Le sale boulot

Publié le par Adriana Evangelizt

Le sale boulot

par Pierre Laurent

Aucune lueur d’espoir n’est venue hier éclairer le ciel du Liban et de la région. Et ce ne sont sûrement pas les déclarations sorties du G8 qui sont de nature à lever l’inquiétude. La thèse désormais dominante attribue l’origine de la crise au Hezbollah, et à Israël le rôle de la victime. La seule issue envisagée serait donc le désarmement des milices libanaises. Point final. Pour le reste, circulez, il n’y aurait quasiment rien d’autre à voir ou à comprendre, en tout cas pas les véritables causes de cette nouvelle guerre, dont le Liban a commencé à payer un prix exorbitant.

La première et évidente constatation est de voir comment le déluge de feu déclenché par Israël sur Beyrouth et le sud du Liban a immédiatement plongé dans l’ombre les opérations militaires engagées pour réoccuper la bande de Gaza. Alors qu’il a ignoré la chance offerte par l’accord interpalestinien d’échapper au face-à-face avec le Hamas, le gouvernement d’Ehud Olmert a au contraire répondu sans délai aux provocations islamistes pour relancer une guerre totale contre les Palestiniens à Gaza, contre les Libanais et les milices chiites au-delà de sa frontière nord. Avec ses opérations militaires meurtrières, il enterre à nouveau tout espoir de renouer le dialogue de paix. Loin d’assurer la sécurité d’Israël, comme il ne cesse de le répéter, cette logique de guerre, en éloignant le règlement négocié du conflit palestinien, renforce l’instabilité de la région. Le G8 n’a pas eu un mot pour rappeler cette évidence première : pas de sécurité durable dans la région sans reprise et aboutissement du processus de paix entre Palestiniens et Israéliens.

Il convient en second lieu de s’interroger sur l’importance de l’offensive israélienne au Liban, dont les dirigeants de Tel-Aviv ne peuvent ignorer ni la totale disproportion avec les faits qui les ont officiellement motivés, ni l’incroyable injustice qu’elle représente pour le peuple libanais, ni les conséquences dramatiques qu’elle aura pour la région. Pourquoi, donc, de telles frappes aériennes ? L’armée israélienne n’est-elle pas, au-delà de la mise sous le boisseau du problème palestinien, en train de faire le sale boulot que les États-Unis rêvent de mener à bien dans la région ? La théorie de Bush pour le grand Moyen-Orient est connue : qui n’est pas avec nous est contre nous. Appliquée en Irak avec les conséquences désastreuses que l’on sait, cette théorie vise la reprise en main militaire et politique de toute la région : la Syrie, l’Iran, toutes les forces politiques qui leur résistent à l’intérieur de chaque pays sont dans le collimateur de Washington. Il ne faut pas s’y tromper. Dans ces conditions, l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban sont le cadet des soucis américains. L’appui sans réserve apporté à des bombardements israéliens sur le Liban, non seulement gravissimes mais totalement illégaux au regard du droit international, suffit à le démontrer.

Alors que désarmer le danger islamiste, puisque c’est le prétexte invoqué, supposerait d’assurer au peuple palestinien la reconnaissance de ses droits, de conforter des logiques de paix et des processus démocratiques dans tous les pays de la région, les politiques israélo-américaines abusent de l’épouvantail terroriste pour masquer en vérité des stratégies de conquête. Loin de servir la sécurité collective de la région, elles en font un volcan prêt à exploser à tout moment.

La France a tout à perdre à s’aligner sur ces thèses. Il ne suffira pas d’un aller-retour éclair de Dominique de Villepin à Beyrouth pour effacer les terribles conséquences de cette prise en otage de tout un peuple. Surtout si rien n’est dit ni fait pour stopper l’engrenage d’une politique de domination qui ne connaît que la guerre pour s’imposer.

Sources : L'Humanité

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans ISRAEL LIBAN

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