La colère de l'éléphant : Israël au Liban
La colère de l'éléphant : Israël au Liban
par Ronnie Kasrils
député Sud-africain
Israël est comme les éléphants du Parc National de Kruger, déclara l'ancien porte-parole d'Ariel Sharon, lors d'une récente visite en Afrique du Sud. Ra'anan Gissin intervenait à l'invitation de la Fédération Sioniste : "Nous voulons juste qu'on nous laisse tranquilles," plaida-t-il, "Nous avons l'air dociles mais si on nous blesse nous pouvons devenir fous furieux parce que nous sommes une espèce menacée."
Comme tout le monde à pu le constater, le Liban - qui fait la moitié de la taille d'Israël - vient de subir la colère en question : sa population, sa capitale, ses villes, ses villages, ses routes, ses ponts, ses réseaux électricité et d'eau ont été réduits en poussière.
L'événement qui a apparemment déclenché cette rage fut la capture par le Hezbollah de deux soldats Israéliens - dont un était originaire de Durban (Afrique du Sud).
Deux semaines auparavant, pour une attaque similaire du Hamas, la population de Gaza a payé un prix de deux cents contre un et ses infrastructures ont été démolies. Le nombre de morts au Liban s'élève à plus de 1200 contre 150 israéliens - dont 120 soldats. Un tiers des victimes libanaises sont des enfants. Des milliers d'autres ont été mutilés, ont vu leurs maisons rasées. Un quart de la population est déplacée. Le pays est soumis à un blocus.
L'écrivain norvégien Joostein Gaarder répondit : "Nous ne reconnaissons plus l'état d'Israël. Nous ne pouvions plus reconnaître le régime de l'Apartheid... Nous appelons les meurtriers d'enfants des "meurtriers d'enfants"... Nous ne reconnaissons pas le principe de mille yeux arabes pour un oeil israélien".
Le monde se démène pour tenter de comprendre les causes du conflit. Parler des Juifs Israéliens comme d'une espèce menacée est la position standard sioniste : les Juifs ont commencé à retourner en Palestine à la fin du 19ème siècle pour réclamer leurs terres bibliques. Au fur et à mesure qu'ils prenaient possession des terres, ils se sont heurtés à une opposition violente croissante des Arabes. Les colons ont du se défendre, hier comme aujourd'hui.
En réalité, le projet Sioniste visait à déposséder la population locale afin de transformer Israël en un état totalement juif. Au fur et à mesure que les Palestiniens en prenaient conscience, ils ont naturellement commencé à résister. A l'indépendance d'Israël en 1948, basée sur un plan de partition de l'ONU - environ 56% des terres pour l'état juif et 44% pour les Palestiniens - Israël se dota du pouvoir, de l'aide et des ressources nécessaires pour s'étendre sur 78% des anciens territoires, en expulsant les Palestiniens et, avec le soutien des Etats-Unis, devenir une puissance régionale.
Avec les colonies juives illégales, le réseau de barrages routiers, la construction d'un monstrueux mur autour de la Cisjordanie sous occupation militaire, les Palestiniens qui sont encore présents se trouvent ghettoisés à l'intérieur de 12% de leurs territoires d'origine. Cette dépossession fait penser à l'Apartheid et ses 13% de territoires bantoustans. Pour de nombreuses personnes, ce sont là les causes fondamentales du conflit.
Le Liban aussi fait partie des plans annexionnistes du Sionisme. Israël considère que la rivière Litanie constitue une frontière naturelle au nord et cherche constamment à transformer le pays en un foyer chrétien contre les Musulmans ; il a envahi le pays en 1948, 1978 et 1982 et y est resté jusqu'à en être chassé par le Hezbollah en 2000. Durant cette période, Israël a provoqué une guerre civile, se rendit complice de massacres, créa une armée mercenaire au sud du pays, et occupe toujours des terres agricoles stratégiques. Il n'est pas étonnant qu'un soldat israélien qui battait en retraite ait grommelé que le Liban était une histoire sans fin.
Qu'y a-t-il derrière la dernière agression israélienne ? Une telle riposte disproportionnée a-t-elle réellement pu être provoquée par la capture de deux soldats ? Il y a toujours eu des escarmouches aux frontières. Israël aurait pu riposter par une action locale ou par un échange de prisonniers comme le demandait le Hezbollah. Au lieu de cela, les chiens de guerre furent lâchés.
Le Premier Ministre israélien, Ehud Olmert, avait bien sûr quelque chose à prouver au niveau de son testostérone. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il n'est pas un ancien général. En tant que male dominant du troupeau, il se devait de s'imposer et repousser les attaques sur son flanc droit et donner une leçon aux Arabes. Mais ceci n'explique pas en totalité la réaction israélienne.
Des militants pacifiques israéliens avaient déjà prévenu que les militaires n'attendaient qu'une provocation pour déclencher "une éventuelle combinaison de terrorisme d'état et de meurtres en masse" à Gaza - afin de protéger à tout prix la stratégie de "retrait unilatéral" de Sharon.
Fait révélateur, Israël s'est intégré à la nouvelle stratégie de guerre contre le terrorisme propulsée par les néoconservateurs de Washington. De nombreux observateurs suggèrent que les Etats-Unis ont un objectif plus global qui consiste à étrangler l'axe Hezbollah, Hamas, Syrie et Iran, que l'administration Bush considère comme des forces pouvant influencer la donne dans la région du Moyen Orient. Un haut officiel israélien a expliqué que le raid du Hezbollah a fournit "une occasion unique de faire converger certains intérêts." Pour Israël, ce nouveau paradigme est la bienvenue car il écarte le conflit israelo-arabe en tant que cause principale du conflit.
Certains affirment qu'une telle "convergence" a encouragé les faucons israéliens à déclencher le massacre au Liban. D'autres soulignent le grave danger qu'un tel programme représente pour le peuple israélien
Il n'est pas facile d'écraser une résistance populaire légitime. Une des raisons de la visite de Gissin en Afrique du Sud était de rassurer les sionistes locaux qu'Israël n'avait pas perdu la guerre contre le Hezbollah. Israël avait perdu la guerre de la communication, dit-il, mais pas celle des armes. Mais à l'évidence, Israël a perdu les deux guerres. Le Hezbollah, dont Israël avait annoncé l'éradication, leur infligea une nouvelle leçon dans la vallée de la Litanie, et a encore une fois démonté le mythe de l'invincibilité d'Israël. Et la répression génère toujours plus de résistance - au Liban comme en Palestine.
Israël a perdu la guerre de la communication parce que le monde entier à vu les cadavres d'enfants arabes enfouis dans les gravats des immeubles détruits.
Les gens disent : "à présent les Juifs se comportent comme des Nazis". Cette phrase fut prononcée par le premier Ministre de l'Agriculture d'Israël, Joostein Gaarder, en mai 1948 après les massacres de Deir Yassin. Il ajouta "et tout mon être a été secoué."
Pendant combien de temps encore allons nous tolérer l'impunité d'Israël devant le vol des terres et les meurtres d'enfants ? Les sièges et les points de contrôle ; les punitions collectives et les exécutions ciblées; les démolitions de maisons et le nettoyage ethnique ; l'enlèvement illégal de parlementaires élus et de ministres du gouvernement... Lorsque le nouveau chef des armées, Dan Halitz, ordonna le largage d'une bombe d'une tonne sur un ensemble d'immeubles d'habitation à Gaza pour éliminer un dirigeant du Hamas, il a dit que la seule chose qu'il a ressenti fut la sensation d'une secousse de l'avion lorsque la bombe fut lâchée. Aucun remords pour les femmes et les enfants réduits en miettes en même temps que la cible. Il a dit qu'il dormait bien la nuit.
Tout comme Aharon Cizlang, nous sommes secoués. Nous pleurons ceux qui sont morts sous les roquettes en Israël. Mais nous ne rejetons pas la faute sur le Hezbollah ou la résistance Palestinienne pas plus que nous ne rejetions la faute sur les forces de libération en Afrique du sud lorsque des civils trouvaient la mort. Nous accusions la politique raciste d'un gouvernement corrompu qui avait cyniquement placé son propre peuple en ligne de mire.
En bombardant Beyrouth, les dirigeants Israéliens savaient qu'il y aurait une riposte, tout comme lorsqu'ils se livrent à des assassinats pour provoquer une réaction et ruiner des négociations dont ils n'en veulent pas. Pour eux, la terreur de leurs propres citoyens, fuyant vers le sud ou se cachant dans des abris, est acceptable pour leurs calculs cyniques. Comme l'a fait remarquer Tanya Reinhart, une pacifiste Israélienne, "pour la hiérarchie militaire israélienne, les Libanais et les Palestiniens mais aussi les Israéliens ne sont que des pions dans un jeu militaire plus vaste." Et comme il est révélateur de voir des missiles tomber sur Haïfa en faisant des victimes arabes à qui leur gouvernement n'avait pas pris la peine de fournir des abris.
Comme Joostein Gaarder, nous devons appeler les tueurs de bébés, des "tueurs de bébés", et affirmer que ceux qui ont recours à des méthodes qui rappellent celles de Nazis ont besoin qu'on leur rappelle qu'ils se comportent comme des Nazis. Que les israéliens puissent se réveiller et retrouver la raison, comme ce fut le cas en Afrique du Sud, pour négocier la paix. Pour finir, tirons des leçons de ce qui a permis d'ouvrir les yeux aux sud-africains blancs : la combinaison d'un combat juste renforcé par une solidarité internationale employant les armes du boycott et des sanctions.
Sources : CUBA SOLIDARITY PROJECT
Posté par Adriana Evangelizt