Honneur au chirurgien israélien
50 gouttes d'eau à Israël
par Claire Legros
A JERUSALEM UN CHIRURGIEN ISRAELIEN OPERE DES BEBES PALESTINIENS SOUFFRANT DE GRAVES MALADIES CARDIAQUES. DES VIES SAUVEES IN EXTREMIS ET UN PONT JETE ENTRE ISRAËL ET LA PALESTINE
Bien sûr, la première chose que l’on regarde, ce sont ses mains. Des doigts d'artiste, longs et capables de rabouter les artères de bébés tout juste nés, réamorcer la pompe d’un cœur qui flanche, rattraper au vol la vie qui s’en va.
A l’hôpital Hadassah de Jérusalem, le Dr Jean-Jacques Rein pédiatre israélien opère des bébés de trois jours, une semaine tout au plus. Des nouveaux-nés au visage bleu, atteints d'une malformation gravissime et qui, sinon, ne survivraient pas, La plupart de ses patients sont de petits israéliens. Mais depuis deux ans ses bébés aussi de Jénine ou de Bethléem, des villes palestiniennes marquées par les combats, derrière le mur de béton élevé par Israël pour se protéger des attaques terroristes. A moins qu’ils ne viennent des bidonvilles de Gaza. Ils s’appellent Naji, Ahmed ou Hassouna, sont chrétiens ou musulmans, tous Palestiniens et doivent leur vie à ce médecin juif et à son association, Un cœur pour la paix (1), qui finance la moitié du prix de chaque intervention. Lui se définit comme un Israélien religieux, « de centre gauche », militant pour le désengagement dans les colonies et le processus de paix, « mais pas à n’importe quel prix. »
Né en France en 1950 dans une famille juive alsacienne, le Dr Rein porte les prénoms de son grand-père, Théodore, et de ses oncles, Jean-Jacques et Azaria, tous trois morts en déportation. « Je suis né 5 ans après la Shoa, mais j’ai grandi dans cette mémoire», se souvient-il. A 18 ans, bac en poche, Jean-Jacques fait son aliya, son “retour” sur cette terre promise, qu’il ne connaît pas, mais dont il a toujours su qu’il y construirait sa vie. Faculté de médecine et service militaire, Le Dr Rein se bat à plusieurs dans les rangs de Tsahal, l’armée israélienne, « ce qui ne nous empêchait pas de soigner les blessés des deux camps après la victoire», raconte-t-il. Juif pratiquant, il porte barbe et kippa et ne rompt le shabbat qu'en cas d'urgence dans son service. « La vie surpasse tout». dit-il. A 1'entrée de l’hôpital, chaque matin, sa voiture est fouillée comme les autres, y compris les ambulances. « On vit au quotidien avec la menace terroriste, c'est pour cela qu’il faut garder un visage humain.» En opérant des enfants palestiniens, le pédiatre sait qu’il sauve des vies mais sème aussi 1'espoir, A leur retour au village, Naji, Ahmed ou Hassouna deviennent les petits émissaires d'une paix hier improbable, Leur famille raconte la course contre la montre et l’équipe de chirurgiens et infirmiers juifs, chrétiens et musulmans, penchés sur le cœur battant. Cinquante enfants ont été soignés en 2005. «Cinquante gouttes d'eau dans un océan tumultueux », résume Jean-Jacques Rein. En 2006, il espère en sauver le double.
Claire Legros.
La Vie No 3147
(1) 48 rue Cortambert, 75016 Paris.
www.uncoeurpourlapaix.org
1950 Naissance à Boulogne-sur-Seine dans une famille de Juifs alsaciens.
1968 Départ pour Israël, études de médecine, service militaire.
1980 Spécialisation en cardiologie pédiatrique à Harvard (US) puis à Paris, à Lariboisière.
1991 Chef de service à l’hôpital Hadassa qui prend en charge la population de Jérusalem sans distinction.
2004 Création d’une association Un cœur pour la paix avec des médecins français afin de financer
l’opération d’enfants palestiniens.
Sources : Vox Dei
Posté par Adriana Evangelizt