LES COLONS ISRAELIENS, GALAXIE MECONNUE
Livre. Enquête sur une population dont on ne connaît que les aspects spectaculaires et qui va en fait des nationalistes religieux aux babas cool «new age».
Les colons israéliens, galaxie méconnue
Par Jean-Luc ALLOUCHE
Qui sont les colons ? Une enquête, de Gaza à la Cisjordanie par Claire Snegaroff et Michaël Blum, Flammarion, 378 pp., 22 €.
a vague orange (couleur du conseil régional de Gouch Katif) qui a submergé Israël, au cours de cet été, aura poussé sur le devant de la scène les colons et leurs partisans opposés à l'évacuation des colonies de Gaza et du nord de la Cisjordanie. Désormais, les florissantes colonies ont laissé la place aux décombres. Et à de nombreuses questions. Claire Snegaroff et Michaël Blum, bons connaisseurs de ce secteur de la population, livrent une somme sur le phénomène de la colonisation, né aux lendemains de la victoire («miraculeuse» aux yeux de nombreux Israéliens) de la guerre des Six Jours. Le mur occidental de Jérusalem retrouvé et l'ouverture des vastes horizons bibliques de la Judée et de la Samarie jettent le pays dans la fièvre où «en une nuit, le peuple entier est passé de la raison au rêve», comme l'écrit un quotidien de l'époque. «Rêve» dont Israël ne s'est pas encore tout à fait relevé, et qui tourne au cauchemar, non seulement pour les Palestiniens, mais aussi pour la société israélienne, voire pour les colons eux-mêmes. Rêve alimenté et subventionné aussi bien par la gauche travailliste (alors régnante) que par la droite. «L'occupation corrompt», tonnait aussitôt le philosophe religieux Yéchayahou Leïbowitz. Sa prophétie ne s'est pas démentie depuis. Cette enquête, quasi exhaustive, nous mène au coeur d'une galaxie assez méconnue, hormis ses aspects spectaculaires, au sein d'une population qui va de l'intégration à la société de ses membres à une dissidence presque absolue, telle qu'elle se reflète dans la «jeunesse des collines». Ces derniers, véritables anarchistes religieux, en révolte contre leurs parents jadis pionniers des premières colonies et désormais «embourgeoisés», fondent les avant-postes «sauvages et illégaux» qui coiffent les crêtes des collines de Cisjordanie. Au demeurant, la population des colonies va de jeunes couples sans grands moyens peuplant les grosses colonies urbaines (Ariel, Maalé Adoumim, Bétar-Illit...) aux babas cool très «new age», écolos adeptes de la fumette et de l'élevage de chèvres, en passant par les «colons idéologiques», nationalistes et religieux, qui habitent les quelque 120 colonies réparties sur toute la Cisjordanie, faisant, pour l'heure, du futur Etat palestinien une marqueterie de zones aux statuts politiques kafkaïens. Le cas de la ville de Hébron, où une enclave israélienne installée au coeur de la casbah arabe dans d'anciennes propriétés juives séculaires, est l'un des pires foyers de haine et de danger dans l'inextricable situation d'aujourd'hui. Pour autant, il ne s'agit pas d'une entreprise homogène. Au délire «messianique» qui s'est emparé d'une partie de la jeunesse religieuse d'après 1967 ont succédé des raisons «sécuritaires» la mainmise sur les collines qui commandent de manière stratégique la grande plaine du centre d'Israël, de l'autre côté de la «ligne verte». Ou, encore, la volonté d'«hériter la terre promise par Dieu», allant jusqu'à cette profession de foi extrême d'un colon : «Avant, la colonisation consistait à faire valoir son héritage sur cette terre. Maintenant, nous disons qu'il faut expulser ceux qui empiètent sur mon héritage pour pouvoir en profiter.» C'est-à-dire les Palestiniens... Le sort politique de ces colonies n'est pas encore définitivement tranché ; nul ne doute que d'autres évacuations auront lieu en Cisjordanie. C'est l'avenir des colons qui ouvre un profond débat au coeur de la société israélienne. S'estimant floués, voire trahis, par le retrait de Gaza, une grande partie d'entre eux oscille entre rentrer dans le rang et divorcer de la société, voire des institutions israéliennes. Le débat commence à faire rage parmi eux. Pour beaucoup, les temps de l'Apocalypse sont déjà là. Ce livre offre bien des réponses à ces interrogations-là, qui marqueront les prochaines années de cette région. Sources : LIBERATION Posté par Adriana Evangelizt