Sionisme, anti-sionisme
Sionisme, anti-sionisme
par Jean-François Goulon
Webmaster de Questions Critiques
Le sionisme est-il une entreprise de colonisation ? Pour Théodore Herzl c'est oui, mais aujourd'hui il semble que cela soit discuté.
Ecoutons la Secrétaire Générale adjointe du Cercle Léon Blum :
"Être sioniste, c'est être favorable à l'existence d'un état juif sur une partie de la Palestine mandataire, c'est être convaincu de la légitimité même d'Israël. [...] L'antisionisme nous dépeint le sionisme comme un mouvement colonial. Reprenons la définition de "colonie": il s'agit de l'exploitation d'un territoire étranger par une métropole bénéficiaire. Peut-on parler de territoire étranger, lorsque le lien qui unit les Juifs à Israël est ancestral ? [...]"
Véronique Bensaïd
1) " …favorable à l'existence d'un Etat juif… "
Si je suis Juif, oui, probablement, mais pas forcément (cf. Einstein ou Martin Buber) Dans le cas contraire, pourquoi pas, mais où ?
2) " …sur une partie de la Palestine mandataire… "
Attendez ! Là, il y a un truc qui cloche. Lorsque le sionisme a été reconnu pour la première fois en public, c'était en 1897, lors du premier Congrès sioniste mondial, vingt ans avant le début du " Mandat " britannique. Retirons donc "mandataire".
3) " …c'est être convaincu de la légitimité-même d'Israël… "
Pour être convaincu, il faut des arguments convaincants. Certains n'ont d'arguments que leurs croyances, d'autres cherchent encore les arguments pour s'en convaincre. Entre deux, il y a les légalistes : Israël a été reconnu par les Nations-Unies en 1949, un an après son auto-proclamation. A titre personnel, je préfère me référer à la loi. Je reconnais donc la légitimité d'Israël, jusqu'en 1967, telle qu'elle lui avait été reconnue en 1949 par les Nations-Unies à la suite des conférences de Lausanne.
4) " …L'antisionisme nous dépeint le sionisme comme un mouvement colonial… "
Je me réfère à Herzl et je confirme : le sionisme est bien un mouvement de colonisation.
5) " …le lien qui unit les Juifs à Israël est ancestral... "
Le lien qui unit les Juifs à l'Etat d'Israël ne peut pas être ancestral, puisque l'Etat d'Israël, en prenant la date la plus ancienne (celle de son auto-proclamation), n'existe que depuis 1948. Israël est donc à chercher ailleurs. Le Royaume d'Israël, alors ? Reprenons. Tout commence avec la conquête de Canaan par David, -1000 env., sur un peuple avancé, comme en témoignent des fouilles remontant à l'âge de bronze. Les longs règnes de David et de Salomon durèrent en tout 73 ans, à la suite desquels, le royaume initial se scinda en deux (-930). Après plusieurs règnes de soumission aux Assyriens, en -722, le Royaume d'Israël n'existait plus.
Comme on le voit, ce lien est peut-être ancestral, mais la période de référence est particulièrement courte. La plus courte de tous les peuples qui ont vécu sur cette terre.
Toutefois, l'honnêteté commande de dire que le deuxième royaume juif, le Royaume de Juda, dura jusqu'en -586, donc 344 ans, soit 57 ans de moins que l'occupation de ces terres par l'empire ottoman (1516-1917).
Ce n'est donc pas là non plus que la légitimité d'Israël est à chercher. Je cherche, je cherche, mais je quitte le rationnel…
Est-il nécessaire d'aller plus loin ?
Comme je le disais, je m'en tiens à la légalité. Constatant que l'Etat d'Israël n'a pas respecté les engagements qui assujettissaient sa condition d'Etat et, particulièrement, ses limites territoriales ; qu'Israël refuse de ratifier les Conventions de Genève et le TNP ; qu'Israël viole constamment les résolutions des Nations-Unies (la liste est trop longue pour tenir dans cet article) ; que dès 1967 Israël a rompu les engagements qui le liaient à la communauté internationale ; alors, je me pose des questions quant à la légalité de son statut actuel.
Je crois donc que la question que doivent se poser aujourd'hui les Israéliens (et les Juifs, en général, étant donnée la nationalité israélienne qui leur est accordée de fait par l'Etat d'Israël) est : Sommes-nous prêts à appliquer les Accords de Lausanne de 1949 — dans le cadre de la négociation d'un traité de paix définitif — en échange de la reconnaissance pleine, entière et universelle de notre Etat ? Et tant pis pour ceux qui refusent toujours de renoncer à leurs rêves d'un Grand Israël.
Mais, au fait, et si nous n'étions pas majoritaires à penser ainsi ?
Alors, Israël serait condamné à disparaître.
Sources : Questions critiques
Posté par Adriana Evangelizt