La politique israélienne de nettoyage culturel à Jérusalem

Publié le par Adriana Evangelizt

La politique israélienne de nettoyage culturel dans Jérusalem


par Nicola Nasser

« Quelque soit le nom que vous lui donnez - « construction », « modernisation », « rénovation » « judaïsation » ou « fouilles archéologiques » - un processus de nettoyage culturel de Jérusalem est en cours depuis l’occupation de la ville sainte par Israël en 1967.

Les derniers travaux entrepris ne sont qu’une provocation de plus, et une nouvelle violation du droit international concernant la ville 3 fois sainte de Jérusalem. A l’arrogance sioniste, s’ajoute celle du Centre Simon Wiesenthal qui persiste à vouloir construire un musée de la « tolérance » sur une cimetière musulman très ancien.

L’arrogance israélienne de superpuissance militaire régionale soutenue sans équivoque par la super puissance mondiale des US, impose une politique triviale eut égard aux récriminations nationales et religieuses des voisins géopolitiques d’Israël, avec lesquels l’état juif est supposé aspirer à vivre en paix, en s’intégrant régionalement, tout en poursuivant en même temps une politique qui suscite l’hostilité de ces mêmes voisins et empêche de même l’établissement d’une paix potentielle.

Précédant un sommet trilatéral sponsorisé par les US avec les palestiniens et les israéliens le 19 février, et une rencontre des médiateurs internationaux pour la paix au Moyen-Orient du Quartet le 21 février, et sur fond d’affrontements quotidiens entre les palestiniens autochtones et plus de 3 000 forces appartenant à des unités spéciales de l’armée et de la police déployées dans un espace de 5 km2 dans la vieille ville occupée de Jérusalem, les bulldozers israéliens ont commencé jeudi dernier à creuser dans le cadre d’un projet qui doit durer 8 mois à quelques 50m du Dôme du Rocher et de la Mosquée Al Aqsa, mais sur des terrains du 3ème site le plus sacré de l’Islam appartenant à l’organisation Islamique Haram al-Sharif, provoquant des affrontements qui ont fait de nombreux blessés parmi les palestiniens et suscitant des prières désespérées que cela ne se transforme pas en bain de sang.

Illustrant l’arrogance destructrice du pouvoir israélien, le premier ministre Ehud Olmert dimanche à rejeté de façon triviale les protestations arabes, musulmanes et chrétiennes, comme étant pure « incitation à la violence d’extrémistes arabes » ajoutant, « il n’y a pas de problème religieux » immédiatement après que son cabinet eut « approuvé la poursuite de la construction près de la porte Mughrabi, selon le cadre de travail proposé, et à mener le plus rapidement possible », écartant un appel de son ministre de la « Défense » et deux autres ministres du cabinet d’envisager de suspendre les excavations, espérant que l’opinion publique mondiale le croirait et allant à l’encontre de plus de 2 milliards d’arabes, musulmans et chrétiens, qui ont confirmé que c’était un « problème religieux » très sensible et hautement explosif et qui ont commencé à approcher l’ONU et l’UNESCO dans l’espoir qu’ils pourraient faire barrage à la puissance arrogante d’Olmert au cours de nouvelles batailles perdues d’avance entre la force et le droit.

Parmi les voix de protestation qui se sont faites le plus entendre et qu’Olmert a rejetées comme « extrémistes incitant à la violence », pour n’en citer que quelques unes, en plus du partenaire d’Israël, l’OLP, des accords de paix d’Oslo, et les arabes palestiniens israéliens, on trouve la Jordanie, l’Egypte, tous deux alliés des US et les seuls pays arabes à avoir signé des traités de paix avec Israël, l’Arabie Saoudite, un autre allié des US et à l’initiative d’une proposition de paix avec Israël adoptée par la Ligue Arabe, le secrétaire général de l’OIC (Organisation de la Conférence Islamique ndlt) le turc Ekmeleddin Ihsanogho, dont le pays est un ami régional important d’Israël et un membre de l’OTAN, et les Eglises pour la Paix au Moyen-Orient dont la présidente Maureen Shea et la directrice exécutive Corinne Whitlatch ont envoyé vendredi des lettres à l’administration US prévenant que « les efforts de certains pays peuvent être submergées par les conséquences des actions d’Israël dans la vieille ville de Jérusalem ».

L’œil de l’actuel cyclone c’est Bab al-Magharibah, un passage situé dans la partie sud du mur ouest d’al-Haram al-Sharif, qui lie l’enceinte de la Mosquée Al Aqsa aux quartiers sud de Jérusalem ; il était utilisé par les habitants du quartier de Magharibah qui a été démoli par les bulldozers israéliens en juin 1967 pour construire « le quartier juif » à sa place. Le 28 septembre 2000, l’ancien premier ministre israélien dans le coma, Ariel Sharon, a utilisé Bab al-Magharibah pour entrer « visiter » l’Haram al-Sharif, provoquant une vague de protestations déclanchant l’Intifada (soulèvement) Al Aqsa, et bloquant le processus de paix jusqu’à ce jour. En août 1929, le même site avait déclanché un soulèvement connu dans la littérature politique palestiniennes sous le nom d’ « Al-Buraq Revolt ».

Al-Buraq est le nom arabo musulman de l’enceinte du mur ouest d’Al Aqsa, que les juifs appelaient le « mur des lamentations » avant de changer ce nom pour « le mur ouest » (du Mont du Temple, une donnée largement répandue qui a encore besoin d’être étayée par des faits historiques et des découvertes archéologiques), après la création de l’Etat d’Israël en 1948. Apres sa victoire écrasante de 1967, le pouvoir occupant israélien a confisqué par la force les clés de Bab- al-Magharibah du Waqf islamique, pour qu’elles soient depuis lors le « Talon d’Achille » d’Israël pour affirmer son « partenariat « imposé sur Haram al- Sharif, utilisant ensuite ce « partenariat » auto proclamé lors des négociations de Camp David en 2000 pour demander une souveraineté conjointe sur la zone de la Mosquée.

La Jordanie dit que les excavations israéliennes violent le traité de paix avec Israël, selon lequel l’état juif acceptait que les sites saints chrétiens et musulmans à Jérusalem soient sous la garde de la Jordanie. L’OIC dit qu’elles sont une violation flagrante du droit international et qu’il est interdit à l’état occupant de changer la forme des sites historiques et religieux. Les palestiniens disent que les excavations israéliennes sont une violation de l’accord de statut quo qui gouverne Jérusalem depuis le Mandat Britannique. Le ministère palestinien des Affaires étrangères a dit « Israël exploite le soutien sans limite des US et l’indifférence inexplicable de la part de la communauté internationale. »

L’OLP condamne les excavations comme des « provocations unilatérales menaçant de saper une fragile possibilité de paix » et a confirmé que « l’Haram al-sharif est sous la juridiction administrative du Waqf islamique de Jérusalem et est sur la liste des sites classés patrimoine mondial de l’UNESCO », ajoutant : tout travail affectant potentiellement Al-Sharif doit être coordonné avec le Waqf, selon un accord avec Israël. Les travaux actuels n’ont pas été coordonnés avec le Waqf en violation de cet accord ; » Les autorités islamiques palestiniennes et non palestiniennes sont d’accord et ajoutent que toute rénovation doit se limiter à restaurer tout site endommagé dans leur statut quo ancien.

Osnat Goaz, une porte parole pour l’Autorité des Antiquités d’Israël a rejeté les communiqués selon lesquels les excavations posaient un danger au site sacré, mais le roi de Jordanie, Abdullah II les a appelé « une menace aux fondations de la Mosquée Al Aqsa ». 18 archéologistes israéliens de renom se sont opposés en mars 2006 à ce plan, ont dit qu’il était « illégal » et ont prévenu qu’il causerait un grave dommage à l’un des sites archéologiques les plus importants en Israël et dans le monde.

Les 22 membres de la Ligue Arabe, les 54 membres de l’Organisation de la Conférence Islamique( OIC), plus de 90 membres du Mouvement des Non alignés (NAM) et les Eglises pour la Paix au Moyen Orient, parmi bien d’autres, étaient en alerte pour éviter une confrontation boule de neige, ont tenu des rencontres d’urgence, et ont décidé d’en référer au Conseil de Sécurité, espérant désespérément que leurs actions ne soient pas avortées par le veto des US comme cela a été le cas lors de cas précédents, des actions similaires sont prévues auprès de l’UNESCO. Pendant ce temps, sur le terrain le Haut Comité de Suivi des arabes israéliens, l’OLP, et divers groupes palestiniens s’opposant à l’occupation israélienne organisent des manifestations de protestation pacifiques alors que des renforts militaires israéliens sont envoyés pour les contrer. Le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat a dit : « cela suffit. Ces provocations récentes risquent de nous jeter dans le précipice ». Khaled Marshal, le dirigeant palestinien exilé du Hamas a prévenu qu’Israël « joue avec le feu. »

Cependant, selon l’expérience passée, l’arrogante puissance israélienne mise sur des protestations arabo islamiques et de protestations pacifiques sans mordants, qui s’éteindront comme par le passé, bien sûr après qu’un certain nombre de palestiniens soient, comme d’habitude, tombés en « martyrs ».

Samedi le chef de la Ligue Arabe a dit qu’Israël essayait d’altérer les caractéristiques de Jérusalem, Amr Moussa a résumé toute la controverse, ou plus exactement ce qui est plus prêt de la vérité, celle du conflit, dont les dernières excavations ne sont qu’un épisode de ces 60 ans d’effort non stop d’Israël pour poursuivre le nettoyage ethnique ( voir The Ethnic Cleansing of Palestine le Nettoyage ethnique de la Palestine , Ilan Pappe, Oneworld Publications Oxford, Grande-Bretagne 2006) et la destruction de l’existence matérielle des communautés palestiniennes par un nettoyage culturel qui balaiera les palestiniens de la mémoire mondiale comme leur pays a été balayé de la carte du monde.

Quelque soit le nom que vous lui donnez - que ce soit « construction », « modernisation », « rénovation » « judaïsation » ou fouilles archéologiques » - un processus de nettoyage culturel de Jérusalem est en cours depuis l’occupation de la ville sainte par Israël en 1967.

Le 3eme site le plus sacré de l’Islam à Jérusalem est le cœur et l’âme de l’héritage culturel arabe palestinien, national, religieux historique et culturel, et le symbole de leur existence ininterrompue de 5000 ans sur cette terre, bien avant que les hébreux ne s’emparent de la Palestine en versant le sang d’hommes de femmes et d’enfants massacrés de la ville complètement détruite de Jéricho selon l’ancien testament. La destruction de la Mosquée Al Aqsa, couronnerait, Dieu nous préserve, le nettoyage par Israël de la structure culturelle palestinienne après avoir oblitéré leur structure existentielle.

Robert Bevan, auteur de The Destruction of Memory : Architecture at War ( La Destruction de la Mémoire : Architecture en Guerre” aurait dû visiter Jérusalem ou au moins devrait avoir accès à la ville sainte pour actualiser son livre avec le dernier exemple d’un nettoyage culturel dans l’histoire moderne. « Le premier pas dans la destruction d’un peuple c’est de détruire sa mémoire. Détruire ses livres, sa culture, son histoire. Alors vous avez quelqu’un qui écrit de nouveaux livres, fabrique une nouvelle culture, invente une nouvelle histoire. Sous peu, la nation commencera à oublier qui elle est et qui elle était », écrit-il dans une introduction au deuxième chapitre de son livre, citant du livre de Milan Kundera The Book Of Laughter and Forgetting « Le Livre du Rire et de l’Oubli »).

Abe Hayeem (un architecte et membre d’« Architectes et Planificateurs de Justice ») qui a passé le livre de Bevan en revue a écrit le 3 février 2006 : « en construisant le mur de séparation, tandis qu’il détruisait des milliers de maisons, d’arbres et de fermes, et créant ce qui sont en fait de vastes prisons/enclaves, la Israël transformation des palestiniens en « autres » est un écho ironique des ghettos dont les juifs européens ont fait l’expérience ». Hayeem a oublié de mettre à jour sa revue en mentionnant comment l’occupation israélienne a changé le paysage de Jérusalem, renommant ses sites historiques, et même ses rues.

De même, Afif Safieh, l’envoyé de l’OLP à Washington DC, et ancien délégué auprès du Vatican et en Grande Bretagne, semble aussi avoir raté l’essentiel, quand dans une interview avec le National Catholic Reporter le 19 janvier il a cité le dirigeant sioniste Nachum Goldman disant dans les années 70 alors qu’il commentait les allées et venues diplomatiques de l’ancien secrétaire d’état US Henri Kissinger : « il me semble que cette diplomatie dans le Moyen Orient c’est l’art de retarder l’inévitable aussi longtemps que possible. »

Safieh interprète l’inévitable comme la création de l’état palestinien en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, occupées par Israël en 1967, mais les faits qu’Israël créent sur le terrain dans Jérusalem empêchent la création d’un tel Etat et fait, avec plus de réalisme, de la citation de Goldman une description valide du but ultime inévitable des politiques actuelles israéliennes, un nettoyage culturel pour couronner l’érosion des infrastructures palestiniennes dans la ville sainte, un nettoyage qui commence en détruisant la mémoire arabo musulmane de la ville et qui s’achèvera inévitablement par la même destruction de la mémoire chrétienne plus tard, plus facilement.

Nicola Nasser est un journaliste arabe expérimenté basé à Ramallah, en Cisjordanie, Territoire palestiniens occupés par Israël.


Nicola Nasser
13 février 2007 - Source : http://www.aljazeera.com/me.asp?ser...
Introduction et traduction bénévole Mireille Delamarre pour planetenonviolence.org
Publié sur :
http://www.planetenonviolence.org/J...

Sources ISM

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans JERUSALEM

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