Les raids israéliens sur Gaza montrent leurs limites
Les raids israéliens sur Gaza montrent leurs limites
par Michel Bôle-Richard
Alors que le bilan ne cesse de s'alourdir avec au moins 360 morts palestiniens en trois jours et près de 1 700 blessés, l'armée israélienne s'interroge sur la suite à donner à l'opération "Plomb durci".
En dépit du pilonnage intensif de la bande de Gaza, les roquettes et les obus de mortiers continuent de tomber sur le sud d'Israël. Près d'une centaine se sont abattus pour la seule journée du lundi 29 décembre. Quatre morts israéliens sont déjà à déplorer, dont trois pour la seule journée de lundi.
Et le rayon d'action des roquettes ne cesse de s'allonger pour atteindre désormais Ashdod, ville de 190 000 habitants située à 35 kilomètres de la frontière, qui pleure sa première victime touchée à proximité d'un abri de bus. Un soldat a également été mortellement frappé par des éclats de mortier.
Manifestement, les forces vives de la lutte armée dans la bande de Gaza n'ont guère été touchées pour le moment. Les victimes palestiniennes sont pour la plupart des policiers et quelques cadres du Hamas. Les raids aériens se poursuivent, mais ils sont compliqués par le mauvais temps. "Après l'opération, il ne restera plus aucun bâtiment du Hamas debout", a assuré le général Dan Harel, chef d'état-major adjoint. "Nous ne frappons pas uniquement les terroristes et les lance-roquettes, mais également l'ensemble du gouvernement du Hamas. Nous visons les édifices officiels, les forces de sécurité, et nous ne faisons aucune distinction entre les différentes ramifications du Hamas, a-t-il ajouté. Nous ne sommes qu'au début de la bataille. Le plus dur est devant nous, car nous voulons changer les règles du jeu."
La guerre pourrait donc être totale. "L'armée israélienne ne doit pas interrompre cette opération avant d'avoir brisé la volonté des Palestiniens du Hamas de continuer à prendre Israël pour cible", a insisté, mardi 30 décembre, Meir Sheetrit, ministre israélien de l'intérieur. "Le but de l'opération est de faire tomber le régime du Hamas", a renchéri Haïm Ramon, vice-premier ministre. Le gouvernement refuse de laisser la possibilité aux islamistes de se relever comme ce fut le cas avec le Hezbollah lors de la seconde guerre du Liban. Et il ne fait guère de doute qu'une opération terrestre va être engagée pour "finir le travail" et achever "le nettoyage" de la bande de Gaza.
C'est d'ailleurs ce à quoi s'attendent tous les membres des mouvements armés palestiniens. Les cadres de ces organisations se sont terrés. Les combattants des brigades Ezzedine El-Qassam, aile militaire du Hamas, et ceux du Jihad islamique, qui semblent avoir échappé dans l'ensemble aux raids aériens meurtriers, espèrent bien prendre leur revanche et faire payer le prix fort aux soldats de Tsahal lorsqu'ils s'aventureront dans les ruelles étroites des camps de réfugiés et dans les quartiers surpeuplés des cités palestiniennes propices aux embuscades.
Ils ont administré lundi la preuve de leur capacité à réagir. Bien que contraints d'utiliser un maximum de précautions pour échapper à la surveillance aérienne extrêmement serrée d'Israël, ils parviennent toujours à riposter. La destruction par voie aérienne de plus de 320 sites ne suffit manifestement pas à empêcher les lanceurs de roquettes de frapper.
C'est pourquoi Tsahal met au point la deuxième phase de l'attaque. Les conditions météorologiques se prêtent mal, pour le moment, aux mouvements des chars et aux déplacements des fantassins sur un sol détrempé. Ehoud Barak, le ministre israélien de la défense, hésite. Il a donné, lundi, une dernière chance au Hamas, invitant cette organisation à cesser les tirs sinon : "Israël aura recours à tous les moyens et tous les types d'actions légaux dont il dispose pour faire en sorte que l'ennemi mette un terme à ses agressions illégales."
Le chef en exil du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, s'est déclaré prêt à accepter un cessez-le-feu si Israël s'engageait à lever le blocus. "Le calme ne peut être restauré que si les points de passage sont de nouveau ouverts", a indiqué de son côté Ahmed Youssef, conseiller politique d'Ismaïl Haniyeh, premier ministre du Hamas. Mais les chances d'arrêter "cette guerre sans merci contre le Hamas et ses alliés", selon l'expression de M. Barak, paraissent minces. Tout le secteur frontalier de la bande de Gaza a été déclaré "zone militaire fermée".
Sources Le Monde
Posté par Adriana Evangelizt