Palestine : un plan mort-né
Palestine : un plan mort-né
par Rania Adel
Les propositions américaines pour améliorer la situation dans les territoires occupés n’ont convaincu ni Palestiniens, ni Israéliens et semblent avoir été en deçà des espérances.
A peine était-il présenté qu’il fut rejeté. Tel était le sort réservé au nouveau projet américain pour débloquer le processus de paix. Insatisfaction palestinienne, réticence israélienne, le plan n’a eu aucun effet, à part un appel du président palestinien à Israël de répondre favorablement à ce document qui comporte d’importantes étapes. Un appel plutôt diplomatique.
Le texte appelle les Palestiniens à restreindre la capacité de nuisance de leurs activistes et exhorte Israël à alléger les restrictions de déplacements. Publié par le quotidien israélien Haaretz, vendredi 4 mai, ce document aurait été mis au point par le général Keith Dayton, coordinateur de la sécurité, Dick Jones, ambassadeur américain en Israël, et Jacob Walles, consul général à Jérusalem. Il a été validé par le département d’Etat comme l’a confirmé son porte-parole, Tom Casey.
Un catalogue de mesures était prévu avec des dates précises de mise en application sur le terrain. Il s’agit avant tout de faciliter la circulation des biens et des personnes en supprimant un certain nombre de barrages et de points de contrôle, en établissant une connexion entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie au moyen d’autobus réguliers et en désenclavant la bande de Gaza, dont les accès et les sorties sont totalement soumis au bon vouloir des Israéliens.
En échange, l’Autorité palestinienne doit mettre au point un plan permettant d’empêcher les tirs de roquette à partir de la bande de Gaza, d’établir un meilleur contrôle de la frontière sud avec l’Egypte afin d’éviter la contrebande d’armes et de munitions, et enfin de coordonner les efforts en matière de sécurité avec Israël. Selon le document, certaines de ces mesures auraient dû s’appliquer dès le 1er mai. La mise en œuvre des autres était prévue pour le début de juillet.
Il s’agit en tout cas du premier plan, depuis l’accord conclu en novembre 2005, après le retrait israélien de la Bande de Gaza, qui, en fait, n’a jamais été appliqué bien que Condoleezza Rice l’ait imposé aux Israéliens. Tsahal maintient sur la bande de Gaza, dont il est très difficile de sortir, un contrôle très rigoureux que l’enlèvement du caporal Gilad Shalit, le 25 juin 2006, a accentué. Il est notamment quasi impossible pour les Palestiniens de Cisjordanie de s’y rendre et réciproquement. Le permis est très difficile à obtenir.
Les politologues le confirment : le plan paraît insuffisant à débloquer la situation. « Le plus important n’a pas été évoqué, à savoir la levée du blocus financier imposé aux Palestiniens », résume un analyste.
Camouflet à Washington
De plus, les dirigeants du Hamas et du Fatah ont rejeté le calendrier proposé par Washington pour la mise en œuvre de mesures censées faciliter la reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes.
« Nous rejetons le plan américain et nous ferons en sorte qu’il échoue par tous les moyens », a déclaré Faouzi Barhoum, porte-parole du Hamas à Gaza, en écho aux propos tenus à ce sujet par le chef en exil du mouvement islamiste, Khaled Mechaal.
Mechaal avait déclaré lors d’un rassemblement vendredi à Damas : « Je déclare officiellement le rejet par le Hamas de ce document ou de tout projet américain, européen, israélien et même arabe qui affaiblit ainsi la cause palestinienne (...). On parle de lever les barrages en échange de l’arrêt de la résistance ». M. Mechaal a averti sur la chaîne satellitaire Al-Jazeera que les Palestiniens n’accepteraient pas de suspendre leurs tirs de roquette en échange d’une plus grande liberté de mouvement, qualifiant cette proposition de « plaisanterie ». « L’équation aujourd’hui, c’est : le démantèlement des points de contrôle en échange de (l’arrêt de) la résistance », a-t-il déclaré.
Enfonçant le clou, un proche collaborateur du président Mahmoud Abbass, du Fatah, a également jugé inapplicable samedi ce projet de calendrier présenté la semaine dernière à Abbass et Olmert. Yasser Abd-Rabbo a estimé que le plan américain ne prévoyait pas assez de pressions sur Israël pour qu’il réponde aux demandes de levée de l’embargo sur l’aide financière, formulées par les Palestiniens, et relance les négociations de paix.
« Ce plan ne peut être appliqué parce qu’Israël n’est pas prêt à changer de position et à mettre fin au siège », a-t-il dit, faisant référence à l’embargo occidental sur l’aide financière au gouvernement palestinien décrété après l’arrivée au pouvoir du Hamas dans les territoires, en 2005, qui a plongé l’Autorité palestinienne dans une grave crise économique.
« Ce plan ne mentionne pas les problèmes politiques et nous ne pensons pas que ce plan ou toute autre proposition puisse servir d’alternative à des négociations politiques sur la fin de l’occupation », a-t-il ajouté
Côté israélien - où l’autorité du Premier ministre Ehud Olmert est contestée depuis la publication des conclusions accablantes d’un rapport officiel sur sa gestion de la guerre au Liban -, on avait déjà réagi fraîchement vendredi au plan américain.
Ainsi, un membre du cabinet d’Olmert, en pleine tourmente politique, avait-il déclaré à Reuters qu’Israël ne pouvait appliquer certains points du plan « pour des raisons de sécurité ». Selon la radio publique israélienne, les autorités israéliennes refuseraient le passage de Palestiniens entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie de crainte d’infiltrations de kamikazes.
Face à ce camouflet, les Etats-Unis ont tenté de paraître flexibles. « C’est un projet informel ouvert à de plus amples discussions », a indiqué à l’AFP un haut responsable américain en poste dans la région. « Pour le moment, nous n’avons demandé à personne d’approuver ces critères », a-t-il ajouté.
Néanmoins, le report de la visite de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice à la région, prévue mi-mai, ne serait-il pas une réaction au rejet de ce plan ?.
sources CCIPPP
Posté par Adriana Evangelizt