«Que Dieu protège maintenant mes enfants»
Hier, la Dépèche a joint par téléphone Dania à Gaza.
«Que Dieu protège maintenant mes enfants»
« Je suis tellement désespérée »… Dania, architecte à Gaza, mariée, mère de deux enfants, semblait hier à bout de nerfs lorsque nous l'avons jointe au téléphone, quelques heures avant l'offensive terrestre. « Chaque fois qu'un missile tombe, la maison tremble ».
Le petit garçon de Dania, âgé de 4 ans, se met alors à s'agiter et à danser : « Il est petit, mais il comprend. Il mime la maison qui bouge. La nuit, nous ne pouvons pas dormir. La maison est éclairée par les bombes et le bruit nous fait peur ».
Dania et sa famille vivent au nord de la ville de Gaza, dans une maison. La mère de Mohammed, l'époux de Dania, habite en bas. L'architecte et son mari au premier étage. Mais depuis l'attaque israélienne, toute la famille s'est réfugiée au rez-de-chaussée.
« L'électricité a été coupée. Nous n'avons pas de gaz. Nous avons ouvert toutes les fenêtres pour éviter que les vitres se brisent sous l'effet d'une explosion. Dans la maison, il fait très froid. J'ai habillé les enfants comme des Esquimaux », raconte Dania.
La famille manque surtout de vêtements. La nourriture est suffisante. Les prix de la farine ou de l'huile commencent à flamber. Mais ce n'est pas ce qui inquiète le plus Dania.
« L'endroit où nous sommes est entouré d'orangers. Et c'est là le danger. Nous n'avons pas de leader du Hamas à proximité. Mais parfois, la nuit, des résistants viennent se cacher dans les champs d'orangers pour lancer des roquettes contre les Israéliens. J'ai peur qu'un avion repère l'endroit d'où sont lancées les roquettes et nous bombarde ».
Des amis de Dania ont eu leur maison fortement endommagée, à Gaza, parce que Tsahal a détruit l'habitation voisine d'un islamiste du Hamas. « Les Israéliens préviennent quelques minutes avant l'attaque, le temps pour les voisins d'évacuer leur maison. Un missile F-16 détruit un immeuble de 8 étages. Tu imagines ce que c'est ? Non, je ne crois pas. Moi, avant, je regardais les images de Beyrouth. Et je ne me rendais pas compte de l'inhumanité de ces bombardements. C'est horrible ».
« Pour la plupart des gens, ici, le Hamas est un mouvement de résistance et de liberté. Moi, je me fous du Hamas ! Il y a quelque temps, le Hamas a tué des Palestiniens. Les gens se battent. Entre Palestiniens, et maintenant contre les Israéliens. Et ce sont toujours les civils qui payent. Notre cause est perdue ».
Dania voudrait fuir. Mais où ? « J'ai dit à mon mari qu'on allait se sauver, émigrer, quitter Gaza. Mais je ne vois pas qui pourrait nous accueillir. J'en suis maintenant arrivée à un point où je m'abandonne à mon destin. Je prie Dieu pour qu'il protège mes enfants ».
Dania ne croit plus au soutien de la communauté internationale : « La politique est pourrie. Nous les Palestiniens, nous n'avons même pas un État. Juste une Autorité. Pas de frontière. Nous n'avons rien. Pas d'administration, pas de système d'alarme, pas de sapeurs-pompiers, personne pour donner des consignes, pas d'abri. Juste des ambulances. Vivre à Gaza, c'est vivre en prison ».
Sources La Dépèche
Posté par Adriana Evangelizt