Lénigme israélienne : aimer Jérusalem, haïr y vivre
L’énigme israélienne :
aimer Jérusalem, haïr y vivre
par Greg Myre
Un lecteur américain réagit à l’article sur Anti-War.
Crise identitaire
Israël se trouve confronté à un défi auquel il ne s’attendait pas quand il s’est emparé de Jérusalem-Est et qu’il a réunifié la cité lors de la guerre de 1967 : chaque année, la population de Jérusalem devient plus arabe, et moins juive.
Pendant quarante ans, Israël a forcé à la construction et à l’expansion des quartiers juifs, tout en essayant de restreindre la progression des parties arabes de la ville. Pourtant, deux tendances restent inchangées : les Juifs qui partent de Jérusalem sont plus nombreux que ceux arrivent et ce, pendant 27 des 29 dernières années. Et le taux de croissance palestinien est élevé.
Lors d’un recensement effectué en 1967, peu après la guerre, la population de Jérusalem comportait 74% de Juifs et 26% d’Arabes. Aujourd’hui, la ville est à 66% juive et à 34% arabe avec un écart qui se réduit d’environ 1% chaque année selon l’Institut de Jérusalem d’Etudes sur Israël.
La signification religieuse et historique profonde de Jérusalem fait que son statut est peut-être la question explosive du conflit arabo-israélien. Et ce statut devient encore plus controversé avec une balance démographique qui penche en faveur des Arabes. C’est un spectre qui inquiète les Israéliens, même à l’approche du 40ème anniversaire de leur victoire en juin 1967.
« Le peuple juif a rêvé pendant des siècles de reprendre sa capitale antique » dit Dor Gold, ancien ambassadeur israélien aux Nations unies et auteur de Le Combat pour Jérusalem. L’immigration du 19ème siècle vers Jérusalem, lieu des temples juifs bibliques, a donné à la ville une majorité juive qui existe depuis les années 1860, dit-il.
Pour beaucoup de Palestiniens, Jérusalem est un centre économique, comprenant le troisième lieu le plus saint de l’Islam - et la ville de laquelle ils aspirent à faire la capitale de leur futur Etat. Pourtant, les mesures de sécurité israéliennes, imposées après le soulèvement palestinien en 2000, ont fait de la ville, comme du reste d’Israël, un territoire interdit à la grande majorité des Palestiniens qui vivent en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza.
« Les gens veulent aller prier à Jérusalem, mais cela ne leur est pas possible » dit Rami Nasrallah, un habitant arabe qui a été conseiller de l’ancien Premier ministre, Ahmed Qureia, sur les questions de Jérusalem. « Ceci donne encore plus d’importance à Jérusalem dans leur imagination ».
Tandis que l’importance symbolique de Jérusalem est extrême de chaque côté, Israéliens et Palestiniens diffèrent à propos de la ville en tant que lieu de vie. Pour les Palestiniens, elle reste un pôle d’attraction, offrant plus de possibilités que toute autre ville palestinienne de Cisjordanie ou de la Bande de Gaza. Mais de nombreux Israéliens la voient comme une ville pauvre, décrépite et rongée par les tensions religieuses et politiques.
Quand on aborde les questions d’opportunités d’emplois, de logements abordables et de vie culturelle diversifiée, Jérusalem est bien moins attrayante pour les Israéliens laïcs que Tel Aviv ou les autres villes.
« Jérusalem est devenue trop extrémiste et nous avons décidé qu’il était temps de partir » dit Alona Angel, 60 ans, une Israélienne qui a vécu plus de 30 ans à Jérusalem, avant de partir pour Tel Aviv il y a deux ans quand son époux s’est trouvé en retraite et que le dernier de ses enfants a terminé son lycée. « Après tant d’années à Jérusalem, je pensais que ce serait dur de partir, mais ce ne fut pas le cas. »
Mme Angel dit qu’elle était de plus en plus dégoûtée par l’intolérance religieuse et politique. Elle se rappelle, un jour où elle était vêtue décontractée mais avec décence, comment une femme juive ultra orthodoxe a commencé à crier après elle parce qu’elle n’était pas habillée correctement. « Je me suis sentie de moins en moins la bienvenue. » dit Mme Angel, architecte d’intérieur.
L’an dernier, le nombre de Juifs quittant Jérusalem a dépassé le nombre de ceux qui venaient y vivre de 6 000, confirmant les chiffres de la décennie passée selon l’Institut de Jérusalem d’Etudes sur Israël.
Un sondage réalisé la semaine dernière a bien rendu l’ambivalence israélienne à propos de Jérusalem. Plus de 60% des Israéliens interrogés disent qu’ils ne veulent pas qu’Israël abandonne son contrôle sur les lieux saints de la ville, même si c’était un élément pour un accord de paix avec les Palestiniens. Pourtant, 78% d’entre eux disent qu’ils ne conçoivent pas de vivre à Jérusalem ou qu’ils préfèrent vivre ailleurs en Israël.
Israël revendique tout Jérusalem pour sa capitale, mais seule, une minorité minuscule d’Arabes qui vivent ici sont des citoyens israéliens. La grande majorité dispose d’un droit de séjour, un statut similaire à celui des titulaires de carte verte aux Etats-Unis.
Juifs et Arabes, généralement, ne se mélangent pas. « On est toujours dans le cas net de deux villes distinctes » dit Shlomo Hasson, professeur de géographie à l’université hébraïque de Jérusalem. « Il y a des centres commerciaux séparés, des réseaux de transports séparés et des cultures séparées. »
Quand les Israéliens et les Palestiniens ont tenu leur dernière réunion pour les discussions globales de paix en janvier 2001, les deux côtés avaient discuté d’un projet pour que les quartiers juifs fassent partie d’Israël et que les quartiers arabes soient intégrés dan le futur Etat palestinien - une rupture brutale dans l’obstination d’Israël pour que Jérusalem toute entière soit la « capitale éternelle, indivisible » d’Israël. Mais les négociations ont échoué et depuis, Israël a construit une barrière pour séparer la Cisjordanie, qui s’étire pour une grande part le long de la frontière orientale de Jérusalem. Avec une exception d’importance dans le nord de Jérusalem où plus de 50 000 Palestiniens ont été laissés à l’extérieur.
Toujours, la pensée de re-diviser la ville provoque une forte réaction chez certains Juifs qui rappellent que lorsque la Jordanie contrôlait Jérusalem-Est et la Vieille Ville, de 1948 à 1967, les Juifs n’étaient pas autorisés à venir prier sur le Mur occidental.
C’est une des raisons centrales pour lesquelles les tendances démographiques éveillent de la crainte chez les Israéliens, étant donné qu’il serait difficile de concilier l’existence d’une majorité arabe dans la ville avec le statut de capitale éternelle d’Israël. Globalement, la ville comprend 475 000 Juifs et 245 000 Arabes à la date de 2005, la dernière année avec des chiffres disponibles.
La population juive de Jérusalem augmente toujours malgré l’immigration sortante, mais seulement à raison d’un peu plus de 1% par an - pas assez pour répondre à l’augmentation annuelle de 3% chez les Arabes. La petite progression juive vient du taux de natalit extraordinairement élevé chez les ultra orthodoxes, lesquels composent environ un quart de la population de la ville ; en moyenne, chaque femme y a plus de 7 enfants.
Pourtant, à mesure que la proportion de Juifs ultra orthodoxes augmente, les Juifs laïcs s’en vont. Avec les communautés arabes et ultra orthodoxe en expansion, l’assiette des impôts de la ville a baissé, surchargeant les services municipaux et conduisant à des départs dans la classe moyenne. En attendant, de nombreux quartiers palestiniens sont devenus brutalement surpeuplés.
Alors qu’il est pratiquement impossible pour les Palestiniens de Cisjordanie ou de Gaza de venir à Jérusalem s’ils n’y sont pas nés, la croissance naturelle de la population et les restrictions à toute construction dans la partie arabe de la ville signifient que de grandes familles partagent de très petits logements.
« 18 000 appartements et maisons, ou un tiers de toutes les résidences arabes de Jérusalem-Est, ont été construits illégalement parce que les permis sont trop difficiles à obtenir » indique Mr Nasrallah, ajoutant qu’Israël s’oppose à la création de nouveaux quartiers palestiniens à Jérusalem-Est depuis 1967.
« Pour Israël, Jérusalem est un problème démographique » dit-il, « et il le solutionne en se débarrassant des Palestiniens. »
En revanche, Israël a créé de nombreux quartiers juifs à Jérusalem-Est, et plus de 200 000 Juifs vivent maintenant dans la partie Est de la cité.
Mais à long terme, si les démographes ne se trompent pas, ce ne sera pas suffisant.
Sans s’émouvoir, le New York Times raconte en détail la purification ethnique israélienne
Dimanche, 13 mai 2007 - par Jeremy Sapienzal (jeremy@antiwar.com).
Aujourd’hui est mon jour sans ; je n’avais même pas prévu de regarder les nouvelles mais elles sont sur ma page Google et quand j’ai ouvert mon navigateur, j’y ai trouvé : « L’énigme israélienne : aimer Jérusalem, haïr y vivre ».
Je serai bref, comme l’article lui-même. Il démarre tout de suite en déclarant tranquillement qu’Israël essaie d’entasser le maximum de Juifs dans Jérusalem tout en essayant de mettre dehors les natifs.
« Pendant quarante ans, Israël a forcé à la construction et à l’expansion des quartiers juifs, tout en essayant de restreindre la progression des parties arabes de la ville. »
Je ne peux imaginer dans quel vitriol les journalistes tremperaient leur plume si quelque Etat du Sud, par exemple, subventionnait la construction de quartiers blancs et refusait le permis à des constructions privées dans des quartiers noirs surpeuplés. En 2007. On ne parlerait que de ça pendant toute une semaine. Mais il s’agit d’Israël, alors, le New York Times hausse les épaules.
L’article poursuit pour nous informer de la montée du fanatisme religieux qui convainc les Israéliens laïcs de se sauver vers des cités plus modernes, plus cosmopolites comme Tel Aviv, la cause principale en étant le taux de natalité stupéfiant chez les juifs extrémistes religieux.
« Mme Angel (qui a quitté Jérusalem après 30 ans) dit qu’elle était de plus en plus dégoûtée par l’intolérance religieuse et politique. Elle se rappelle, un jour où elle était vêtue décontractée mais avec décence, comment une femme juive ultra orthodoxe a commencé à crier après elle parce qu’elle n’était pas habillée correctement. »
En outre, du fait que les ultra orthodoxes participent à peine à la création de richesses, en plus de l’étouffement économique conscient des Palestiniens dans leurs ghettos, Jérusalem se retrouve avec des service appauvris et les possibilités sont parties vers d’autres régions plus libérales d’Israël. Les Israéliens éclairés, en pleine ascension sociale, ne veulent pas y vivre.
« Plus de 60% des Israéliens interrogés disent qu’ils ne veulent pas qu’Israël abandonne son contrôle sur les lieux saints de la ville, même si c’était un élément pour un accord de paix avec les Palestiniens. Pourtant, 78% d’entre eux disent qu’ils ne conçoivent pas de vivre à Jérusalem ou qu’ils préfèrent vivre ailleurs en Israël. »
Ils ne veulent pas vivre là, mais ils veulent que leur gouvernement poursuive la purification ethnique de la population native de la Vieille Ville. Et le New York Times, ça le laisse sans réaction !
Sources Protection Palestine
Posté par Adriana Evangelizt