N'oubliez pas Gaza !
Après l’appel au cessez-le-feu, voté au conseil de sécurité des nations unies, entre Israël et le Hezbollah, les Palestiniens craignent qu’Israël ne se lance dans une nouvelle escalade militaire contre la Bande de Gaza avec pour objectif de rétablir le moral d’un public israélien passablement découragé.
En fait, l’armée israélienne n’a jamais cessé d’assassiner des Palestiniens et de détruire leurs maisons même un seul jour durant la guerre contre le Liban. Les sources médicales palestiniennes ont indiqué cette semaine que plus de 187 Palestiniens ont été tués, le plus souvent dans la bande de Gaza, depuis le début du mois de juillet.
Selon Riyad Awad, le directeur du centre d’Informations sur la situation sanitaire basé à Gaza, le massacre de Palestiniens devient « une routine quotidienne macabre ». « Pas un jour ne s’écoule sans que l’armée israélienne ne tue en moyenne cinq ou six Palestiniens, la plupart du temps des enfants, des femmes et d’autres civils innocents. Israël estime que le monde lui donne un mandat pour tuer et mutiler à volonté », a-t-il déclaré.
Lundi, le jour où le cessez-le-feu au Liban est devenu effectif, l’armée israélienne a assassiné une mère et ses deux enfants au nord de Gaza lorsqu’un tank Merkava a tiré un obus sur leur maison, mettant leurs corps en pièces.
Quelques heures plus tard, les avions de guerre israéliens ont bombardé et détruit trois maisons en l’espace de quelques minutes à Jabalya et Beit Hanun après que Shin Bet [service de renseignements et d’espionnage israélien] ait téléphoné aux familles concernées, les avertissant de s’enfuir sous peine d’être bombardées immédiatement.
Le bombardement a eu des effets sur tout le voisinage, blessant 14 personnes, dont certaines sérieusement. Ghazi Hamed, le porte-parole du gouvernement palestinien, a déclaré à Al-Ahram Weekly que les probabilités qu’Israël effectue une « autre orgie » de terreur et meurtres dans Gaza étaient plus fortes que jamais. Le « Israël croit, peut-être avec justesse, que le monde qui n’a absolument rien fait tandis qu’Israël détruisait le Liban, massacrant des civils en masse, se comporterait de la même façon si les israéliens refaisaient la même chose dans la bande de Gaza. »
Hamed croit qu’une nouvelle attaque israélienne dans la Bande de Gaza ne chercherait pas nécessairement à atteindre des objectifs politiques ou de sécurité spécifiques. Ce serait plutôt une nouvelle série de meurtres qui auraient pour objectif de remonter le niveau de confiance du public israélien vis à vis du premier ministre et du ministre de la défense maintenant contestés et humiliés. « Vous savez que rien ne remonterait mieux l’humeur du public israélien que d’assassiner des enfants Palestiniens et de répandre du sang palestinien et libanais », a ajouté Hamed.
Un autre raison de mitrailler Gaza serait de punir des Palestiniens pour leur solidarité et leur identification avec le Hezbollah pendant la guerre. Il est certain que les Palestiniens, affamés et agressés de façon implacable par Israël, ont exprimé leur satisfaction de voir l’armée israélienne prendre une claque de la part des combattants du Hezbollah. Le responsable de Hezbollah, le cheik Hassan Nasrallah, dont le portrait est omniprésent dans toute la Cisjordanie et dans tout Gaza, est rapidement devenu la figure politique la plus populaire parmi les Palestiniens.
Beaucoup de Palestiniens, particulièrement dans le camp de la résistance, rêvent d’imiter le Hezbollah au niveau de ses moyens de dissuasion. Actuellement, les principaux moyens à disposition des Palestiniens pour s’attaquer à Israël sont les fusées artisanales Qassam. Il s’agit cependant principalement d’une arme psychologique alimentant l’inquiétude collective parmi les israéliens vivant à proximité de la Bande de Gaza.
En effet, la résistance palestinienne et les responsables politiques comprennent bien, au moins en privé, que la situation dans Gaza et au Liban sont très différentes, puisque le Liban est, en dernière analyse, un état souverain tandis que les Palestiniens sont en réalité des prisonniers subissant une occupation militaire qui détermine presque chaque aspect de leur vie. Par conséquent, les groupes palestiniens de guérilla continueront à opter pour la résistance de basse intensité, visant moins à battre Israël militairement -- un but clairement au delà de leur capacité - qu’à rendre l’occupation trop coûteuse pour Israël.
En attendant, les efforts déployés pour parvenir à un échange de prisonniers entre Israël et les Palestiniens n’ont pas encore donné de résultats dans la mesure où Israël, meurtri par la guerre contre le Liban, refuse le moindre lien entre la libération du soldat israélien capturé, le caporal Gilad Shalit, et et les détenus politiques palestiniens qui croupissent dans les geôles israéliennes, beaucoup sans accusation ni jugement.
Un fonctionnaire du gouvernement palestinien a décrit cette semaine l’attitude israélienne en ce qui concerne l’affaire Shalit comme « arrogante, insolente et condescendante ». « Ils veulent que nous libérions Shalit en échange d’une promesse vague et évasive de libérer un nombre non spécifié de Palestiniens des camps de détention israéliens, » a-t-il déclaré, sous couvert de l’anonymat car il n’était pas autorisé à parler aux médias.
Le lundi 14 août, le premier ministre israélien Ehud Olmert a fait savoir aux parents des deux soldats israéliens capturés par les combattants du Hezbollah il y a cinq semaines [l’action utilisé par Israël comme prétexte pour sa guerre préparée à l’avance contre le Liban] que son gouvernement était en pourparler avec le Hezbullah pour la libération des soldats.
Ces remarques, qui ont attiré de sévères critiques parce qu’Olmert aurait pu procéder ainsi sans lancer une guerre qui a provoqué la mort de plus d’une centaine de soldats israéliens, donnent à penser que le gouvernement israélien pourrait par la suite accepter d’échanger des détenus Palestiniens et les otages prisonniers en Israël contre Shalit.
Pour l’instant, cependant, Israël tente de libérer Shalit soit dans le cadre d’un arrangement avec l’Autorité Palestinienne -- avec un résultat peu probable étant donné le rejet résolu d’un tel arrangement par le Hamas et par ceux qui ont capturé Shalit - soit en arrivant à le localiser par des efforts intensifs en collecte de renseignements comme l’armée israélienne a tenté de le faire depuis la capture du 25 juin.
En conclusion, alors que le gouvernement palestinien dirigé par le Hamas fonctionne au ralenti en partie à cause des enlèvements par Israël de plusieurs de ses ministres et de plusieurs dizaines de députés, les responsables du Fatah et du Hamas s’étaient réunis dans la bande de Gaza pour tenter une nouvelle fois de former un gouvernement d’unité nationale.
De nombreux Palestiniens appartenant à divers milieux politiques sont arrivés à la conclusion qu’un gouvernement d’unité nationale était probablement la seule chose que pouvaient faire les Palestiniens pour sauver l’Autorité Palestinienne (AP) de l’éclatement et de l’effondrement. La semaine dernière, le premier ministre palestinien Ismail Haniyeh avait déclaré que les responsables Palestiniens devaient sérieusement étudier la possibilité de dissoudre l’AP et qu’il s’agissait d’une question de responsabilité nationale.
Haniyeh a argué du fait qu’il n’y avait aucune raison « de se tromper soi-même et de donner au monde la fausse impression qu’il y ait un gouvernement Palestinien alors que l’armée israélienne d’occupation détruit chaque lambeau d’autorité, kidnappe ministres et députés et oblige les fonctionnaires à se cacher. » L’appel tacite à la dissolution de l’AP a trouvé l’appui inattendu du responsable du Fatah basé à Tunis, Farouk Qaddumi, qui a expliqué qu’il n’y avait aucun intérêt à tenir à bout de bras une « autorité qui n’a aucune autorité. »
Le Président de l’AP, Mahmoud Abbas, a rejeté la proposition de dissolution comme « inadmissible pour l’instant ». Cependant, il est de plus en plus clair que si un gouvernement d’unité nationale échouait à mettre un terme au blocus imposé par Israël et les Etats-Unis et à donner aux Palestiniens un nouvel espoir pour en finir avec l’occupation, les demandes de dissolution de l’AP seraient trop pressantes pour être ignorées, même par Abbas lui-même.
http://weekly.ahram.org.eg/2006/808...
Traduction : Claude Zurbach