La force n'est pas la solution
Le conflit israelo-arabe: la force n'est pas la solution
par Jawad Kerdoudi
Israël nous a fait vivre un été sanglant. D’abord, l’agression contre Gaza, puis contre le Liban, sous prétexte de récupérer un soldat enlevé par le Hamas, et deux autres enlevés par le Hezbollah. Tout en étant aussi odieuse que celle de Gaza, l’agression israélienne contre le Liban a été encore plus abjecte.
Pendant 34 jours, Israël a bombardé le Liban par air, mer et terre, causant 1300 morts, 45.000 blessés, 1 million de réfugiés et des pertes estimées à 6 Milliards de dollars. Ce qui a le plus ébranlé la conscience internationale, a été le bombardement systématique de cibles civiles, contrairement aux lois internationales de la guerre.
Le dramatique bombardement de Cana a fait notamment de nombreuses victimes civiles, dont notamment des femmes et des enfants. Israël a en outre bombardé une centrale électrique, causant un grave préjudice à l’environnement, par le fait de la pollution par le pétrole de près de 140 kilomètres de côtes libanaises.
Tout cela, et pendant 34 jours, sans aucun réaction significative de la communauté internationale pour exiger un cessez-le-feu immédiat. Au contraire, les Etats-Unis d’Amérique ont empêché le vote de toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU favorable à l’arrêt de l’agression, en invoquant « le droit d’Israël à se défendre ». Finalement, Israël et son allié américain ont constaté qu’ils ne pourraient atteindre leurs objectifs : récupérer sans conditions les soldats israéliens enlevés, et désarmer le Hezbollah.
Israël le sait bien
Ce dernier, par une résistance farouche et inattendue, a tenu tête à l’Armada israélienne, et a continué à envoyer ses missiles sur le Nord d’Israël pendant toute la période des combats. Le Conseil de sécurité de l’ONU sur l’insistance de la France, et grâce à l’action résolue du Président Chirac, a finalement adopté la résolution 1701 du Conseil de sécurité, ordonnant le cessez-le-feu, et l’envoi d’une force d’interposition internationale de 15.000 casques bleus au Sud de Liban, en même temps que le déploiement dans la région du même nombre de soldats de l’armée libanaise.
Cette nouvelle guerre de Liban, montre à l’évidence que le conflit israélo-arabe ne peut être réglé par la force. La création de l’Etat d’Israël en 1948, sur une terre arabe, a été une erreur historique. Pendant plus d’un demi-siècle, six guerres ont opposé Israël aux pays Arabes, sans que le conflit s’apaise, entraînant des souffrances incommensurables de part et d’autre. La seule solution possible pour la résolution définitive de cette crise est la négociation entre Israël et les pays Arabes.
Israël le sait bien : ce n’est qu’en négociant avec l’Egypte, et en lui rétrocédant le Sinaï, qu’elle a pu conclure un traité de paix le 26 Mars 1979 avec ce pays. La même approche a été utilisée avec la Jordanie, qui a également signé un traité de paix avec Israël le 25 Juillet 1994, contre la restitution par Israël de la zone Arava. Reste à résoudre trois problèmes : la Syrie, le Liban et la Palestine. Israël ne connaîtra la paix définitive qu’en résolvant ces trois questions.
Pour la Syrie, le problème est relativement simple, dans la mesure où ce dernier pays serait prêt à signer un traité de paix avec Israël, contre la restitution du Golan. De même qu’avec le Liban, le conflit territorial se limite à quelques fermes du Chebaa, qui pourra trouver facilement une solution.
Le conflit israélo-palestinien est certes plus complexe. Quatre questions sont à résoudre : la délimitation du territoire palestinien, le problème des réfugiés palestiniens, la question des colonies israéliennes en Cisjordanie, et le statut de Jérusalem. Certes ces questions sont difficiles, et les positions extrêmes de part et d’autre. En ce qui concerne le territoire palestinien, on sait que la position palestinienne est la restitution intégrale de la Cisjordanie, telle qu’elle existait avant la guerre de 1967. Israël veut grignoter sur ce territoire, en construisant le Mur, et en invoquant des raisons de sécurité.
Un « package deal »
Pour ce qui est du problème des réfugiés, les palestiniens exigent le retour de tous les réfugiés palestiniens en terre d’Israël. Les israéliens refusent, en argumentant qu’un tel retour modifierait la composition ethnique de l’Etat d’Israël. Les palestiniens exigent d’autre part le démantèlement de toutes les colonies israéliennes installées en Cisjordanie. Enfin, Jérusalem est revendiquée comme capitale à la fois par Israël et par la Palestine.
La négociation doit permettre de trouver des compromis entre ces positions extrêmes. Il appartient évidement aux israéliens et palestiniens de négocier entre eux. On peut suggérer cependant ici quelques pistes. La négociation ne peut réussir que si les positions extrêmes soient éliminées. Les palestiniens ne peuvent faire disparaître Israël, qui est un fait incontournable actuellement. De même Israël ne doit plus rêver au « Grand Israël », qui est irréalisable dans les circonstances présentes.
Un « package deal » doit être établi avec des concessions de part et d’autre. Les palestiniens pourraient par exemple accepter quelques légères modifications territoriales par rapport au statut de la Cisjordanie d’avant 1967. Pour les réfugiés, un quota à déterminer pourrait être autorisé à retourner en Israël, le reste des réfugiés pourraient recevoir une indemnisation, pour s’installer dans le nouvel Etat palestinien. Pour les colonies israéliennes installées en Cisjordanie, un certain nombre devrait être démantelé, mais liberté serait laissée aux colons israéliens, qui souhaiteraient rester sous l’autorité palestinienne. Enfin, on peut envisager un partage de Jérusalem, chaque partie pourrait y installer sa capitale, si elle le souhaite.
L’ambition hégémonique de l’Iran
Pour que de telles solutions puissent être mises en application, et pour rétablir la confiance entre Israël et les pays Arabes, il faut une forte mobilisation de la communauté internationale. L’ONU, qui est l’instance naturelle pour la résolution de tels conflits, doit reprendre sérieusement le dossier, à l’occasion de sa prochaine Assemblée générale en Septembre prochain. Les pays Arabes, qui ont déjà exprimé leur position, lors du dernier Sommet de Beyrout, à savoir la reconnaissance d’Israël contre la restitution des territoires occupés en 1967, doivent donner la priorité à la recherche d’une solution. L’Europe et la Russie doivent peser de tout leur poids pour la résolution de ce conflit.
La France et l’Espagne peuvent jouer un rôle de premier plan, étant donné les bonnes relations qu’elles entretiennent avec les pays Arabes et Israël. Enfin, les Etats-Unis d’Amérique ont tout intérêt à contribuer à trouver une solution au conflit israélo-arabe. La paix entre Israël et les pays Arabes réduirait la tension au Moyen-Orient, et permettrait de lutter plus efficacement contre le terrorisme international. Cela permettrait de neutraliser l’ambition hégémonique de l’Iran dans la région, et l’expansion des mouvements extrémistes dans le monde musulman.
En conclusion, on peut affirmer qu’il est temps de résoudre définitivement le conflit israélo-arabe, qui empoisonne les relations internationales depuis plus d’un demi-siècle. La résolution de ce conflit ne peut se faire par la force, elle ne peut l’être que par la négociation, sous l’égide de la communauté internationale. Cette négociation doit aboutir à la création d’un Etat palestinien viable, vivant côte à côte avec Israël, et par la signature de traités de paix entre Israël et les pays arabes voisins.
Il y a lieu de tout mettre en œuvre pour que lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU, il soit décidé la convocation dans les meilleurs délais d’une Conférence internationale sur la résolution du conflit israélo-arabe.
Sources : Menara
Posté par Adriana Evangelizt