir son occupation et détruire la résistance palestinienne a été la grande question taboue du conflit du Moyen-Orient.
Lorsque le sujet était traité par les médias internationaux et locaux, c’était seulement dans le contexte des insuffisances du système légal palestinien, qui permettait l’exécution sommaire de collaborateurs par lynchage populaire et procès irréguliers.
Ceci commence à changer grâce à un ruisseau de rapports qui montrent l’étendue de l’utilisation de collaborateurs par Israël et les techniques répugnantes qu’il emploie pour les recruter. La coopération, c’est devenu clair, est l’épine dorsale du succès israélien pour maintenir son occupation sur la Cisjordanie et la bande de Gaza.
La collaboration vient sous différents déguisements, parmi lesquels celui d’agents fonciers, qui achètent des terres à des Palestiniens pour les revendre à des colons ou au gouvernement israélien ; d’agents armés qui assistent les soldats Israéliens lors de leurs raids ; et des infiltrés dans les organisations nationales et leurs branches armées qui font dérailler les opérations de résistance.
Mais la fondation du système de collaboration, c’est l’informateur de base, qui passe les bribes d’informations sur ses voisins et les leaders communautaires, dont dépend le système de contrôle d’Israël.
Par exemple, des rapports récents dans les médias israéliens suggèrent que le retrait de Gaza en 2005, loin de réduire les occasions de collaboration, les auraient tout au contraire augmentés. Le siège actuel de la bande - dans lequel Israël contrôle effectivement tout mouvement dans et hors de Gaza - a fourni un levier idéal pour encourager la collusion.
Téléguidant cette stratégie, on trouve la police secrète israélienne, le Shin Bet (Shabak), qui a récemment dirigé son attention sur les cas de Gazaouis malades et de leurs proches qui ont besoin de quitter la bande. Avec des hôpitaux et des médicaments sous-équipés, certains patients ont peu d’espoir de guérir sans traitement à l’étranger en Israël.
D’après la branche israélienne des Médecins pour les Droits Humains, le Shin Bet exploite la détresse de ces familles pour faire pression afin qu’elles acceptent de collaborer en échange d’un permis de sortie.
Le mois dernier, le groupe a publié des détails sur 32 cas pour lesquels des malades de Gaza ont admis que des permis leur ont été refusés après leur refus de devenir informateurs.
L’un d’entre eux est Shaban Abu Obeid, 38 ans, dont le pacemaker a été installé dans un hôpital israélien et demande une maintenance périodique par des médecins Israéliens. Un autre, Bassam Waheidi, 28 ans, est devenu aveugle d’un oeil après qu’il ait refusé de coopérer et se soit retrouvé sans permis.
Mais ces cas ne sont que le sommet d’un énorme iceberg. Ces Palestiniens qui refusent de collaborer ont tout intérêt à rendre leurs problèmes publics. En revanche, ceux qui acceptent de devenir informateurs n’y auront aucun intérêt.
Comme dans d’autres régimes d’occupation, Israël s’est longtemps basé sur la méthode la plus traditionnelle pour recruter des collaborateurs, la torture. Alors qu’une décision de la cour suprême israélienne en 1999 ait banni la torture, les faits suggèrent que le Shin Bet a simplement ignoré la décision.
Deux groupes israéliens des droits humains, B’Tselem et Hamoked, ont trouvé l’an dernier que sept méthodes ‘spéciales’ d’interrogation assimilées à de la torture sont toujours employées couramment, parmi lesquels les tabassages, les ligotages douloureux, le pliage arrière, les étirements et la privation de sommeil prolongé.
La détention fournit d’autres possibilités pour le recrutement. Au cours des 17 dernières années, 150 000 palestiniens ont été poursuivis par le régime militaire. D’après le groupe israélien Yesh Din, 95 % de ces procès finissent par des arrangements, offrant une chance supplémentaire pour persuader un détenu de devenir informateur en échange d’une sentence réduite.
Comme l’a observé Salah Abdel Jawwad, un politologue de Ramallah, les cellules collectives dans le système carcéral israélien sont aussi un environnement parfait dans lequel le Shin Bet peut collecter des données non seulement sur le détenu mais aussi sur la société plus large dans laquelle il ou elle est plongé.
Avec des centaines de milliers de Palestiniens passés par ces prisons depuis 1967, Israël a été capable « de contrôler la population depuis les prémices », dit Abdel Jawwad, « en particulier parce qu’il est capable d’identifier ceux qui sont les futurs leaders potentiels de la société ».
Un exemple de l’utilisation de pressions pendant la détention est apparu la semaine dernière quand une mise au ban a été levée dans le cas de Hamed Keshta, 33 ans, de Gaza. Traducteur pour des agences de presse et pour l’Union Européenne, il a été arrêté en juillet alors qu’il essayait d’utiliser un permis pour traverser la frontière vers Israël pour une rencontre avec ses employeurs européens.
M. Keshta a dit qu’il a été emmené en détention et qu’on lui a offert la possibilité de devenir collaborateur. Quand il a refusé, les interrogatoires par le Shin Bet ont « commencé pour de bon », comme le rapporte le journal Haaretz. Il a été détenu pendant un mois, accusé de charges sérieuses parmi lesquels des « violations de sécurité » et de conspiration pour commettre « un crime contre la sécurité d’État ».
“Je suppose que c’est l’interrogatoire standard que des milliers d’autres Palestiniens subissent », notait-il après sa libération. « Ils ne m’ont pas frappé, mais j’ai été placé sous contrainte et forcé de m’asseoir sur une chaise », dit-il en se référant à l’infâme position de stress « shabah » qui devient atrocement douloureuse après peu de temps. Keshta a aussi été privé de ses médicaments.
Depuis des décennies, l’occupation a impose un système de contrôle absolu sur les vies des Palestiniensqui exige d’eux qu’ils demandent des permis, soit du régime militaire qui les domine, connu sous le nom trompeur d’ « Administration Civile », soit du Shin Bet.
La plupart des Palestiniens ont besoin d’un permis pour réaliser des tâches quotidiennes essentielles telles que construire ou modifier une maison ; passer par un check-point pour visiter un proche ou aller à un hôpital ; passer par une porte dans le mur de séparation israélien pour cultiver leurs terres ; conduire un taxi ; recevoir des licences d’importation ou d’exportation ; quitter le territoire occupé, y compris pour affaires ; visiter un proche en prison ; obtenir un droit de résidence pour une personne aimée ; etc.
Peu de palestiniens n’ont pas eu besoin d’une telle « faveur » des autorités militaires à un moment donné, soit pour eux-mêmes, soit pour une connaissance. Et c’est à ce moment-là que la pression peut être exercée. Dans son livre « Sharon and My Mother-in-Law » (Sharon et ma belle-mère), Suad Amiry décrit ce processus avec éloquence. En échange d’une aide ou d’un permis, le régime d’occupation donne une petite faveur. Une fois acceptée, l’intégrité de l’accepteur est compromise et petit à petit de plus grandes demandes sont faites.
C’est ce piégeage en douceur de grands secteurs de la population palestinienne – avec les menaces ouvertes de violence physique vers des secteurs plus petits de la population – qui garantit que la collaboration avec l’occupation est endémique. Ceci, comme Israël le comprend bien, crée un environnement qui contrecarre la résistance, laquelle requiert de l’organisation, une coopération et un partage des informations entre les factions armées. Sitôt que le cercle s’élargit au-delà de quelques individus, l’un d’entre eux a des chances d’être un informateur.
Le résultat peut se voir dans le lamentable échec de la plupart des actes de résistance armée, ainsi que dans la facilité avec laquelle Israël sélectionne les leaders Palestiniens qu’il « vise » pour les exécuter.
M. Abdel Jawwad appelle cette façon de faire « guerre psychologique » contre les Palestiniens, à qui on fait croire que leur société est « faible, malade et composée d’individus douteux ».
En bref, elle encourage la fragmentation sociale dans laquelle des Palestiniens en viennent à croire qu’il vaut mieux poignarder leur voisin dans le dos avant d’être poignardé soi-même.
Jonathan Cook est un écrivain et journaliste basé à Nazareth. Ses derniers livres sont "Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East" (Pluto Press) et "Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair" (Zed Books). Son site web est : www.jkcook.net.
Cet article est paru originellement dans The National (http://www.thenational.ae/article/20080911/FOREIGN/553803602) publié à Abu Dhabi, sous le titre « Palestinians compelled to ‘favour’ Israel ».
Traduction JPB pour CCIPPP
Sources CCIPPP
Posté par Adriana Evangelizt