Un prétexte

Publié le par Adriana Evangelizt

Un prétexte

par Denis Sieffert

 

C’est hélas une constante dans la politique israélienne : chaque fois que se profile l’ombre d’une chance de négociations, on fait donner la mitraille. Il faut dire tout de suite que cette stratégie du pire, qui est appliquée méthodiquement depuis au moins six ans, a également ses adeptes côté palestinien. Mais là s’arrête la comparaison. Car il n’est ni raisonnable ni honnête d’établir une symétrie entre l’État hébreu, militairement surpuissant, systématiquement soutenu par l’administration Bush, et quelques factions irascibles du Hamas ou du Fatah en délicatesse avec leurs dirigeants. Il n’empêche ! Le commando qui a choisi cet instant pour enlever un soldat israélien a fourni un prétexte à l’intervention israélienne sur Gaza. Et ceux qui ont fomenté le coup le savaient. « Un prétexte », disons-nous, car la vraie raison est évidemment ailleurs. En choisissant de signer le « texte des prisonniers », ce document qui réajuste le positionnement politique des Palestiniens, les dirigeants du Hamas, ­ Premier ministre en tête ­ se portaient candidats au dialogue. Ils se légitimaient aux yeux de la communauté internationale. Et c’est précisément ce qu’Ehoud Olmert ne veut pas : se trouver en face d’une partie palestinienne doublement légitime, du point de vue de son peuple ­ puisque les élus du Hamas sont issus d’une élection indiscutablement démocratique ­ et du point de vue occidental.

Alors que les chars s’apprêtaient à pénétrer dans la bande de Gaza, Israéliens et Américains ont donc conjugué leurs efforts pour minimiser la reconnaissance implicite d’Israël par le Hamas. Puis, couvrant du fracas de son offensive militaire les subtilités d’un débat politique qui auraient mérité l’attention des diplomates, Israël s’est empressé de traquer en particulier ceux qui venaient de faire la concession que l’on sait. Bombardement des bureaux du Premier ministre, Ismaël Haniyeh, arrestation de ses ministres et députés s’inscrivent spectaculairement dans la politique du pire. Ce n’est pas nouveau. Shimon Peres y avait cédé début 1996, en relançant les attentats ciblés deux mois après l’assassinat de Rabin, et alors que le chemin de la paix semblait dégagé. Mais c’est au lendemain de l’échec de Camp David, en juillet 2000, que cette « politique » est devenue une stratégie sur le long terme. On se souvient comment la machine à communiquer israélienne s’est mise en marche, couvrant les médias occidentaux du mythe du « partage de Jérusalem » ­ lequel n’avait jamais été à l’ordre du jour ­ et comment on parvint à la conclusion qu’il n’y avait plus, côté palestinien, de partenaire légitime. Yasser Arafat, l’homme qui avait accompli l’acte de reconnaître Israël, bravant un interdit historique, n’était plus digne de représenter son peuple. Et ce fut sa longue agonie politique et physique sous les bombes de l’opération « Rempart », au printemps 2002.

Car quand il n’y a plus de partenaire pour la paix l’heure est à la guerre. Un art dans lequel l’État hébreu excelle ; et d’autant plus que les raids aériens qui visent, toujours selon le même scénario, les points vitaux de la société palestinienne ­ générateurs d’électricité, routes, infrastructures sanitaires et sociales, terres cultivées, alimentation en eau (1) ­ contre un peuple qui ne connaît depuis cinquante ans que misères et souffrances ne comportent pas grand risque. Plus même aujourd’hui celui de susciter l’opprobre international. Puisqu’il semble que le spectacle des orangers arrachés, des champs retournés, quand ce n’est pas celui des enfants tués sur les plages de Gaza (et au sujet desquels Israël exprime toujours d’impeccables « regrets »), n’émeuve plus grand monde. Pour Ehoud Olmert, il s’agit cette fois encore de briser la loi de l’histoire qui veut que tout mouvement arrivant au pouvoir se « politise » et se « responsabilise ». Car on ne fait pas de politique sans parler. On ne dirige pas un pays sans diplomatie. Cette évolution du Hamas était inéluctable. Il fallait l’accompagner. Une fois écartée l’absurde menace du référendum qui aurait précipité le pays dans la guerre civile, le débat interpalestinien était sur le point d’aboutir à une remise en ordre de marche des institutions politiques (voir ce que dit à ce sujet le porte-parole du Hamas, Oussama Hamdane, pp. 5 et 6). La relance d’une Organisation de libération de Palestine réunissant tous les courants est évidemment capitale dans ce schéma. Il n’est d’ailleurs pas établi que les Israéliens auront réussi à ruiner ce processus. Car, comme toujours en Palestine, la violence coloniale et le sentiment de l’injustice ont plutôt pour effet de resserrer les rangs.

(1) Les responsables palestiniens appellent actuellement la population, y compris dans les prêches dans les mosquées, à restreindre la consommation en eau. La destruction de ces infrastructures vitales a assez peu à voir avec la survie du soldat Shalit...

Sources : Politis

Posté par Adriana Evangelizt

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