Liban-Palestine : Israël devra rembourser l'ensemble des destructions d'infrastructures
Alors pour parler des infrastructures justement, il faut quand même savoir que presque tout ce que l'armée israélienne a détruit au Liban, c'est la France qui l'avait financé. L'argent des autres ne coûte pas cher aux sionistes. Car si les organisations sionistes n'en finissent pas de demander des réparations aux victimes pour leur propre chef, il ne leur vient certainement pas à l'idée de réparer leurs dégâts. Ce qui prouve une fois de plus la mentalité ô combien honorable !
Liban-Palestine: Israël devra rembourser l’ensemble des destructions d’infrastructures
par Franck Biancheri
Mon dernier article sur le Proche-Orient (L'UE doit prendre des risques au Proche-Orient - 14/07) avait été écrit trois jours avant l’attaque du Liban par Israël et se concentrait donc sur la définition d’une future politique européenne pro-active concernant le conflit israélo-palestinien. J’y soulignais notamment la nécessité pour l’UE de mettre en place des règles permettant de « civiliser » les affrontements entre les deux parties, en particulier lors des crises régulières qui affectent la région.
J’étais bien entendu loin de me douter que cette question de la destruction d’infrastructures par l’armée israélienne deviendrait quelques jours plus tard un thème central de l’actualité mondiale du fait de sa mise en œuvre à une vaste échelle au Liban où Israël détruit actuellement les routes, les ponts, les ports, les usines, les aéroports …, .sous prétexte de chasse au terroriste. Je dis bien « sous prétexte » car les seuls à en souffrir très directement ne sont nullement les terroristes (que d’autres appellent tout simplement des « combattants ») mais bien les populations civiles incapables de se déplacer, de travailler, de se soigner, … . On retrouve dans cette rhétorique et cette pratique militaire brutale les échos de ce qui a fait perdre aux Etats-Unis, en moins de trois ans, du fait de l’invasion de l’Irak, tout le capital moral accumulé par des générations d’Américains. Israël est en train de se suicider moralement par cette action inexcusable. C’est d’ailleurs ce que j’ai écrit ces jours-ci à mes amis israéliens, et en particulier à ces jeunes responsables associatifs rencontrés au cours de mes conférences en Israël en Décembre dernier, en leur soulignant combien leurs dirigeants actuels étaient en train d’obérer leur avenir, tout comme d’ailleurs les dirigeants américains actuels l’ont fait pour leur peuple.
Par ces opérations inexcusables, ces dirigeants entraînent leurs peuples dans des impasses politiques et morales, voire économiques, de plus en plus dangereuses. D’ailleurs, on retrouve derrière les décisions actuelles de Tel-Aviv les mêmes cercles que ceux qui à Washington ont poussé à l’invasion de l’Irak (néo-conservateurs, évangélistes et ultra-sionistes). Pauvres israéliens qui vont devoir subir les mêmes déconvenues et avanies que les citoyens américains qui, eux aussi, soutenaient à 80% ces mêmes démiurges de salon il y a seulement quatre ans !
Et déjà l’amer scénario se met en place. Si la haine d’Israël est désormais décuplée dans les mondes arabe et musulman par sa double offensive militaire à Gaza et au Liban, c’est l’incompréhension toujours proche du rejet, qui est en train de se répandre dans l’opinion publique européenne, et ce quelque soit le pays. Les dirigeants européens sont plus que jamais déconnectés de leurs opinions publiques et leur passivité collective (1), en partie provoquée par Washington, cache une triste réalité : pour les Européens, l’état hébreu est en train de devenir la composante centrale d’un problème, et non plus la partie d’une solution. Rien n’est encore définitif mais la tendance dans cette direction s’accélère et les actions actuelles de l’état hébreu sont en train de la rendre durable.
Une chose est certaine désormais : il faut faire rentrer Israël dans le rang du droit international. Il n’est aucune excuse dans le monde ou dans l’Histoire pour qu’Israël continue à prétendre être au-dessus du droit international. Pour les Européens des années à venir, qui comptent faire de l’UE une force mondiale prouvant une gouvernance globale fondée sur l’état de droit, et non pas sur l’usage de la force, il ne sera plus acceptable qu’un Etat se prétende hors norme. Tout comme l’administration Bush est en train péniblement de le redécouvrir, désormais, le « reste du monde » pèse trop lourd pour que quiconque, même l’état le plus puissant, puisse prétendre s’affranchir des contraintes qu’il impose. Et, par anticipation, que personne ne pense une seule seconde que le souvenir de l’ « Holocauste » puisse à l’avenir pour les Européens justifier qu’Israël bénéficie du moindre statut exorbitant de droit international. Au contraire, c’est de laisser agir des dirigeants et des forces politiques pleines de mépris des autres et du droit international qui conduit à perpétrer de tels actes. S’il y a une leçon à retenir de la Shoah et de ses conséquences et qui puisse affermir le cadre légal autour du conflit au Proche-Orient, c’est celle des réparations aux victimes. Et là, que ce soit en Palestine ou au Liban, les citoyens d’Israël doivent avoir conscience que les grandes destructions effectuées par leur armée devront être remboursées par eux ou leurs enfants, aux Palestiniens et aux Libanais. Car ce sera une composante incontournable de tout processus de paix régionale. Cette notion de réparation des destructions d’infrastructures doit dès aujourd’hui être intégrée dans la réflexion sur l’avenir du conflit. Et je demanderai à Newropeans d’intégrer très précisément cette composante dans la définition de la future politique extérieure européenne concernant le Moyen-Orient.
Dans cette perspective, et là je m’adresse à mes jeunes lecteurs israéliens, chaque jour qui passe vous endette financièrement un peu plus vis-à-vis de vos voisins libanais et palestiniens. Pensez-y quand vos leaders vous promettent que les bombes sur les ponts assurent votre avenir !
L’argent ne peut jamais couvrir les pertes humaines. En revanche, il peut aisément couvrir les destructions matérielles et ainsi, de manière détournée, rendre plus évident le coût également politique et moral d’un conflit.
Pour les Européens des prochaines décennies, qui veilleront à ce que le voisinage direct de l’UE soit le plus prospère et le plus démocratique possible, c’est dès maintenant que se structurent les axes de leur politique vis-à-vis des différents acteurs du conflit israélo-arabe. De la même manière que l’UE ne devra plus tolérer les actes terroristes côté arabe, elle devra imposer des règles semblables à Israël. Et elle en a largement les moyens étant donnée la dépendance croissante d’Israël vis-à-vis de l’UE. Car il ne faut pas être grand clerc pour voir combien les Etats-Unis sont un partenaire peu fiable à long terme pour Israël. Les récents débats aux Etats-Unis (notamment lancés via Harvard) sur l’influence trop grande des intérêts israéliens dans la définition de la politique extérieure US ne sont que les prémisses d’une évolution qui ne peut que voir l’ « allié américain » se désengager progressivement. Intérêts pétroliers, affaiblissement politique, militaire et économique, le « superpower » d’hier est en train de devenir un « superpowerless ». Or, les choix des dirigeants israéliens actuels reposent toujours plus sur cette idée fallacieuse qu’il y aura toujours la superpuissance US pour aider Israël à transgresser en toute impunité le droit international ou bien pour permettre au pays de résister indéfiniment à un monde arabo-musulman en pleine croissance.
Comme le dit le proverbe juif, « Si un homme te traite de cheval, mets lui ton poing sur la figure. Si un deuxième homme te traite de cheval, traite le d’imbécile. Si un troisième homme te traite de cheval, va t’acheter une selle ! ». Il est temps pour Israël d’acheter la selle du droit international et les européens peuvent l’y aider. Les Européens de demain ne seront pas les alliés d’Israël au sens où les Américains le sont devenus car ces derniers sont désormais des complices. En revanche ils seront des partenaires fiables, conscients de l’Histoire, mais tout aussi conscient qu’elle nous a enseigné à tous que c’est quand on rejette le droit international construit par des démocraties que les pires dérives morales deviennent probables.