Controverse en trompe-l'oeil sur un secret de polichinelle

Publié le par Adriana Evangelizt

Nucléaire israélien - controverse en trompe-l'oeil

sur un secret de Polichinelle




par Soufiane BEN FARHAT




On ne juge guère les hommes, et encore moins les sociétés, d'après l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes. Par-delà les discours, il y a l'épreuve des faits.

Et ceux-ci importent précisément beaucoup à l'échelle du jugement. En effet, l'idéologie de l'action pratique qui leur est immanente met toujours en pièces, en dernière instance, les processus en trompe-l'oeil à des fins de légitimation ou d'apologie.

S'étant présenté, dès son irruption brutale sur la scène moyen-orientale, comme un avant-poste du monde dit libre dans la région, Israaël a failli au fil des ans à sa prétendue vocation. A telle enseigne qu'il s'inscrit désormais de plain-pied dans le registre du despotisme oriental, lequel, soit dit en passant, est une catégorie typique du corpus intellectuel orientaliste.

Témoin, la dernière controverse suscitée en Israaël même par les propos du Premier ministre Ehud Olmert reconnaissant la possession d'Israaël des armes nucléaires. Toute la classe politique israélienne, y compris le courant d'Olmert lui-même, s'est levée à l'unisson pour y déceler un malheureux lapsus ou erreur d'interprétation qui ne traduiraient guère l'état des choses.

Il faut dire qu'il s'agit d'un véritable secret de polichinelle. Depuis bien longtemps, tout le monde savait et, dans les pays occidentaux surtout, on éludait volontiers la question ou feignait d'en ignorer la teneur.

Toutefois, fussent-ils de façade, les secrets ont eux aussi leurs limites. Ainsi, pas plus tard que la semaine dernière, le nouveau secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a-t-il reconnu qu'Israaël est une puissance nucléaire. Ce qui constitue une première dans les annales des étroites relations stratégiques américano-israéliennes.

Cela n'est pas sans générer, aussi bien côté israélien que côté occidental, une certaine gêne. Et pour cause: la reconnaissance de la maîtrise israélienne des armes nucléaires et de destruction massive remet à l'ordre du jour la problématique des deux poids et deux mesures tristement célèbre dans la région.

C'est en effet sur de faux réquisitoires sur la possession par le régime de Saddam Hussein des armes de destruction massive, nucléaires, biologiques et chimiques, qu'a été conçue et exécutée l'occupation de l'Irak par les troupes anglo-américaines.

De même, les Occidentaux, Américains en tête, s'apprêtent à sanctionner l'Iran, par Conseil de sécurité de l'ONU interposé, sur ses supposées ambitions nucléaires. De son côté, Téhéran affirme développer un programme de maîtrise du nucléaire à des fins purement civiles.

Déjà, le 30 octobre dernier, les Etats-Unis d'Amérique, l'Australie, la France, l'Italie, la Grande-Bretagne et le Bahreïn ont lancé, à proximité des eaux iraniennes, des manoeuvres militaires navales dites de lutte contre la prolifération nucléaire et de contrebande des armes de destruction massive dans le Golfe.

Il faut savoir que l'Iran est signataire, depuis 1968, du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). En revanche, Israël s'en moque jusqu'ici comme du dernier de ses soucis. Bien pis, l'Inde et le Pakistan, eux aussi non signataires du TNP, font l'objet d'une âpre rivalité franco-américaine en matière de coopération nucléaire. Au cours du printemps dernier, les Présidents Bush et Chirac s'y étaient respectivement rendus à une semaine d'intervalle avec, dans leurs bagages, de généreuses offres de collaboration nucléaire multiforme.

Tant que le Pakistan -et dans une moindre mesure l'Inde- participe activement à la lutte américaine antiterroriste planétaire et tant que, surtout, il n'inquiète pas Israaël, il est toléré dans le club restreint des pays nucléaires. Oserait-il critiquer Israaël que sa vocation islamique le rattraperait pour être cloué au pilori par la "communauté internationale", c'est-à-dire les puissants pays occidentaux.

L'Iran a fait déjà les frais de cette politique ambivalente. Son programme nucléaire date de 1974 et personne n'y trouvait quelque chose à redire, le régime du Shah étant alors le principal allié d'Israël et des Américains dans la région. Mais l'une des premières mesures de la Révolution islamique de 1979 a été précisément de chasser le Mossad (services secrets israéliens) de Téhéran et de loger dans son propre bureau la délégation de l'OLP, tout en mettant en sourdine le programme nucléaire du Shah. Côté israélien et occidental, la donne a changé, surtout depuis que le régime islamique a repris le programme de maîtrise du nucléaire à des fins dites civiles.

Aujourd'hui, la reconnaissance d'Israaël comme puissance nucléaire pose de véritables casse-tête. Il y a d'abord ceux liés à la faramineuse aide américaine au régime israélien, celle-ci étant théoriquement incompatible, aux yeux de l'opinion du moins, avec le développement d'armes nucléaires. Il y a ensuite celui lié à la condamnation, aux sanctions et éventuellement aux actions armées contre l'Iran, autant de mesures largement inspirées et appuyées par un habile lobbying israélien qui ne s'en cache guère. Comment dès lors voir la paille dans l'oeil du voisin et ne pas voir la poutre dans le sien propre?

Et puis la paix qu'on veut globale, juste et durable au Moyen-Orient pourrait-elle voir le jour tant qu'Israël, le principal protagoniste du conflit, affiche impunément et d'une manière arrogante et à peine voilée sa suprématie et ses menaces nucléaires? Cela n'incite-t-il pas ses rivaux à vouloir légitimement accéder à une espèce d'équilibre de la terreur en la matière? Car, dans tous les cas de figure, cela ôte à leurs éventuels détracteurs la légitimité préalable à toute action dissuasive.

Dès lors, aux yeux de l'opinion arabe et musulmane, la prétendue controverse sur le réel secret de polichinelle du nucléaire israélien n'est que poudre aux yeux

Sources All Africa

On ne juge guère les hommes, et encore moins les sociétés, d'après l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes. Par-delà les discours, il y a l'épreuve des faits. Et ceux-ci importent précisément beaucoup à l'échelle du jugement. En effet, l'idéologie de l'action pratique qui leur est immanente met toujours en pièces, en dernière instance, les processus en trompe-l'oeil à des fins de légitimation ou d'apologie. S'étant présenté, dès son irruption brutale sur la scène moyen-orientale, comme un avant-poste du monde dit libre dans la région, Israaël a failli au fil des ans à sa prétendue vocation. A telle enseigne lequel, soit dit en passant, est Témoin, la dernière controverse suscitée en Israaël même par les propos du Premier ministre Ehud Olmert reconnaissant la possession d'Israaël des armes nucléaires. Toute la classe politique israélienne, y compris le courant d'Olmert lui-même, s'est levée à l'unisson pour y déceler un malheureux lapsus ou erreur d'interprétation qui ne traduiraient guère l'état des choses. Il faut dire qu'il s'agit d'un véritable secret de polichinelle. Depuis bien longtemps, tout le monde savait et, dans les pays occidentaux surtout, on éludait volontiers la question ou feignait d'en ignorer la teneur. Toutefois, fussent-ils de façade, les secrets ont eux aussi leurs limites. Ainsi, pas plus tard que la semaine dernière, le nouveau secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a-t-il reconnu qu'Israaël est une puissance nucléaire. Ce qui constitue une première dans les annales des étroites relations stratégiques américano-israéliennes. Cela n'est pas sans générer, aussi bien côté israélien que côté occidental, une certaine gêne. Et pour cause: la reconnaissance de la maîtrise israélienne des armes nucléaires et de destruction massive remet à l'ordre du jour la problématique des deux poids et deux mesures tristement célèbre dans la région. C'est en effet sur de faux réquisitoires sur la possession par le régime de Saddam Hussein des armes de destruction massive, nucléaires, biologiques et chimiques, qu'a été conçue et exécutée l'occupation de l'Irak par les troupes anglo-américaines. De même, les Occidentaux, Américains en tête, s'apprêtent à sanctionner l'Iran, par Conseil de sécurité de l'ONU interposé, sur ses supposées ambitions nucléaires. De son côté, Téhéran affirme développer un programme de maîtrise du nucléaire à des fins purement civiles. Déjà, le 30 octobre dernier, les Etats-Unis d'Amérique, l'Australie, la France, l'Italie, la Grande-Bretagne et le Bahreïn ont lancé, à proximité des eaux iraniennes, des manoeuvres militaires navales dites de lutte contre la prolifération nucléaire et de contrebande des armes de destruction massive dans le Golfe. Il faut savoir que l'Iran est signataire, depuis 1968, du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). En revanche, Israël s'en moque jusqu'ici comme du dernier de ses soucis. Bien pis, l'Inde et le Pakistan, eux aussi non signataires du TNP, font l'objet d'une âpre rivalité franco-américaine en matière de coopération nucléaire. Au cours du printemps dernier, les Présidents Bush et Chirac s'y étaient respectivement rendus à une semaine d'intervalle avec, dans leurs bagages, de généreuses offres de collaboration nucléaire multiforme. Tant que le Pakistan -et dans une moindre mesure l'Inde- participe activement à la lutte américaine antiterroriste planétaire et tant que, surtout, il n'inquiète pas Israaël, il est toléré dans le club restreint des pays nucléaires. Oserait-il critiquer Israaël que sa vocation islamique le rattraperait pour être cloué au pilori par la "communauté internationale", c'est-à-dire les puissants pays occidentaux. L'Iran a fait déjà les frais de cette politique ambivalente. Son programme nucléaire date de 1974 et personne n'y trouvait quelque chose à redire, le régime du Shah étant alors le principal allié d'Israël et des Américains dans la région. Mais l'une des premières mesures de la Révolution islamique de 1979 a été précisément, tout en mettant en sourdine le programme nucléaire du Shah. Côté israélien et occidental, la donne a changé, surtout depuis que le régime islamique a repris le programme de maîtrise du nucléaire à des fins dites civiles. Aujourd'hui, la reconnaissance d'Israaël comme puissance nucléaire pose de véritables casse-tête. Il y a d'abord ceux liés à la faramineuse aide américaine au régime israélien, celle-ci étant théoriquement incompatible, aux yeux de l'opinion du moins, avec le développement d'armes nucléaires. Il y a ensuite celui lié à la condamnation, aux sanctions et éventuellement aux actions armées contre l'Iran, autant de mesures largement inspirées et appuyées par un habile lobbying israélien qui ne s'en cache guère. Comment dès lors voir la paille dans l'oeil du voisin et ne pas voir la poutre dans le sien propre? Et puis la paix qu'on veut globale, juste et durable au Moyen-Orient pourrait-elle voir le jour tant qu'Israël, le principal protagoniste du conflit, affiche impunément et d'une manière arrogante et à peine voilée sa suprématie et ses menaces nucléaires? Cela n'incite-t-il pas ses rivaux à vouloir légitimement accéder à une espèce d'équilibre de la terreur en la matière? Car, dans tous les cas de figure, cela ôte à leurs éventuels détracteurs la légitimité préalable à toute action dissuasive. Dès lors, aux yeux de l'opinion arabe et musulmane, la prétendue controverse sur le réel secret de polichinelle du nucléaire israélien n'est que poudre aux yeux Sources

Posté par Adriana Evangelizt

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