"Israël et la France se sont retrouvés sur l'essentiel"
Sans commentaires... prenons notre honte et mettons là au fond d'un mouchoir avec le reste !
Claudie Haigneré : « Toujours, Israël et la France se sont retrouvés sur l’essentiel »
Dans le cœur des Français, le peuple juif – et, à travers lui, Israël – éveille une double résonance. Celle de la tragédie, tout d’abord. Aucun Français ne peut échapper à son douloureux visage, encore moins alors que se réveille chez certains la tentation ignoble et inacceptable d’un antisémitisme que le gouvernement auquel j’appartiens ne cessera de combattre. La Shoah appartient à votre histoire, mais aussi à notre histoire et à l’histoire de l’humanité.
Dans notre vision d’Israël, on trouve aussi, c’est la deuxième résonance, une fascination pour le génie, pour l’obstination créatrice, pour cette volonté à construire sur la cendre et les larmes, pour cette aptitude à transmettre, quoi qu’il arrive, les valeurs dont votre peuple est l’inlassable porteur.
Évoquer les relations franco-israéliennes, c’est aussi aller droit aux fondations de l’existence de la société israélienne : depuis l’affaire Dreyfus jusqu’à la guerre des Six jours, le second conflit mondial et la tache imprescriptible du régime de Vichy, la campagne de Suez et l’appel devant la Knesset, en 1982, par François Mitterrand à la nécessité de créer un État palestinien.
La France, peu s’en souviennent, a soutenu le sionisme à sa naissance ainsi que le mouvement d’émigration, en Palestine mandataire, des Juifs venus de toute l’Europe. La lettre, trop peu connue, de Jules Cambon, secrétaire général du ministère des affaires étrangères en juin 1917, apportant son soutien « au droit du peuple juif à sa patrie », plusieurs mois avant la déclaration Balfour, ou la contribution des ports français dans l’émigration vers le nouvel État – à l’image de l’Exodus, parti le 11 juillet 1947 du port de Sète -, sont deux exemples de ce soutien.
Je ne veux pas oublier non plus le rôle de ces Justes français qui, malgré l’horreur, l’inacceptable, les spoliations innombrables, ont permis, parfois de façon individuelle, parfois en liaison directe avec la Résistance, de sauver tant de membres de la communauté juive de France pendant la nuit de l’Occupation.
Encore marqué du souvenir des années noires, le peuple français, d’un seul cœur, s’est passionné pour la création de l’État d’Israël. La France s’est affirmée, dès le point de départ, comme le défenseur de votre entrée, en tant que peuple indépendant, maître de ses choix, dans la communauté des Nations.
Sans doute, les réactions du général de Gaulle, comme aussi les choix de David Ben Gourion, ont suspendu cette symbiose exceptionnelle. Notre alliance était si étroite que nos deux pays donnent parfois l’impression de n’avoir jamais surmonté le choc de sa rupture. Mais au-delà des aigreurs, les sentiments profonds ont-ils changé ?
La réponse n’est pas sans importance car la France s’est toujours sentie proche d’Israël. Proche par son héritage, par sa culture, par sa pensée, par le cœur.
Des désaccords, des procès d’intention ont souvent surgi, au motif que celui qui avait trahi une fois ne pouvait que le faire de nouveau, ou quand la réaction de l’autre n’était pas celle attendue, ou quand des questions sur l’opportunité de certains choix étaient soulevées. Il en sera de même à l’avenir. Mais toujours, Israël et la France se sont retrouvés sur l’essentiel : le partage et la défense des mêmes valeurs humanistes et démocratiques et l’attachement, exigeant et intransigeant, à l’existence et la sécurité d’Israël.
La relation entre nos deux pays, parce qu’elle est fondée sur une multiplicité de liens parfois très profonds, existe bien quels que soient les aléas de nos perceptions respectives sur la situation régionale. La société française restera marquée par l’apport du judaïsme comme la dimension francophone restera incontournable dans le fait israélien.
Prononcé en 2004 -
Sources : Israel Valley
Posté par Adriana Evangelizt